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 Article publié le 25 novembre 2018.

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Il embrassa les lèvres chaudes de luce sur le quai. Elle pleurait comme s’il allait au front.

« Tu n’as pas oublié ton dictionnaire ? demanda-t-elle en fouillant ses poches.

— J’y vais pas pour la pêche, dit-il sans s’opposer à cette recherche fébrile.

— Il emmène sa fille… Ne fais pas de conneries, Fred. Je te connais…

— Il a surtout besoin de moi pour réparer la toiture. La pêche n’est qu’un prétexte.

— Tu ne les connais pas, Fred. Ils finiront par t’avoir. Et alors… Oh ! je ne veux pas te perdre ! Dis-moi que tu te contenteras de la poupée…

— J’ai pas oublié le mode d’emploi. Ni le gonfleur.

— Méfie-toi d’eux, Fred. Et reviens-moi sans autres blessures.

— Tu n’es pas ma mère ! »

Le train s’engouffra dans un tunnel et ce fut la nuit. Au matin, le paysage avait changé. Le train roulait si lentement qu’on pouvait s’amuser à arracher les feuilles des arbres qui bordaient la voie. Alice était à califourchon sur la fenêtre. Sa jupette volait au vent. Fred, la bite raide et l’esprit chiffonné, reçut les feuilles sans chercher à les chasser comme on fait avec les mouches. Il se laissa chahuter par l’enfant et lui offrit même sa bite qu’elle mordilla sans cesser de rire. Roger, déjà rasé et gominé, lisait le journal à l’autre bout de la cabine, côté couloir.

« J’ai jamais pris le train, dit Fred.

— Moi non plus, dit Alice.

— Ce ne sera pas la dernière fois, » fit Roger comme s’il avait parlé parce qu’il n’avait rien à dire.

Fred ouvrit sa valise pour en extraire la poupée soigneusement pliée. Alice tapota la queue puis l’envoya valser dans le rideau agité par le vent. Des feuilles voltigeaient dans tous les sens. Roger époussetait sa chevelure collante, ce qui en répandait l’odeur de lavande.

« Quand tu auras fini de bander, proposa Alice sans cesser d’arracher les feuilles aux branches de plus en plus nombreuses

on aurait dit qu’on s’enfonçait dans la forêt comme le héros de la qasida

on ira sur la passerelle du dernier wagon pour voir le monde retourner d’où il vient

la voilà qui s’acharne sur mon sens critique

— Il y aura du monde, ma chérie… fit Roger en lissant sa chevelure pommadée que les feuilles menaçaient de désordre vert.

il se mêle de ce qui ne le regarde pas mais je n’en éjaculerai pas pour autant na !

— Personne n’est encore réveillé à cette heure, dit Alice. Pas vrai. Fred, qu’on est les premiers ?

— J’ai oublié le gonfleur !

— Pourtant, fit Roger en secouant un flacon de gomina, on a tout vérifié…

— Regarde bien dessous, idiot !

— Il n’y a pas de gonfleur dans cette maudite valise !

— Tu la gonfleras à la bouche…

— Je n’aurais jamais assez de souffle… Ah !... luce m’avait prévenu…

— Tu ferais bien de l’oublier, » grogna Roger.

Une feuille se colla sur son nez. Il la fit dinguer d’une pichenette et elle virevolta dans l’air brillantinée de la cabine. Puis une branche pénétra, bousculant Alice qui chuta sur la banquette. Elle était ressortie quand Fred trouva enfin l’énergie de s’y attaquer. Alice riait à en montrer son petit con chauve et satiné. Fred faillit céder à la tentation.

« Ne pense plus à cette garce, dit Roger qui lisait l’étiquette de son flacon. Elle t’a embrouillé l’esprit avec ses histoires.

— Elle a eu un prix, dit Fred qui se souvenait de ce détail enfoui dans sa ténébreuse mémoire.

— Tout le monde a un prix un jour ou l’autre… Alice en a eu un récemment…

Prix de la branlette sur adolescent immature

— Frank aussi rêve d’avoir un prix…

— Il en aura un s’il se sert de sa bite plutôt que d’un balai… »

Le train ralentit. Une cloche tinta. Roger repoussa les feuilles qui jonchaient le sol et se pencha à la fenêtre.

« Encore deux stations, dit-il en montrant du doigt le panneau qui s’arrêta juste en face.

Une autre cloche tinta et Roger acheta trois boissons et trois paquets de choses à croquer. Le marchand ambulant ne vendait pas de journaux. Roger pesta en faisant tournoyer les pièces.

« Débande, conseilla Alice. Si quelqu’un, le contrôleur par exemple, se rapplique ici, ce spectacle provoquera un scandale et on nous jettera dehors sans nous demander notre avis sur la question.

Suce-moi avec le sel de tes chips !

— Et les bulles de mon Coca alors ! »

Elle se mit au travail. Le train s’ébranla. Il y eu plusieurs à-coups puis la marche reprit son cours. Il n’y avait pas d’arbres de ce côté du voyage. Il fallait en profiter pour regarder le paysage. Il y avait assez de place pour trois. Mais Roger reprit sa place près du couloir et il ouvrit son journal en grommelant. Une goutte de brillantine descendait sur sa joue. Alice eut envie de la lécher, mais Fred empoigna sa petite tête bouclée et sa bite s’enfonça dans la gorge. Il n’était plus question que de ça !

 

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