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 Article publié le 13 juin 2007.

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Robert VITTON

Tiens, ça bastonne à la Bastille. Ça dure depuis mil sept cent quatre-vingt-neuf. Ils sont là ceux de la Courtille dans leurs sappes hip-hop, le crâne comme un œuf pour en découdre avec le vieux, avec le neuf. Tiens, ça bourrade à la Bastoche. - Monteverdi ! Verdi ! - sur des airs d’opéra. A poil, République fantoche ! Gros cul bordé de diams ton drapeau est un drap, un linceul pour ces morts pour rien entre tes bras. Tiens, ça castagne dans ma rue. Aminches, nous pourrons si nous croyons pouvoir. La Liberté est nue et crue. Tu l’apprends ta leçon ? Tu les fais tes devoirs ? Les clans, les bataclans, allez vous faire voir ! Ça dingue sous les grandes orgues, sous les sunlights, les spots, les lampions médiévaux, sous les ogives de la sorgue, dans les champs élysées sous de trides chevaux et sur le novelty ragtime de mon Gaveau. Ça valdingue dans l’hexamètre. Et tous ces mots, mes mots que personne n’oit. C’est le moment de me démettre de mon bitos pointu de poète à la noix, de piètre plumitif chenu sous son harnois. Ça cogne aux portes de Paname, au mitan, ici, là, là-bas, dans tous les coins. Mon rebec a perdu son âme aux contredanses. Marc ? Absinthe ? Cognac ? Cointreau ? Calva ? Le chagrin me bourre comme un coing. Ça châtie au bois de Boulogne. Nous n’irons plus au bois les lauriers sont coupés... La romance à l’eau de Cologne, les vers de Verhaeren, les crayons de Sempé... Les larmes du bonheur, les rêves... C’est râpé. Les gars, ça ratonne à Charonne, à Louise Michel, à l’Etoile, à Bonsergent... Les gars, c’est la merde à Cambronne ! On marne, paraît-il, dans la pisse à Nogent. L’Evangile a lâché ses bêtes et ses gens. Tiens, ça descend aux Invalides, à Varenne, à trois pas du Penseur de Rodin. Les cieux se font porter livides. Que de tuiles dans les parcs et dans les jardins. Vertueux Vertumnus, que de vertugadins. Ça bouge à cent lieues de Pantruche. Ça cafouille, ça caffe à la cafétaria. La politique des baudruches ça se crève, gaveaux, mutins, pasionarias... Plus d’ave. Mes pavés ! Mes pavés, Maria ! O Bastille, ton âme est prise dans les arches du pont de la Concorde ! Noblesse, tes bâts blessent ! Je brise tes silences, tes sceaux, tes dés, tes dominos, tous tes jougs sous mes poings et sous mes croquenots. Tiens, ça bagarre dans les gares - Montparnasse, Austerlitz, gares de l’Est, de Lyon... La paix ! Je fume mon cigare ! Je me voue tout entier à mon Saint-Emilion ! Lève-toi, Saint-Lazare, on sera des millions ! Un jeu de clefs, je déboulonne l’Obélisque, mam’zelle Eiffel, le pont des Arts, la gare d’Orsay, la colonne Vendôme, les statues équestres, le Bazar de l’Hôtel de Ville et la station Corvisart. Ça culbute à la Butte aux Cailles, sur les flancs de Chaillot, sur le Mont Valérien... Sur le Champ-de-Mars, la flicaille s’embourbe. J’imagine un borgnon cimmérien. Je n’aurai pas quitté ma mansarde pour rien. Tiens, ça chourine à Saint-Eustache, à Saint-Sulpice, à Saint-Merry... Sur les parvis, on confesse, on fesse potaches taquins, démons, tendrons délurés, niais, nervis, salopes, mécréants... Les dévots sont ravis. Ça fusille au Père-Lachaise, sur la tombe à Clément, au Mur des Fédérés... Je m’assieds sur la catéchèse des bons pasteurs galeux des troupeaux égarés que le Jazz envoie paître à Saint-Germain-des-Prés. Tiens, ça rembarre aux Batignolles, à la Monnaie, à la Bourse, à la Goutte d’Or... Enfilons notre carmagnole ! Au Procope ! Chez Lipp, messies de messidor ! En route ! Aux deux Magots ! Au Flore ! Au Polidor ! Au Grand Véfour ! A la Rotonde ! Au bal Bullier ! Au bal Mabille ! Au Balajo ! Sus, sus, étripons ceux qui tondent la plèbe ! Chez Maxim’s ! Un Champe ? Un Clos-Vougeot ? A la Mate, tambours, accordéons, banjos ! Ça ferraille, môme, à Montmartre contre le Sacré-Coeur, contre les vieux moulins. Tu n’as col ni manchons de martre. Une pivoine égaie ta guenille de lin. J’ai ma mine de plomb et mon papier vélin. Ça satonne, mes bien-aimées, sur nos grands Boulevards, sur ceux des Maréchaux. L’avenue de la Grande-Armée ! Levées de boucliers, embuscades, échauffourées... O mes canons, ai-je un cœur d’artichaut ? Tiens, ça se gâte à Croulebarbe. On déchausse, ce soir, notre Chaussée-d’Antin. Mon quinquina et ma rhubarbe ! La danseuse, l’évêque et toutes mes putains ! Hier encor j’ai croisé la Guimard à Pantin. Tiens, ça tabasse à la Villette, au Kremlin-Bicêtre, à Montrouge, à Montreuil... Ça s’en fout sur la margoulette. C’est cheveu pour cheveu, dent pour dent, œil pour œil. Laissez en plan palans, marteaux-piqueurs, grues, treuils... Je tombe de la tour de Nesle. J’étouffe dans mon sac noué. Je suis chançard. On dégomme les sentinelles, on me tire du flot. Des masques ! Des gad’zarts ! Ce sont des jeunes gens qui passent par hasard. O grande et petite ceintures, on vous serre, on vous sert la soupe et le ragoût ! Au large dans votre vêture, prenez vos raps, vos slams, vos haines, vos dégoûts, et ralliez nos cris, nos gueules, nos bagous. O grande et petite couronnes, nous pensons, dépensons et vivons à l’étroit ! Les chiottes ! Nous avons un trône. Sans trèfle, de bon cœur, sans bannière ni croix, valets, nous les tirons, sur le carreau, les rois. Ça zigouille au long de la Seine en crue, sur ses îlots et sur et sous ses ponts. Rappliquez, poteaux, de Vincennes, de Clamart, de Meudon, de la Cliche, de Pontoise, de la Courneuve... Au diable les capons ! Ça chassepote sur les places - Estrapade, Calvaire, Odéon, Carrousel, Nation... La vile populace décharge ses humeurs et ses minots de sel dans l’urne opaque du suffrage universel. On en a la claque des cliques, des fanfares, des chœurs, des orphéons cornus, des grigris, des fanions, des cierges, des reliques, des portails triomphaux, des soldats inconnus... Ça va de soi, diraient pour rire les canuts. On en a plein nos plaies mortelles, nos bonnets phrygiens, nos grolles, nos balluchons... Par- dessus notre orgue à bretelles. Marianne, Madelon, Madeleine, Fanchon... Nos Marseillaises, tiens, ont d’alléchants nichons ! Ça bigorne à l’Académie. Des coups d’épée dans l’au-delà, des habits verts moulus... Ce n’est pas tout ma mie. Des chapeaux écornés, des tirades de vers... Ces quarante immortels passeront-ils l’hiver ? Ça s’empoigne dans les chaumières, au Sentier, au Chemin vert, aux Buttes Chaumont... Ça bute à Campagne première, ça tape dans le tas, çà charge à Ménilmontant. Ménilmuche loue Bruant à pleins poumons. Tiens, ça déménage à Versailles. Non, la Commune n’est pas morte, monsieur Thiers. Une meute d’idées m’assaille. N’a-t’on qu’un aujourd’hui, qu’un hier, qu’un avant-hier ? Moquez-vous du demi-monde, du quart, du tiers. Tiens, ça satane à La Chapelle. Dans le tronc pas un liard pas un maravédis. Dans l’ombre bleuâtre j’épelle des chants alambiqués, de vrais salmigondis. Je vais, je me le dis, par delà paradis. Que de matines parisiennes, de saints graals, d’encens, de Saint-Barthélemy, d’amen mijotés à l’ancienne... Pas d’histoires, Clio ! Sur ton grabat je m’y prélasse. C’est autant de pris sur l’ennemi. Ça grouille à la Cour des Miracles - Millards, Narquois, Hubains, Malingreux, Francs-mitoux, Courtauds de Boutange... Ça racle. Tu tousses roi de Thune et pour tous c’est la toux. Tu t’en remets au Dab et c’est la fin de tout. Ça dézingue au Lapin Agile, à la Coupole, au Chat noir, au Dôme, au Divan... C’est une ronde de vigiles - Pitbulls, barres de fer, chaînes... Je suis vivant ! Bartók dans mon walkman, je plane dans le vent. Tiens, ça croasse à l’Assemblée. Que de safres jabots pour un triste perchoir, pour quelques rares envolées. Promesse, nous faisons des nœuds à tes mouchoirs. Veule corbeau veule œuf. Becs ourlés laissez choir ! Je vous hais rimailleurs en prose pendus à mes crochets. Pauvres pantins pantois, les voyez-vous mes flamants roses, mes mâtins, mes matons gris, mes matous matois, mon boockmaker, mon bœuf, mon piano sur mon toit. Je baguenaude sur les ondes en cherche de la voix de mes plus vieux compains. Avec ma balance et ma sonde, je devise au café Riche avec Richepin, avec Villon au Trou de la pomme de pin. J’écris de bastringue en taverne, sur les zincs de demain, sur les zincs d’autrefois. Le temps balaie les balivernes. La Vérité, la vraie, jette aux orties la foi. Camille Desmoulins traîne au café de Foy. Ça dégénère à la Sorbonne. On gaze les gaziers dans la rue Gay-Lussac. On joue Les paravents, Les bonnes, Le balcon de Genet. On attend les ressacs. Le boul’ Mich’, tête d’aï, n’est pas un cul-de-sac. Ça débarbouille à l’ammoniaque, au plâtre, au gaz moutarde, au jet d’eau, au goudron... La Capitale est insomniaque. Ça décape au vinaigre, à l’alcool, au citron, à l’humour, à l’esprit de sel sur tous les fronts. Ça décapite à la Roquette, à Mazas, au Temple, à la Santé ma raison. Je n’ai plus besoin de casquette, de faux col dans les bras de la veuve Louison. Une cibiche, un rhum ! Je rentre à la maison. Ça barde sur toute la Terre. Autant dire, amigos, friends, dans le monde entier - Babylone, Ys, Shanghai, Cythère... Ça pilonne partout même dans mon mortier. De quoi perdre mon bas-latin dans mon quartier. Ça canarde dans ma cervelle. Tout ça n’arrange pas, ma mie, mon portrait. Je ne suis plus aux manivelles. Je pense à remiser mes neuf chevaux fortraits, avant que ma plume or ne me raye d’un trait. O mon amour, mon Anarchie, sous tous les couvre-feu, sous les lourds éteignoirs, entre les murailles blanchies au lait de chaux, au bord d’avides entonnoirs, j’ai mon chiffon de cou rouge et mes habits noirs. Sais-tu qui sont ces deux félibres qui soleillent mes voix et mon jus septembral, qui causent dans ma radio libre, qui remontent ma troupe, mon décor, mon moral ? C’est Roumanille ! Et l’autre ? Minute. C’est Mistral ! Un secret ? J’ai deux plumes. L’une me vient d’une jeune oie, l’autre d’un vieux corbeau. L’une volait au clair de lune, l’autre se dandinait sous le pont Mirabeau. L’une aile l’espadrille et l’autre le sabot.

 

 

Tiens ça bastonne à la Bastille

Ça dure depuis mil sept cent quatre-vingt-neuf

Ils sont là ceux de la Courtille

Dans leurs sappes hip-hop le crâne comme un oeuf

Pour en découdre avec le vieux avec le neuf

 

Tiens ça bourrade à la Bastoche

Monteverdi Verdi sur des airs d’opéra

A poil République fantoche

Gros cul bordé de diams ton drapeau est un drap

Un linceul pour ces morts pour rien entre tes bras

 

Tiens ça castagne dans ma rue

Aminches nous pourrons si nous croyons pouvoir

La Liberté est nue et crue

Tu l’apprends ta leçon Tu les fais tes devoirs

Les clans les bataclans allez vous faire voir

 

Ça dingue sous les grandes orgues

Sous les sunlights les spots les lampions médiévaux

Sous les ogives de la sorgue

Dans les champs élysées sous de trides chevaux

Et sur le novelty ragtime de mon Gaveau

 

Ça valdingue dans l’hexamètre

Et tous ces mots mes mots que personne n’oit

C’est le moment de me démettre

De mon bitos pointu de poète à la noix

De piètre plumitif chenu sous son harnois

 

Ça cogne aux portes de Paname

Au mitan ici là là-bas dans tous les coins

Mon rebec a perdu son âme

Aux contredanses Marc Absinthe Cognac Coin-

treau Calva Le chagrin me bourre comme un coing

 

Ça châtie au bois de Boulogne

Nous n’irons plus au bois les lauriers sont coupés

La romance à l’eau de Cologne

Les vers de Verhaeren les crayons de Sempé

Les larmes du bonheur les rêves C’est râpé

 

Les gars ça ratonne à Charonne

A Louise Michel à l’Etoile à Bonsergent

Les gars c’est la merde à Cambronne

On marne paraît-il dans la pisse à Nogent

L’Evangile a lâché ses bêtes et ses gens

 

Tiens ça descend aux Invalides

A Varenne à trois pas du Penseur de Rodin

Les cieux se font porter livides

Que de tuiles dans les parcs et dans les jardins

Vertueux Vertumnus que de vertugadins

 

Ça bouge à cent lieues de Pantruche

Ça cafouille ça caffe à la cafétaria

La politique des baudruches

Ça se crève gaveaux mutins pasionarias

Plus d’ave Mes pavés Mes pavés Maria

 

O Bastille ton âme est prise

Dans les arches du pont de la Concorde No-

blesse tes bâts blessent Je brise

Tes silences tes sceaux tes dés tes dominos

Tous tes jougs sous mes poings et sous mes croquenots

 

Tiens ça bagarre dans les gares

Montparnasse Austerlitz gares de l’Est de Lyon

La paix Je fume mon cigare

Je me voue tout entier à mon Saint-Emilion

Lève-toi Saint-Lazare on sera des millions

 

Un jeu de clefs je déboulonne

L’Obélisque mam’zelle Eiffel le pont des Arts

La gare d’Orsay la colonne

Vendôme les statues équestres le Bazar

De l’Hôtel de Ville et la station Corvisart

 

Ça culbute à la Butte aux Cailles

Sur les flancs de Chaillot sur le Mont Valérien

Sur le Champ-de-Mars la flicaille

S’embourbe J’imagine un borgnon cimmérien

Je n’aurai pas quitté ma mansarde pour rien

 

Tiens ça chourine à Saint-Eustache

A Saint-Sulpice à Saint-Merry Sur les parvis

On confesse on fesse potaches

Taquins démons tendrons délurés niais nervis

Salopes mécréants Les dévots sont ravis

 

Ça fusille au Père-Lachaise

Sur la tombe à Clément au Mur des Fédérés

Je m’assieds sur la catéchèse

Des bons pasteurs galeux des troupeaux égarés

Que le Jazz envoie paître à Saint-Germain-des-Prés

 

Tiens ça rembarre aux Batignolles

A la Monnaie à la Bourse à la Goutte d’Or

Enfilons notre carmagnole

Au Procope Chez Lipp messies de messidor

En route Aux deux Magots au Flore au Polidor

 

Au Grand Véfour A la Rotonde

Au bal Bullier Au bal Mabille Au Balajo

Sus sus étripons ceux qui tondent

La plèbe Chez Maxim’s Un Champe Un Clos-Vougeot

A la Mate tambours accordéons banjos

 

Ça ferraille môme à Montmartre

Contre le Sacré-Coeur contre les vieux moulins

Tu n’as col ni manchons de martre

Une pivoine égaie ta guenille de lin

J’ai ma mine de plomb et mon papier vélin

 

Ça satonne mes bien-aimées

Sur nos grands Boulevards sur ceux des Maréchaux

L’avenue de la Grande-Armée

Levées de boucliers embuscades échau-

ffourées O mes canons ai-je un cœur d’artichaut

 

Tiens ça se gâte à Croulebarbe

On déchausse ce soir notre Chaussée-d’Antin

Mon quinquina et ma rhubarbe

La danseuse l’évêque et toutes mes putains

Hier encor j’ai croisé la Guimard à Pantin

 

Tiens ça tabasse à la Villette

Au Kremlin-Bicêtre à Montrouge à Montreuil

Ça s’en fout sur la margoulette

C’est cheveu pour cheveu dent pour dent œil pour œil

Laissez en plan palans marteaux-piqueurs grues treuils

 

Je tombe de la tour de Nesle

J’étouffe dans mon sac noué Je suis chançard

On dégomme les sentinelles

On me tire du flot Des masques Des gad’zarts

Ce sont des jeunes gens qui passent par hasard

 

O grande et petite ceintures

On vous serre on vous sert la soupe et le ragoût

Au large dans votre vêture

Prenez vos raps vos slams vos haines vos dégoûts

Et ralliez nos cris nos gueules nos bagous

 

O grande et petite couronnes

Nous pensons dépensons et vivons à l’étroit

Les chiottes Nous avons un trône

Sans trèfle de bon cœur sans bannière ni croix

Valets nous les tirons sur le carreau les rois

 

Ça zigouille au long de la Seine

En crue sur ses îlots et sur et sous ses ponts

Rappliquez poteaux de Vincennes

De Clamart de Meudon de la Cliche de Pon-

toise de la Courneuve Au diable les capons

 

Ça chassepote sur les places

Estrapade Calvaire Odéon Carrousel

Nation La vile populace

Décharge ses humeurs et ses minots de sel

Dans l’urne opaque du suffrage universel

 

On en a la claque des cliques

Des fanfares des chœurs des orphéons cornus

Des grigris des fanions des cierges des reliques

Des portails triomphaux des soldats inconnus

Ça va de soi diraient pour rire les canuts

 

On en a plein nos plaies mortelles

Nos bonnets phrygiens nos grolles nos balluchons

Par- dessus notre orgue à bretelles

Marianne Madelon Madeleine Fanchon

Nos Marseillaises tiens ont d’alléchants nichons

 

Ça bigorne à l’Académie

Des coups d’épée dans l’au-delà des habits verts

Moulus Ce n’est pas tout ma mie

Des chapeaux écornés des tirades de vers

Ces quarante immortels passeront-ils l’hiver

 

Ça s’empoigne dans les chaumières

Au Sentier au Chemin vert aux Buttes Chaumont

Ça bute à Campagne première

Ça tape dans le tas çà charge à Ménilmon-

tant Ménilmuche loue Bruant à pleins poumons

 

Tiens ça déménage à Versailles

Non la Commune n’est pas morte monsieur Thiers

Une meute d’idées m’assaille

N’a-t’on qu’un aujourd’hui qu’un hier qu’un avant-hier

Moquez-vous du demi-monde du quart du tiers

 

Tiens ça satane à La Chapelle

Dans le tronc pas un liard pas un maravédis

Dans l’ombre bleuâtre j’épelle

Des chants alambiqués de vrais salmigondis

Je vais je me le dis par delà paradis

 

Que de matines parisiennes

De saints graals d’encens de Saint-Barthélemy

D’amen mijotés à l’ancienne

Pas d’histoires Clio Sur ton grabat je m’y

Prélasse. C’est autant de pris sur l’ennemi

 

Ça grouille à la Cour des Miracles

Millards Narquois Hubains Malingreux Francs-mitoux

Courtauds de Boutange Ça racle

Tu tousses roi de Thune et pour tous c’est la toux

Tu t’en remets au Dab et c’est la fin de tout

 

Ça dézingue au Lapin Agile

A la Coupole au Chat noir au Dôme au Divan

C’est une ronde de vigiles

Pitbulls barres de fer chaînes Je suis vivant

Bartók dans mon walkman je plane dans le vent

 

Tiens ça croasse à l’Assemblée

Que de safres jabots pour un triste perchoir

Pour quelques rares envolées

Promesse nous faisons des nœuds à tes mouchoirs

Veule corbeau veule œuf Becs ourlés laissez choir

 

Je vous hais rimailleurs en prose

Pendus à mes crochets Pauvres pantins pantois

Les voyez-vous mes flamants roses

Mes mâtins Mes matons gris Mes matous matois

Mon boockmaker mon bœuf mon piano sur mon toit

 

Je baguenaude sur les ondes

En cherche de la voix de mes plus vieux compains

Avec ma balance et ma sonde

Je devise au café Riche avec Richepin

Avec Villon au Trou de la pomme de pin

 

J’écris de bastringue en taverne

Sur les zincs de demain sur les zincs d’autrefois

Le temps balaie les balivernes

La Vérité la vraie jette aux orties la foi

Camille Desmoulins traîne au café de Foy

 

Ça dégénère à la Sorbonne

On gaze les gaziers dans la rue Gay-Lussac

On joue Les paravents Les bonnes

Le balcon de Genet On attend les ressacs

Le boul’ Mich’ tête d’aï n’est pas un cul-de-sac

 

Ça débarbouille à l’ammoniaque

Au plâtre au gaz moutarde au jet d’eau au goudron

La Capitale est insomniaque

Ça décape au vinaigre à l’alcool au citron

A l’humour à l’esprit de sel sur tous les fronts

 

Ça décapite à la Roquette

A Mazas au Temple à la Santé ma raison

Je n’ai plus besoin de casquette

De faux col dans les bras de la veuve Louison

Une cibiche un rhum Je rentre à la maison

 

Ça barde sur toute la Terre

Autant dire amigos friends dans le monde entier

Babylone Ys Shanghai Cythère

Ça pilonne partout même dans mon mortier

De quoi perdre mon bas-latin dans mon quartier

 

Ça canarde dans ma cervelle

Tout ça n’arrange pas ma mie mon portrait

Je ne suis plusauxmanivelles

Je pense à remiser mes neuf chevaux fortraits

avant que ma plume or ne me raye d’un trait

 

O mon amour mon Anarchie

Sous tous les couvre-feu sous les lourds éteignoirs

Entre les murailles blanchies

Au lait de chaux au bord d’avides entonnoirs

J’ai mon chiffon de cou rouge et mes habits noirs

 

Sais-tu qui sont ces deux félibres

Qui soleillent mes voix et mon jus septembral

Qui causent dans ma radio libre

Qui remontent ma troupe mon décor mon moral

C’est Roumanille Et l’autre Minute C’est Mistral

 

Un secret J’ai deux plumes L’une

Me vient d’une jeune oie l’autre d’un vieux corbeau

L’une volait au clair de lune

L’autre se dandinait sous le pont Mirabeau

L’une aile l’espadrille et l’autre le sabot

 

Robert VITTON, 2007

 : âne, en provençal

Dab : Dieu ou Distributeur Automatique de Billets

 

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