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L'argent
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 Article publié le 8 mars 2007.

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L’argent
Robert VITTON
Espace d’auteurs : Le zinc

Argent ard gens

Plume, faux-mornifleur, faussaire, faux brave, vieux beau, fada, miroir à catiches, j’ai de l’artiche, un cœur d’artichaut. J’ai un fond de baratte, une batte, le cul et le culot de la crémière. Le beurre et l’Argent du beurre, l’Argent du leurre, l’Argent qui rit, l’Argent qui pleure. L’Argent... La boîte à Perrette ? Ni le pot, ni la boîte. Sans un, sans un maravédis, sans un radis... Le comble ! T’as des poches sous les yeux, badaud ! J’y glisse mes convoitises. T’as pas l’œil dans la poche. J’ai l’œil à tout. L’œil amerloque ? Sans sou, sans maille, sans rouge liard, sans as... Sans as ? C’est sensas’ ! La fortune vient en dormant ! Qui dort dîne ! Dormez pauvres gens. L’Hôtel, la Chambre de la monnaie. Je suis brouillé avec le veilleur de nuit. La misère pousse entre les pavés de la cour des miracles, sous les roses de Fontenelle, sur la cour de Louis XVI, dans le jardin d’Epicure, dans les vers de Verlaine, dans les proses des Proserpine... La misère, l’éphémère de Virginie. J’aboule l’aspine. Le nerf de la guerre, nervi ? Les munitions, bonne mère ! Mes canons, mes cartouches gauloises, mes belles de mai ! Un de la Marsiale ! T’es de Marseille ? J’allonge l’oseille, de quoi faire une omelette. C’est ta tournée ? La tournanche des grands ducs ! Tu flambes aux courtines ? J’ai un tuyauteur au pourcentage qui s’y connaît en tocards, en petites charrettes, en cravaches, en pelouses... Les châsses fermés, je mise ! Ta chemise ? Le gros paquet ! Les doigts dans le nez ? Des fois, poteau, tu ramasses le jockey. Aller à l’église, pour nous, c’est se rendre à l’hippodrome. L’église Sainte-Vaseline ! Jupettes et culottes courtes. Les baptêmes... On asperge, on noie le marmot dans un bénitier. Rapiats, des sous ! Rapiats, des sous ! Pas de picaillons, le moujingue se coltinera une gibbe sur l’esquine. Peirin ! Rascous ! Lou pichoun vèndra gibbous ! Des pluies d’écus. C’était le prix. La marchande de bonbons... Des billes, des rouleaux, des gommes, des berlingots, des sucettes... Le sucre d’orge te coulait dans la gorge ? Tu pleures ? Des talbins, des biftons... J’en tapisse ma planque, ma garçonnière, ma cellule... L’Argent n’a pas d’odeur !  Dans tes tasses, dans tes tartissoires, Vespasien, je pisse copieusement de la copie. Je carbure à tant la chope, à tant le baril, à tant la ligne. Je purge mon morlingue dans la soucoupe, et la dame à la balayette, à la wassingue mouille aussi sec. Lâche ta fraîche ou je te refroidis ! Ton fric, ton froc, ton frac ! A chaque triage, t’es lessivé, tordu, étendu. Je l’ai sué ce flouze, merde ! Tu jactes latin ? Les fric-frac de l’Etat ! Ne craignez rien braves gens/Je n’en veux qu’à votre argent/Et zon et zon... T’en veux des clic, des clac ? T’en veux pour ton Argent ? Je le tire des murs, des mots, des morts... De tout ! Le grand Argentier de service, il t’envoie ses sangsues. Et toi, sucé jusqu’aux moelles, t’es là avec le diable dans tes bourses. Retourne ton potager, tes brèmes, tes paluches et tes glaudes percées. Raque ! Tes ferrailles cliquettent dans tes fouilles, dans tes paniers, dans tes sacoches... On rit comme des coffres vides. De tous nos chicots ! C’est toujours ça de pris à l’ennemi public. Au nom du percepteur, du fisc et de la liberté des prix ! Amène ! Banqueroutiers ! Tu dérouilles dans les règles de l’art, tête de lard ! On se fout du populo dans toutes les largeurs. La dîme de la rincette, de l’herbe catherinaire... Mon jaunet, ma cibiche ! O fans du pernod ! O fans du pétun ! La gabelle et tout le toutim ! Jusqu’aux derniers centimes. Maquereau au vin blanc, barbe à la mie de pain, marle à la lie de rouquin, demi-sel ad hoc les pépites fondent dans mes profondes. J’assèche le Pactole. On t’attable, on te perd, on te pend. La roulette russe. Salope, tes menottes sont des creusets. Quand je me prends pour le roi Midas, que je les ai en or, je te borde le derche de diams. La sainte-touche ! La quinzaine ! Quand je me prends pour le roi Pétaud, que je les ai comme des figues molles, t’as le pétard en suif. La sainte-nitouche ! La quarantaine ! T’es très argent, très or, très magot, ma magotte de Saxe. Sur mon îlot au trésor, je mégote. J’artille la Semeuse, je fends sa roupane de panne, je la fauche dans son blé. Argent compté, Argent comptant. Content ou pas, casque petit soldat, dans le casque de la nation ! L’Or et l’Argent/Tuent plus de gens/Que la mitraille... T’as de l’os ? La peau, dabe ! De l’os, à l’hospice des incurables ! Des fois on m’ouvre. Raie publique ! Un régime de bananes ! La chaîne... Je travaille aux pièces. Et la monnaie de la pièce ? Je.vous la rends Aristophane, Molière, Pirandello, Fo, Gatti... Thomas Bernhard ! La politique de l’autruche de l’Autriche. As-tu de la douille, coquefredouille ? Je suis bredouille, raide comme un passe-lacet. Ma fringale morbide me mord le bide. Pas bidard pour deux rondelles. De quoi me les arracher, les douilles, les quatre tifs qui se chamaillent sur mon cailloux ! Chauve qui peut ! T’as du zingue, mon zigue ? Pas de quoi être brindezingue dans le zig et dans le zag, pas de quoi se zinzoliner le tarin, pas de quoi faire zinzinuler les fauvettes, pas de quoi mettre le feu à la sainte-barbe... T’es zinzin ? Tu swingues, mon zazou ? Tu soukes, mon zozo ? Devant un Buffet ! Un Dubuffet ! Rafalé, argenté comme un christ d’opéra-bouffe dans la cité d’Egine, celle même qui battit la première monnaie, je tète ma fiasque d’ouzo. Ce triangle dans les flots à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest d’Athènes est aujourd’hui un suprême producteur de pistaches. Pistache ! Et la monnaie du pape ? Elle sonne l’angélus ! Elle trébuche dans la Sixtine ! Boudie ! Les grandes aumônes d’Innocent X aux mains pleines ! Vélasquez ! Bacon ! Du saint-siège à la chaise électrique. T’en as ? Le pèze, le sieur d’Argencourt le jette par les meurtrières de son castel. Un train de Jean de Paris ? Qui donne aux pauvres prête à Dieu. Les ouailles, le centuple, je vous dis ! Arrête de tournailler autour du tronc, tron de l’air ! Tronche d’aï  ! T’en as ? T’as du métal blanc en barre ? Je vous paie en grimaces, en gambades, en monnaie de singe, de songe, quoi ! Le Moulin de la Galette... Un coup dans l’aile ? T’en as entendu parler de cette miss distinguée qui, paraît-il, fricotait avec les fridolins ? Pour le fric ? Pour le frichti ? C’est pas nos oignons. On l’a tondue ? Ma foi ? Tourne-toi. Tourne-moi en baudet. T’as des économies ? Des rogatons, des rataillons, des lumignons bénits... Des bouts... Les bouts, tu les mets ou tu les joins, fan de pute ! L’Argent rond/Dans les vieux chaudrons/L’Argent plat/Sous les matelas... Je me dépense. Dépanne-moi. Tu veux combien ? Une pelle ? Une benne ? L’Argent appelle l’Argent, tu sais. Argent ! Argent ! Argent ! Il est là. Je t’en charge cent bourriques, cent bœufs... Et la bourrique à Robespierre ? Et la chèvre d’Amalthée ? Des cornes pleines... Tu sors d’où ? D’un tiroir de la morgue ? Quel suaire ! Du prêt-à-porter ? Muette comme une harpe marine un jour de d’accalmie. Le rade. Sans voix... Ni pile ni face ! Pas un pélot dans l’escarcelle ! Le trèfle à quatre feuilles, j’y crois plus. La bouche en cul de poule, ça me... Je pense aux coqs de paroisse qui virevoussent comme des girouettes au gré des vents des notables. Allez, zoù, remue-toi le trognon ! Merda ! Tu jactes latin ? Tu gardes tes bas et tes mitaines parce que c’est la mode ? La prochaine fois, j’astiquerai ton armure. Que de lits en porte-feuilles ! Je suis fleur, sur la paille, je te dis. Mon quibus a fondu comme neige aux rayons d’avril. Pas de quoi prendre l’autobus, pas même celui de Queneau, ma croqueuse. Je te régale en goualantes, c’est déjà ça ! La carotte ou le bâton ? La pistole volante ça sert, c’est tout. T’as des oursins dans tes vagues ? Je thésaurise pour mes descendants. Ton pécule mignon est sur ta tablette de chevet. Et puis... Reste, gros porc ! Le parvis, les marches du Palais Brongniart-Labarre, la mandoline... A ton bon cœur, ma douce. J’ai sommeil, mais raconte-moi l’histoire. Une histoire ? Non, l’histoire ! Celle que tu racontes à mes sœurs. La même histoire ? La même. C’était le bouquet, le bouquet des épousaillles de la Misère et du Malheur. Les couleurs des champs... Les feux d’artifices... Je n’avais jamais été à pareilles noces. J’avais clinquanté mon estrasse. Les loques mangées à la vermine balayaient les dalles crevées. La sarabande ployait sous les monumentales orgues barbares de Mendelssohn, se tortillait entre les clochettes satanées de notre Notre-Dame, peinait sur les chemins de croix, répondait aux canons par des chansons de corps de garde... Les petites Peines du monde, mises en filles d’honneur, s’égaillaient comme des tourterelles apeurées. Plus tard... J’ai un trou. Merda ! Je parle latin. Un phono essoufflait des javas, des tangos, des valses... Un brise-raison chenu sanglé sur une chaise de fer empoignait la manivelle quand une guêpe le piquait. A plusieurs reprises, la mariée m’offrit son bras. La jarretière, une bande de fin caoutchouc, fut chipée par le trombone sous l’indifférence des soixante besogneux archets et du percussionniste du bastringue. Dans un énorme chaudron, un bouillon sans yeux clapotait. La sommelière, le regard cave, vantait avec des périphrases périlleuses le contenu des barriques en perce. Smindyride, la Richesse et la Volupté incarnées de Sybaris, avait fait le voyage avec ses galériens, ses maîtres queux, sa main-d’œuvre, ses divertisseurs, ses saisonniers, ses entremetteuses... Des culs et des écus vaillants. A l’écart, saint Ignace d’Antioche bradait son livre maintes fois primé : Pourquoi, quand et comment j’ai été dévoré par des bêtes sauvages. Oté les frais de port, de stockage, de publicité, les gains seront versés dans la sébile des plus démunis. Un gringalet, magicien à ses heures, s’amusait à multiplier les pains de la veille, à changer la piquette en eau de boudin et vice versa. A ses moments perdus, il tirait de ses manches des torchons et des serviettes sans les mélanger, de longs couteaux de cuisine ensanglantés, des cravates, des montres, des pendentifs, des culottes, des soutiens-gorge qu’il avait adroitement subtilisés aux invités. J’allais oublier... Des colombes s’envolaient. Job, entouré de ses sept fils, de ses trois filles, de sa femme qui sentait l’aigre, et Salomon déclamaient vertement leur rôle. Intarissables sur notre Misère et notre Malheur. Ceux-là, quand il s’agit de festiner... Une cendrillon aux prunelles de braise me prit la main. Tu écoutes ? Poète prends ta lyre/Casse ta tirelire/Et me donne un bécot... Toi, t’as pas froid aux quinquets ! Un hurluberlu me tendit une guitare à trente-six cordes. Moi, je ne suis pas comme Dieu, dis-je, je ne me fais pas prier.

 

L’argent pousse dans les blés mûrs

Mais la Semeuse n’en veut guère

L’argent pousse sur les vieux murs

Mais les maçons n’en veulent pas

 

L’argent pousse sous les drapeaux

Mais les soldats n’en veulent guère

L’argent pousse sur les tombeaux

Mais les défunts n’en veulent pas

 

L’argent pousse entre les avés

Mais les pécheurs n’en veulent guère

L’argent pousse entre les pavés

Mais la Misère n’en veut pas

 

L’argent pousse sur les gradins

Mais les publics n’en veulent guère

Côté cour et côté jardin

Mais les acteurs n’en veulent pas

 

L’argent pousse sur les roseaux

Mais les flûteurs n’en veulent guère

L’argent pousse sur les fuseaux

Mais les Parques n’en veulent pas

 

L’argent pousse sur le trimard

Mais les marcheurs n’en veulent guère

L’argent pousse sur les plumards

Mais les amants n’en veulent pas

 

L’Argent pousse où A rémotis

L’anachorète n’en veut guère

Entre les tétons deTéthys

Mais les marins n’en veulent pas

 

L’argent pousse dans mes champeaux

Mais ma fleuriste n’en veut guère

L’argent pousse dans mon chapeau

Mais les quêteurs n’en veulent pas

 

L’argent pousse dans le cristal

Mais les voyants n’en veulent guère

L’argent pousse sur les étals

Mais les voleurs n’en veulent pas

 

L’argent tinte dans les cerveaux

Mais les fous eux n’en veulent guère

Et roule dans les caniveaux

Mais les boueux n’en veulent pas

 

Tu dors ? Oui. Comment tu te prénommes ? Clio. Clio ! Voui ! Dormiasse !

 

Robert VITTON, 2007

 

Mots de Provence

 

Fada : touché par les fées, niais, fou...

Nervi : portefaix, homme sans aveu, tueur.. ;

Peirin ! Rascous ! Lou pichoun vèndra gibbous ! Parrain ! Avare ! Le petit sera bossu !

Gibbe : bosse

Jaunet : pastis

Fan  :’enfant

Boudie  : bon dieu.

Tron : tonnerre.

Aï : âne.

Rataillons : restes, petits morceaux...

Zoù ; interjection pour encourager à l’action.

Estrasse : chiffon, habit minable...

Voui : oui.

Dormiasse :qui dort volontiers.

 

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