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Texte in progress : Phénomérides - roman de LUCE
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 Article publié le 5 juillet 2018.

oOo

luce est le personnage de LUCE. Fille de bonne famille parisienne, elle refuse la révolution des déclassés. Elle devient anarchiste, casseuse et connaît des ennuis avec la Justice. Puis, le plaisir aidant, elle rencontre Karim et devient avec lui pourvoyeuse des financements du terrorisme. De casse en casse, elle finit par participer à un meurtre. Enfermée, violée, droguée et sans amour elle s’évade enfin. Mais est-ce une évasion, ce récit ? En tout cas, la voici « ouvrière des petits pains du terrorisme », ce qui constitue peut-être une allégorie. Texte sans syntaxe, sans musique, sans rien. Entrecoupé des « branlettes* » de Karim qui croupit, dit-elle, dans une prison turque (un WC ?).

*La "branlette" est une sorte de nouvelle — une paresse narrative... invention de Patrick Cintas que LUCE s’est fourrée dans la chatte... On peut lire ces branlettes [ICI] (in progress) Ainsi, Phénomérides serait un "branlo" comme Niebla est une nivola et Paludes une sotie...
** Pierre Vlélo s’introduit aussi avec ses "dreams" qu’on peut lire [ICI] (in progress)


 : il était une fois une conasse d’emmerdeuse de française parisienne qui passait ses vacances de merde en andalousie en compagnie d’un terroriste que les turcs ont fini d’achever sans toutefois mettre la main sur son œuvre littéraire considérée aujourd’hui comme l’expression la plus nationale de l’idéal musulman :: : est-ce que quelqu’un connaît le fin mot de l’histoire… ? ô svp

Le plan actuel est le suivant (mais ça peut changer...) :

I - MINUTES DU PROCÈS (Bagdad)
Auteur : greffière du juge Babouch el Babouchi

(0) AUCUNE BRANLETTE POUR L’INSTANT
(1) BRANLETTE DE LA COLÈRE
(2) BRANLETTE AU THÉÂTRE
(3) BRANLETTE DU BATACLAN
(4) BRANLETTE DE L’OUVRIER
(5) BRANLETTE DU BALADIN OCCIDENTAL
(6) BRANLETTE DE L’ÉMIGRÉ
(7) BRANLETTE DU VIOLEUR
(8) BRANLETTE DE LA MÉMOIRE
(9) BRANLETTE DE L’AMITIÉ
(10) BRANLETTE DE L’ÉPECTASE
(11) BRANLETTE DU PÈRE-QUI-ÊTES-AU-CIEL
(12) BRANLETTE DES RELIGIONS

II - VOYAGE EN FRANCE (Dream)
Pierre Vlélo s’introduit aussi avec ses "dreams" qu’on peut lire [ICI] (in progress)

III -BRANLETTES
On peut lire ces branlettes [ICI] (in progress)

IV - ...introduire encore...


(0) AUCUNE BRANLETTE POUR L’INSTANT

Le yacht LongSong os de cachalot anus de Jim John comme une huître et Karen qui se pâme cadavres sur l’eau Karen envoie en l’air une fusée signal attendu la barque pirogue se lance entre deux vagues Jim vomit il en a assez à la barre Karogne gueule d’ici je vois le Monde j’ai l’intention d’en profiter ô sirènes d

 

Vive l’Islam cria l’ami de toujours projet insensé cul du monde occidental déchiré l’Occident qui se sert quand ça lui chante Karim justifie ainsi la mort du douanier pauvre type trois gosses il se balançait au bout de la corde Jim bandant lui aussi masturbé par John qui gueula plus fort que Karogne quand la pirogue toucha notre coque blonk ! on a assez de pognon pour recommencer s’écria Karen ô missives

 

À Brindisi l’os dans le nez des boucles tombaient de ce visage enfantin John fit le tour du jardin je me souviens trois grammes à l’aéroport il lisait ou relisait Moby Dick on ne sait jamais bombes quelque part à Gaza le type nous proposa trois grammes et Jim paya avec son cul déjà Karogne était quelque part en mer aux commandes du LongSong une propriété familiale j’aimais Karim mais ô sourates

 

— explique-lui que je n’ai pas l’argent…

— …

— pas encore…

— …

— ensuite je t’injecte les mots du lexique kinoro © patrick cintas // je paierai avec les clopinettes de mon cul // dis-lui que j’ai jamais ô persée

 

Dans quel monde vivons-nous si celui-ci n’est pas le nôtre ? et Jim innova en tapissant le roof de faux billets — dollars arabes avec allah et compagnie / « j’ai besoin seulement d’un jour » et il le répétait ah ! ce que je peux en souffrir aujourd’hui parlant dans ce micro (j’ai pas l’habitude) extrait d’une chanson ô mes aïeux mes

 

Ça me revient ! Ça me revient ! Éteignez cette lumière ! Ne me regardez pas ! Je suis moche depuis // inventez un nouveau langage et j’injecte sa grammaire dans les veines de cet Arabe qui me veut du bien … ! une sorte de brique qu’il partagea entre lui et ce type que nous ne connaissions pas : dire que je suis née dans une bonne famille !!! j’avais tout l’avenir devant moi papa papa papa ô papa p

 

J’ai rencontré Karim chez Jim cul cul cul j’en avais mal ça vibrait du matin au soir sueur balcon avec vue sur la mer vacances de rêves je ne savais plus on a inventé un nouveau langage et on est allé sur un champ de bataille patrouille et encore patrouille portes défoncées murs écroulés // cadavre d’enfant tué en pleine joie son jouet sans trace de lutte mitraille du petit cul Jim bandait bandait ô je me souviens de toi fellah

 

Bref l’écran s’éteignit et on s’est mis à jouer aux cartes là sur le balcon plutôt une terrasse mais sans vue sur le voisinage la mer métallique cargos lointains des voiles blanches bleues l’écume d’un cachalot du moins dans l’imagination de Karim qui relisait lui aussi Moby Dick — tout le monde relisait Moby Dick et je suis descendue pour trouver un exemplaire que personne n’a encore touché hôtel espagnol avec un parvis où des gosses jouaient avec leurs tongs j’ai joué moi aussi Bang ! Braoum ! et j’ai failli perdre une jambe ô miss France

 

Nous nous battrons jusqu’à ce que l’un de nous gagne et quand je dis gagner je parle de tout rafler le jackpot plus de blancs plus de noirs plus de juifs plus de tout ce que vous voudrez tuer sauf ma race ô minarets comme j’aime la voix de tes muezzins ! … dit Karim en caressant mes seins mes cuisses ô minaret d’Andalousie ô

 

La Puissance (divine ou autre) — la Domesticité (présidentielle, salariale, enculée et tout ce que vous voudrez mettre dans cette catégorie) — et NOUS / les autres / esclaves et hommes libres / N O U S les animaux couverts de la poussière de vos déserts — le matin (depuis longtemps) je me réveillais avec ce désir de commettre ce que vous appelez un crime ; prouesse du bienfaiteur qui brandit le mot d’ordre — CHANGEZ LE LANGAGE POUR UNE SECONDE DE JOIE SANGLANTE — apologies … ! apologies … ! je suivais des quidams des cons des merdes et je rêvais d’en tuer au moins un ô mes juges Ulysse

 

— Dis-lui !

— Il comprend mais il a des devoirs…

— J’ai l’argent ! Je l’aurais demain !

— Il vient avec nous… c’est ce qu’il dit…

— Pas de bougnoule sur mon rafiot ! lança Karogne.

Et on s’est mis à souquer ô anus

 

Cartes jetées sur le tapis dans la nuit mes cris de chatte montée au ciel avec les héros Karim me montra la vidéo ô promesse de m’empaler avec ce canon d’invention soviétique — impossible de me retourner sans risquer le coup de feu (un jour tu deviendras la cochonne d’un député au fin fond de la campagne française avec des rubans rouges et bleus dans les cheveux ô cérémonie ô) « ils ont tué tellement de Palestiniens qu’ils peuvent plus passer eux-mêmes pour les seules victimes de l’Occident en phase de purification — la purification gagnée sur toute idée de perfection ô »

 

À Rome dans le métro avec un exemplaire de Madame dans la poche il cherchait le langage et Karim lui mit le Koran sous le nez « enfer ô enfer » madame se plia sous lui et s’échappa le gaz qu’il injecta dans l’anus déjà douloureux de la petite fille que j’étais en apprentissage car ces types n’avaient aucune idée de la manière d’inventer un langage capable de se substituer aux réseaux — belle bite presque rose qui giclait sur l’écran à un mètre de distance // John rentra la sienne dans son slip maudit de luthérien ô façons

 

On est alors tombés sur ces filles — des danseuses nues — et Karim les a invitées à prendre un verre dans un endroit tranquille où elle pourraient montrer leurs cuisses sans attirer le badaud parisien qui empeste les valeurs républicaines — et Jim brandissait le fouet en montrant mes fesses mon anus et sa petite merde et les poupées confectionnées par maman qui en savait long sur les langages de la bourgeoisie en gésine façon Blanqui et consort (vous n’aurez pas l’alsace et la lorraine) « écartez-vous c’est plus grave qu’on pensait » et John s’est accroupi sur le parapet façon Utrillo ne riez pas ô mes sœurs

 

Et ainsi en voyage dans le monde de papa qui n’a jamais enculé maman — molestant le petit bourgeois parisien qui se plaint d’être mal payé et le provincial qui ne veut plus travailler dans ces conditions — luce la pute s’envoya en l’air avec les plus dégueulasses d’entre eux :: : des types dont personne ne voulaient pas même pour travailler au service de l’entreprise :: : j’ai prié moi-même pour qu’on m’encule — plages de ces pays de rêve où le rêve est entre les mains d’allah — et papa me suivait sur sa bicyclette façon outil municipal — des enfilades à même le sol des corridors de la mort — tandis que Karim inventait un nouveau langage antijuif anticapitaliste antipaganiste antipoétique « ô vous »

 

Le LongSong prenait l’eau par la quille à cause de Moby Dick — Karogne n’en pouvait plus de gueuler mais on s’est fait dix mille dollars chacun et personne n’a été volé — les vedettes juives patrouillaient au large des côtes libyennes — le capitaine avait appris la marine dans un bar de Marseille où son papa avait ses habitudes pendant que maman était la mienne — dix mille dollars que Karim m’a proposé de dépenser à Málaga où il connaissait d’autres fourgueurs et on y est allé par le chemin le plus court — à travers les écrans qui parlaient le même langage malgré les nations en périls ô Islam

 

Remarquez bien que je n’ai pas de thèse à soumettre à votre esprit en cavale dure… la liberté c’est le pognon — et le pognon c’est le vol — voire l’assassinat — considéré comme un des beaux arts — on a évité de tenir le pinceau des murs et on a fini par trouver l’endroit idéal pour s’abandonner à l’autre — Karim brancha le PC et on a communiqué avec la pédophilie l’islamisme l’antisémitisme la pornographie les idées interdites et les libertés d’expression en danger… Karim aux anges dans la poussière d’ange… « trouver du fric et le dépenser » voilà la seule grammaire possible si on veut vivre jeune… ! ô maman

 

Mais n’allez pas croire qu’on faisait tout pour se faire remarquer ! Que non ! Jamais ! Des gardes civils prenaient le frais dans le bar en attendant que l’heure tourne dans le bon sens (jamais une cuisse dans le profil de cet escalier qui montait plus vite qu’il descendait de toute façon Karim avait une gueule de chanteur andalou on l’entendait imiter la guitare pendant qu’il me sautait dessus — même qu’un académicien royal est passé pour prendre la mesure de l’endroit — un hôtel sur le bord de la route avec des eucalyptus comme des bites alentour — et je n’ai connu aucun autre amant ô jamais ô

 

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des foutoirs à humanité en berne — et le fric coulait doucement de nos poches — sauf qu’il a fallu se ravitailler et on a tué quelqu’un — tellement bêtement que je savais plus si c’était de ma main ou de celle de Karim qui pleurait comme un gosse quand on a pas osé retourner à l’hôtel — on a descendu la route jusqu’à la côte et on a appelé John qui sévissait pas loin à Cadix — Karogne avait eu le temps de faire le tour de la Méditerranée — et des innocents aux mains pleines étaient tombés sur le champ d’honneur à Paris — j’en avais marre de réfléchir — et je n’avais pas l’intention de mourir à la place des autres ô Hamas

 

[non mais écoutez ce péteux !... :: : « faut aimer la France, son drapeau et son hymne… » — hé ben non… ! foireux… ! moi j’aime pas la France : et tu sais pourquoi hé proxo… ? :: : parce que c’est pas une république : lis Rousseau avant d’ouvrir ta fiole à poison libéral : et puis j’en ai rien à foutre des drapeaux : en général : et des croix : et des croix sans : et des croix croix : hé corbeau : anonyme… ! quant à ta musiquette de kiosque : c’est très simple : j’adhère pas à ce genre : et je parle pas des paroles : je me vois pas les prononcer : surtout en public : c’est les tiennes si tu veux : mais pas les miennes : je fais ce que je veux de ma parole : et la mienne c’est pas du fake hé putain de la com !... j’ai le cœur et la raison en république moi !... pas en banque hé pisseux discours !.. mets-toi-le où je pense : ton ballon !... te manque plus que le saucisson-beurre du prolo : mais avec ta gueule d’ado à sa maman : ça fait fake ô miches]

 

Tiens t’as des mecs qui se prennent pour les poètes des temps modernes et qui montrent leurs petits culs dans des films que j’aurais honte d’être dedans si ça arrivait — ah ! ça manque pas d’études ces fils du déclassement socialiste ! et des leçons en veux-tu en voilà avec des pages et des pages que ça ressemble à du cut-up et que c’en est pas ! Je passais justement à Paris… j’entre pour feuilleter (les librairies c’est des bibliothèques gratuites) et qui je vois si c’est pas cette crevure de Jim qui se branle dans les pages de modiano en poussant de petits cris façon camus ! — ah ! que je lui dis en me voyant dans un miroir sécuritaire ah ! mais je reconnais bien là ta philo ! — c’est pas ici que je voulais entrer, dit-il en ânonnant, mais pisque t’es là… et on est allé se faire enculer par John qui créchait lui aussi dans la rue ô légion

 

On n’a pas grand-chose à faire quand on ne fait rien — dans ce monde qui n’est fait que pour faire sinon on est fait — c’est Jim qui s’exprimait de la sorte — moi je disais plus rien depuis que John m’avait entreprise — je faisais faillite dans un canapé qui avait connu pire — et j’étais loin des questions de langage « is a virus » — d’ailleurs des lunes que je me suis pas payé un prof pour en savoir plus sur la façon de vivre en animal domestique donneur de leçon à ceux qui n’y arrivent pas — « Ah j’ai une de ces envies d’écrire un roman » dit John qui cherchait une raison d’enculer Jim — et de verre en verre on en est arrivé à ô messires

 

« Tuer ? » ben oui on l’avait fait et c’était pas écrit dans un roman — on risquait vraiment de se faire arrêter et juger et jeter dans un cul de basse fausse — Karim avait disparu dans un train en partance pour la Turquie… il me restait du fric mais pas assez pour réinventer l’injection — on a pété une vitrine pas très grande et on a filé dans l’ombre avec le butin — et comme y avait à bouffer chez les nazis on y est allé avec les bouteilles et les dattes… Karogne brandit son bras olympique tellement qu’il a failli éborgner John « Z’avez pas encore inventé un langage ? » s’offusqua-t-il et on s’est assis avec les autres pour bouffer du juif ô Ismaël

 

« Qu’est-ce qui va se passer maintenant… ?

— Ça dépend si c’est moi ou si c’est Karim qui l’a tué…

— Tu crois qu’ils savent déjà de quoi il retourne… ?

— Je crois en rien, moi ! Je sais même pas ce que ça fait de tuer quelqu’un !

— Et si ça te faisait rien… ?

— Et ben il faudra qu’on me dise… Ô misère d’avoir eu une mère pour maman ! »

 

On a beau dire mais chez les nazis la fraternité ça compte et on bouffe bien quand on boit ! On a prié pour le salut de ceux qui sont morts pour rien et on est rentré dehors pour se coucher et rêver chacun dans son carton doublé d’angoisse — mon rêve c’était que j’étais née dans la domesticité d’une famille royale et j’avais appris à parler comme il faut — ce qui m’a réveillée pour la nuit / obligée de me lever pour chercher l’amour et j’ai trouvé dix euros par terre juste avant de me faire embarquer par un fonctionnaire provincial en vadrouille parisienne — « si c’est te faire enculer que tu veux va falloir que tu regardes à deux fois avant de demander ! » et le mec m’a quitté avec l’idée que j’étais un mec — le crime m’avait changée à ce point ô missel

 

Le lendemain j’achète un bouquin tout neuf avec mes dix euros et je m’en vais le lire à la campagne au bord d’une rivière que si Bashô l’avait connue il serait mort en France — le livre contenait les idées d’un jeune type qui savait pas grand-chose mais qui en parlait tout en trafiquant le langage des mortels au point que je me suis dit que j’aurais mieux fait de tuer pour une idée au lieu de me laisser embringuer à le faire pour de l’argent — vite une AK47 ! pour faire des trous dans ce bouquin à dix euros (des idées j’en ai moi aussi mais j’ai pas encore le langage) « vous aimez les chips, mademoiselle ? » si je les aimais ! à douze ans je m’étais vendue pour moins que ça ! Et on a loué une barque pour visiter le dessus de la Marne ô Du Guesclin

 

Ah ! J’évoluais ! Je l’avais mon bourgeois déclassé ! Et bien peigné avec ça ! Il rêvait de faire du cinéma « maman en faisait dit-il mais papa est mort avant » j’ai pas cherché à approfondir le sujet de la relation sans doute complexe mais le type avait une queue grande comme l’Oural et on en a parlé des heures avant de peaufiner des projets qui n’avaient plus rien à voir avec Karogne et son équipage — des fois on a le droit de changer les rails de l’existence pas vrai ô oui que c’était vrai et on est retourné en Espagne sans que je change de nom mon passeport était resté à l’hôtel mais j’avais ma carte d’identité avec mon ancienne gueule — et puis j’aime le risque surtout que j’avais aussi envie de Karim et de ses projets d’attentats ô pastilla

 

Je vous raconte pas tout parce que c’est long et ennuyeux — Jasmin ne voulait rien savoir… il me prenait comme j’étais… avec mes poils et mon odeur… et ma seringue autoinjectante — « quand tu le trouveras, ton langage…

— Ah mais c’est pas le mien mon coco ! Je m’en voudrais !

— De l’universel dis-tu !

— Que si c’en était pas, tu t’appellerais Persil ! »

Et on en est resté là — à la télé Paris avait encore morflé — pas de sang sur les murs mais ça sentait les tripes et la cervelle même n baissant le son ! Ah ! le petit procureur au visage blême comme une pizza sans sauce !

« le voilà ton langage ! s’écria mon mentor qui savait pas ce qui allait lui arriver parce qu’il pensant à autre chose.

— Même que j’ai étudié le Droit ! Ah ! j’étais bonne en religion ! »

ô Sorbonne

 

Le yacht LongSong en panne à Alicante — Karogne avait perdu un bras (il nous offrit des sucreries turques) mais rien sur Karim — John et Jim s’enculaient dans un camping sévillan — « Jim encule John ! » et Jasmin qui s’étonne — « j’ai plus besoin de fric expliquai-je au capitaine j’ai trouvé ma fontaine et je dépasse pas les limites — ça durera pas ma vieille t’es un cloche je te connais » et Jasmin tomba presque mort au premier round (il faut dire que Karogne avait forcé la dose pour m’avoir à lui seul et on a passé le reste de la nuit à se raconter des histoires ô confessionnal de mon enfance

 

« des fois je supporte des fois non ça dépend de je sais pas quoi — il faudra qu’on t’explique mon pauvre jasmin » il a répété le mot pauvre et j’ai entrepris de lui soutirer une goutte de sperme parce que j’avais les poches pleines ô monde sans argent qui m’appartienne de droit ! et la journée s’est passée sans nouvelles d’orient à peine si deux flics m’ont regardée comme s’il m’avaient déjà vu — à la télé peut-être — je regarde pas la télé espagnole « nous irons manger des clovisses avec du pain et du vin rosé » mais oui mon coco les soirées sont agréables à cette époque de l’année même si je pense à Karim qu’est pas encore dans les journaux comme il en rêve ô Palestine

 

Je vais te le distiller moi ton roman sans langage nouveau ! et que je m’interrogerai sur les grandes questions de constitution et de morale personnelle !... tiens quand j’étais ado j’avais un ami qui écrivait des choses que lui seul comprenait mais qui résonnaient très bien dans le corps de sa guitare classique — aujourd’hui je le cherche sur la toile et je ne trouve rien qui y ressemble — ah cette nostalgie des moments passés en analyse de la phrase ! et Jasmin me tenait la main dans son assiette de coquilles vides — moi qui prenais le risque de me faire arrêter pour meurtre en relation avec l’argent en compagnie d’un terroriste qui ne parlait que sa langue ! ô mes yeux

 

Mots dévalisés par des flics — j’ai reconnu l’eau de toilette du sargento Yúpala — on se connaissait lui et moi — lui parachutiste à Bayonne et moi serveuse dans la boulangerie qui fait coin ? : saut dans le vide d’une poignée de billets qui avaient déjà servi à Kolwezi // tulipán negro des poissonnières de la Marina à San Juan de Luz — à la gare on se frottait le nez contre ces culs qui avaient connu la trouille ? : et encore des valises de mots qui arrivaient de Syrie par la Turquie : Karim pris pour un messager : et moi pour radio-daesh : ? le sargento renvoya ses sbires et s’excusa pour l’accueil : qui était Jasmin ? ô Joyce

 

Carabanchel transformé en centre culturel avec des tas de poètes disciple des mots-valises ! en fait j’avais rêvé à cause d’un marin qui s’appelait lui aussi Yúpala originaire des Andes avec la marque de la misère sur la paupière gauche — « Creo en Dios » yo no ? pero me dieron la llave — et Karim épuisait son inspiration dans un nouveau bouquin qui allait changer le monde en monde et les cachalots en cachalots / merde en stock . épuisement. je reconnaissais ces signes de fatigue intellectuelle. il m’avait habituée à ça. tripoli sous un soleil blanc comme la forge de mon papa. les cathédrales et les palais de Matorral. bourgeoisie inaccessible. c’est par accident qu’on devient esclave aux ordres des domestiques. Karim se sentait libre. Mots dans mots et les valises de nos voyages ô Elpenor

 

Yúpala (l’un ou l’autre) langue en moi . . . les clovisses de Jasmin pimentées aguardiente ou machaquito — verres était-ce bien le sargento que j’avais aperçu sur le paseo ? Jasmin reluquait le contenu d’une vitrine dédiée à l’armurerie et je l’ai tiré par la manche — on descendit vers le port. putes en sueur. le pied sur le bord du trottoir. et nous remontâmes pour rentrer à l’hôtel. je vivais plus. mais qu’est-ce qui m’avait pris de revenir sur les lieux du crime ? sans Karim à la clé (qu’est-ce qu’il foutait maintenant) et le réceptionniste me remit les lettres. mots dévalisés par des flics. peut-être Yúpala. j’avais pas ma photo dans les journaux. je pouvais aller consulter les adresses du passé à l’hémérothèque. Jasmin commanda des clovisses et moi du pain et du saucisson. avec du beurre oui ô salades

 

les minables de ce monde font la guerre . et ils la perdent . Karim n’avait pas disparu à Bagdad… . qui disparaissait maintenant. Karogne débarqua dans notre chambre. je lui présentai Jasmin qui se remettait lentement des évènements de la veille . quelqu’un l’avait pris pour Karim . mais qui ? il a vomi avant de me renseigner sur ce point crucial de mon futur de prêtresse . sifflez serpents !... ouais ouais dit Karogne tous des minables et nous on profite de la vie j’ai une valise sans mots dedans je sais pas si monsieur… ? mais Jasmin roupillait dans les coussins… « une valise sans mots dedans ? » et bien d’autres ! fit Karogne et on s’est donné un rendez-vous sans Jasmin mais avec des clovisses pimentées ô marées

 

Karogne me renseigna. Il avait conservé les coupures de journaux. J’étais dedans. Photo en deux pièces mini… ? et moi quand j’étais petite ? mon papa témoignait « elle a jamais fait de mal à personne / mais les fréquentations ô monsieur les fréquentations ! » et la gueule de Karim enturbannée façon assassin du Vieux de la Montagne — rien sur sa pratique des mots-valises ? rien sur Ulysse et ses voyages circulaires ? rien sur les sentiments ? « heureusement que tu as changé de gueule !

— Sinon Jasmin s’expliquerait pas…

— Il a du pognon ?

— Pas des tas… mais on profite. Ah ! ça oui ! On profite ! »

Karogne baissa la lumière // injection et fulguration ? mots dévalisés par un type qui n’en avait rien à foutre de ce que Karim espérait de la poésie de combat ô culuc

 

mettons que j’ai pas donné . je m’appelle luce . en ce jour ensoleillé je me réveille la tête en bas . Jasmin ronfle entre mes cuisses. cuissssses . tu te sentirais pas si bien si je m’ouvrais vraiment ? vrais cadavres . à la télé les gens étaient heureux comme des fous . en veux-tu en voilà des raisons de ne pas te plaindre — (le rideau plein de soleil rouge) — je suis recherchée et on me trouvera . mais ne comptez pas sur moi pour le documentaire de ma cavale . Karin m’avait prévenue : « ils ne comprendront pas / ils n’ont qu’une idée en tête

— ouais mais ce type le mort le tué

— qui c’était j’en sais rien ? »

tout Karin en ce rien ! il m’envoyait des lettres remplies d’inventions poétiques / « mais comment sait-il où tu te trouves ? » vrai que je m’étais pas posé la question ? Jasmin !

ô trahisons ô châteaux cuisssssses

 

Yúpala revient me hanter. « Jasmin m’a tout dit ! » ainsi il sait tout… si Jasmin se met à dire tout… ! tu imagines l’épaisseur du manuscrit !... ouvrait-il mon courrier quand j’étais pas là (j’étais avec Karogne si j’étais pas là ? nouvelle aventure sans lendemain) ? cette fois je vérifie l’intégrité de l’enveloppe . le réceptionniste en position de défense « oh ! Madame ! » Edwarda que je m’appellerais si j’étais toi ! et on s’est regardé comme si l’un en savait plus que l’autre et que cet autre voulait savoir — mais rien n’indiquait une ouverture à la vapeur « j’ai encore rien dit conard ! » mais peut-être en voulait-il seulement à ma chair — j’avais changé de gueule . certes . mais pas à ce point ô tempora

 

en cavale ? mais qui le dit ? je savais même pas si j’étais coupable ? je vis en marge ? et les valises de Karim ne me renseignent pas ? j’ai même pas de goût pour les cruautés que l’homme peut infliger à l’homme avec ou sans son accord ? « ne mélange pas l’eau et l’huile » conseilla Yúpala et Jasmin se met à la mayonnaise et au morceau de pain trempé dans le gaspacho ? c’est tout l’effet de la substance que Karogne m’injecte quand j’arrive plus à jouir sans — « on ira en croisière toi et moi — on passe par Tripoli et on met le cap sur Saint-Jean-D’acre » toute une vie devant l’écran avec les alertes dans un coin — intermezzo : le Bataclan et ses morts traversés par le feu d’un combat qui n’était pas le leur — l’union qui s’ensuit — Jim mima un instant la douleur d’un ventre mais John se jeta entre ses jambes pour imiter le cri du nouveau né — qu’est-ce qu’on pouvait s’amuser à cette époque-là ô France

 

pluie de manifestes dans ma chambre — je lis tout — j’arrive pas à me décider — Karim me montre la photo d’un Palestinien qui se plaint d’avoir perdu une jambe ou un enfant . je sais plus . « je vais écrire le roman de cette jambe !

— ou ce cet enfant…

— tu seras mon égérie ! »

et on est allé voir des photos d’Israël dans la vitrine de l’Atalante — belles juives en maillot — on est rarement parfaite . et pas pour longtemps . et les manifestes pleuvaient comme si le toit s’était ouvert pour que je connaisse le monde sans la télé . « faut que tu te décides luce ! tu peux pas rester comme ça à rien faire ! Ou tu travailles ou tu te révoltes ! Mais rien faire ah ça non ! » ô maîtres

 

« ma pauvre chère enfant braoum mmmmm » elle me téléphonait d’Istanboul voyage payé par je ne sais quelle maison où elle « travaille » ? ils sont allés une fois à Rome et puis Séville et encore à Saint- ? braoum c’est dehors que ça se passe des tircs perdent leur moustache et des touristes reviendront sur les lieux pour se recueillir « j’ai perdu un proche » ma pauvre chère enfant ? elle savait ce que je pouvais attendre d’Interpol ? mais Jasmin appela l’hôtel braoum vlam crack et ils firent voile vers la Crète où les attendait la guide qui était tombé malade en cours de route . sur la route de Brindisi . un rhume de cerveau . Ida . hercules sur la plage . maman ? Elafonisi ? Jasmin racontant comment j’étais tombée dans les bras d’un guardia civil que j’ai appelé « Yúpala » . cellule de dégrisement . du noir au blanc . ? braoum à Istanboul ? et Karim m’a envoyé une valise pleine de mots que personne n’a dévalisée parce que je voulais être seule ô capitale

 

« je ne sais pas pourquoi je te raconte ça nous bourgeois de Paris ou domestiques importés des provinces classe tellement moyenne que j’ai honte de lui appartenir papa : mais comment veux-tu que le peuple . ignare par définition . fasse la révolution ? hein ? heu ! braoum ! qui est Karim ? Que dire ce mot qui n’est pas dans le dictionnaire ? Élevons nos enfants avec le journal télévisé » crack ? débris de missiles . ô librairie au passage de la petite bourgeoisie qui réinvente la poésie . fascicules des bibliothèques du mérite national . tous profs . ou en passe de l’être . c’est pas Yúpala qui me démentira . « cuidado con el machaquito mujer ! cuidado ! con el Karim ! cuidado ! a ver si nos entendemos” cavale des cucarachas sous le lit . ¿ Jasmin sur le balcon pour écouter les coplas et Karogne est arrivé avec Karen . LA Karen . Elle avait rencontré Karim à Jérusalem . il était avec une autre femme ô croix

 

¿ ¿ ¿ ¿ ¿ un poète français était tombé dans mon verre // ô rage ô désespoir ô mots valises sans qui la poésie n’est plus française ! et il s’est mis à nous vanter les mérites de la quatrième grammaire ? Karogne n’en pouvait plus ! il voulait parler du LongSong . mais en termes techniques . au Caire des frères l’attendaient pour prendre livraison d’un cadavre qui avait son importance politique . il le conservait dans un congélo à bord du LongSong . le poète qui s’appelait ou se faisait appeler Jarive voulait « voir ça de près » et Karogne . bon capitaine . a lu Moby Dick sans sauter de pages . Karogne lui demanda pourquoi il était nécessaire de compliquer la langue qui « l’est déjá assez comme ça nom d’une pipe à Achab » et le poète français qui ne parlait pas un mot de castillan se mit à faire des bruits avec sa bouche « ah mais j’ai connu ça s’écria Karogne / t’es en retard mon pote ! Tarive pas à l’heure ! » et on s’est marré jusqu’à l’heure de plus pouvoir distinguer la nuit du jour ô maurras

 

« elle où luce ? » toujours recherchée ? elle est revenue sans Karim qui écrit un bouquin quelque part dans le désert . alors Karen a sauté au cou de Jasmin et elle l’a emporté dans son sac à main parce qu’elle avait besoin de liquide . ? ¿ j’ai rien dit pour pas envenimer . et en effet Jasmin est revenu sans elle . qu’est-ce qu’il en avait fait ? « qu’est-ce que t’en as fait ? » et comme il savait pas Karogne a retourné le poète français sur l’autre face celle des poches et il a trouvé un dictionnaire de rimes ? elle est où Karen ? Jasmin n’avait pas son visage de d’habitude . je le connais dis-je à Karogne qui me parla tout de suite de viol avec étranglement de la victime « nous en tout cas on témoignera pas » et Jim et John se sont envoyés en l’air sur un canapé de soie rouge qu’on aurait fait exprès pour ça . je raconte ces choses c’est pas pour témoigner con se le dise une bonne fois pour toutes ô misses

 

sur l’écran l’anus de Jim avec dedans une fleur genre années soixante — le café préparé par Karogne était coriace ? on était maintenant à bord du LongSong ? sur le roof où John préparait des lignes en chassant le soleil du revers de la main ? ou les mouches ? machaquito ou aguardiente je me souviens plus ce que Jasmin vantait en secouant un ruban bleu sous le nez du poète français Jarive ou Tarive . la modernité prise au piège d’un manque flagrant d’imagination . moi j’avançais peut-être plus vite que Karim sur les traces du roman . et toujours pas de traces de Karen depuis que Jasmin . depuis que Jasmin . hé jasmin qu’est-ce que t’as fait de Karen ? « Ouais dit le poète qu’est-ce qui est arrivé à Karen ? J’avais rendez-vous avec elle ?

— rendez-vous où ? s’étonna Karogne.

— ici même…

— sur le LongSong ? continua Karogne sur le même ton.

— je vous crois ! moi . poète français . ami de l’homme et homme de l’ami . amiome . je suis l’amiome présent . écartez-vous, prêcheurs !

— il est dingue dit Jim et il changea de position » ô merde

 

toute la matinée avec de l’eau dans le machaquito et pas assez de machaquito pour retourner d’où on venait ? j’étais à poil dans une bouée jouant avec les doigt de John qui revenait bredouille de la pêche . alignement des lignes . une araignée tentait l’ascension d’un haïku (le poète frémit au son haï ou ku) ? « j’inventerai le Nord pour toi ! » et le flic que j’avais pas vu arriver mis sa carte sous le nez de Karogne qui faillit tomber de son fauteuil d’osier ? « vous connaissez ce mec ? » ah la la ! si c’était pas Karim c’était moi (j’avais des airs de mec à cette époque et j’ai pas beaucoup changé depuis ? je dis pour prévenir en cas de coup de foudre) — bref Karogne se lève et comme il est plus grand que le flic celui-ci se raidit comme une queue qu’on attrape par le n bout du prépuce ? je m’approche . j’ai tort de m’approcher . Karogne me le dit avec ses yeux de mérou ? ¿ Jim cessa de s’enfoncer des trucs dans le cul . John revenait de la pêche… alors… si c’est pas toi c’est Karim et inversement ? ? ? mais c’était Jasmin ! ! il dormait dans le gaillard d’avant ô charpentier

 

une vie que des emmerdes et encore je les regarde jamais de près de peur d’en devenir SDF — Jasmin recherché par la police . et l’espagnole que c’est pas la meilleure . on a tout de suite pensé à Karen . « il est à bord ou il est pas ? » demande le flic qui n’a pas l’intention de se laisser avoir par la bouteille qui rutile sur un plateau avec son torero dessus et ses promesses de paradis islamique . « il est pas à l’hôtel ? couinai-je lamentablement.

— qui êtes-vous ? m’assène le flic.

— lu… lu…

tartamuda fit Karogne en sortant la langue.

— quel hôtel ? dit le flic sans sourire.

— le mien… je veux dire… jasmin et moi…

— il s’appelle Jasmin !

— C’est ce qu’il m’a dit…

— Vous le connaissez comme ça… »

le flic tourne sa main d’un côté de l’autre . je sais pas somment expliquer : pronation-supination . « pas plus » fit Karogne ô song

 

ça se complique — me dit le poète pendant que le flic saute sur le quai . on le regarde s’éloigner . il va à l’hôtel . Jasmin n’y est pas puisqu’il est ici . Karogne est déjà en bas . l’écoutille a volé dans les airs puis giclé sur le pont . une seconde plus tard (c’est peu) la tête de Jasmin apparaît dans l’écoutille . il est mal réveillé . « on est là pour se marrer / alors je me marre / un point c’est tout ! » et il gicle hors de l’écoutille pour se ramasser sur le pont parmi nos pieds nus . Karogne est encore en train de grogner là-dessous . « quand c’est-y que tu sors, Karogne ? On a besoin de toi ? » mais il sortait pas et continuait de grogner comme un ours en cage . il avait une raison de pas sortir – Jasmin pouvait nous renseigner . mais il se tenait accroupi les mains sur son visage . grelottant comme un gosse qui savait pas que ça pouvait faire si mal . moi-même j’ai rien dit . John dit : « le flic va revenir on ferait mieux d’appareiller j’ai le compas dans l’œil » & Karogne surgit à ce moment-là avec Karen dans une main et une valise dans l’autre ô Fram

 

Lettre de Karim

 

(1) BRANLETTE DE LA COLÈRE

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finis

 

le poète français (quel que soit son nom) trouvait que ça devenait « vachement complexe comme situation dramatique » et je me suis dis que Karim ne penserait certainement pas comme lui . « elle a droit à une explication merde » rugit John en me caressant les cheveux . Karen n’avait pas envie de rire mais elle riait . et Jasmin se sentait plus mâle que jamais . « elle devrait s’en foutre dit Jim . après tout elle et Karim…

— il est plus là Karim !

— elle s’est un peu foutue de moi dit Jasmin qui s’arrête de rire juste le temps de le dire.

— ah les femmes et le pognon ! Ah ! tiens… j’en respire plus ! »

c’est Karogne qui s’exprime de cette manière théâtrale . je suis au centre du texte . d’ailleurs c’est moi qui l’écrit . même si Karim est bien là . là . là . là . ô chouette

 

si y avait pas eu de flic dans la tourmente on aurait laissé pisser . chacun à sa place et Karogne à la barre . mais y avait un flic . et il allait revenir . qui éprouve l’envie de se tailler en douce ? nous si solidaires dans la guerre . Karogne, John et Jim, Jasmin Karen et moi… et Jarive qui n’a aucune raison de rester . il savait même pas de quoi on parlait . « et alors ? et alors ? me siffla-t-il dans l’oreille : Karim n’est pas là . jasmin vous a trahi . Jim et John sont ensemble . et Karogne est capitaine . vous et moi (ma chère luce) c’est possible . POSSIBLE . et quand je dis possible je dis pas autre chose . il est où votre hôtel ? »

« bob bon : s’il revient…

— il reviendra !

— on sera là pour l’accueillir.

— et moi… ?

— Jasmin à la baille ! »

c’est comme ça qu’on a tué Jasmin ô Karen

 

donc quand le flic est revenu il a constaté qu’on était un de plus et il a reluqué Karen sans lui poser de questions . Jasmin n’était pas à l’hôtel . on s’en doutait . quand est-ce qu’il allait revenir j’étais seule à pouvoir le dire puisque j’étais avec lui . le flic avait réfléchi sur le chemin « quand il rentrera vous lui direz que le sargento Yúpala désire s’entretenir avec lui…

— Yúpala ! Avec Jasmin ? Mais mais mais…

— ya pas de perro !

— et s’il ne rentre pas… ?

— il rentrera et vous direz que le sargento

— Yúpala ? Yúpala le sargento ?

— Vous le connaissez madame ?

— ¡ Ay ! » ô mamamía

 

étant donné que Jasmin n’était plus là . il ne rentrerait pas . et s’il ne rentrait pas . ô Yúpala . « tu peux pas rester là » dit Karogne . et on était là à penser la même chose : pourquoi Jasmin ? Avec Yúpala à la clé ? et moi avec Yúpala si Jasmin n’était pas avec Yúpala . « vous croyez que c’est facile m’écriai-je en larmes . ma carte d’identité est restée à l’hôtel !

— avec Jasmin !

— sans Jasmin ! pas de Jasmin à l’hôtel ! Et pas de carte d’identité !

— Oh ils la demandent rarement…

— et s’ils la demandent ?

— s’ils la trouvent, ouais…

— ils la trouveront ! »

j’étais cuite //// sans Jasmin chez Yúpala et avec ma carte d’identité entre les mains de ce sargento . j’étais cuite et recuite . « et les lettres de Karim ? Vous y avez pensé aux lettres de Karim ? ô Lettres

 

Ça devenait romanesque ! ? les ressorts de la comédie . au cinéma . ah ! j’ai eu la tentation de revenir au château . chez papa-maman . me cacher dans la cave . ou dans un trou du mur . comme Anne . moi aussi j’ai voulu devenir écrivaine . mais je suis pas morte assassinée . je mourrai dans une prison espagnole . mieux que dans le mur . ma vie comme un roman . et avec des ressorts . et que maintenant que tout est joué ? cartes sur table ? ya plus qu’à lasser couler le récit jusqu’à sa chape finale . de page en page ménageant la curiosité maladive du lecteur ? bougre extrait du métro . « veux pas aller travailler ! » et que ça gueule en soi . croquant la chocolatine du matin ? ? ? me lisant cartes sur table . comme si je jouis avec ma propre vie ? ô roman

 

plus de Jasmin pour la pitance . et s’ils avaient tué Karim ? ils tuent tout ce que je possède . un jour ou l’autre ce que je possède de mieux à ce moment-là . Jasmin attaché à un rocher sous l’eau . et Karim ? là-bas de l’autre côté de la Méditerranée . ils ont tué papa . et Alfred . et le joujou qui me possédait un peu lui aussi . ils tuent pour vous donner une raison de renaître . ô récit ! . récits . tous les récits que j’ai pu inventer pour me tirer de là ! dire que j’aurais pu avoir des enfants à la place ! — mais je ne serai jamais votre domestique ! même bien payée comme chez Google . et respectée façon bouddha . ah ! s’ils avaient aussi tué Karim ! s’ils m’avaient enlevé ma seule raison de vivre dans la merde ! ah ! mais alors MES AMIS qui a écrit les lettres de Karim s’il n’est plus là pour les écrire ? ô mystère

 

j’en avais des lettres . et de Karim . une ou deux de maman qui s’inquiétait pour mes diplômes . lettres de Karim . Yúpala tomberait dessus . il aurait vite fait de se faire une idée de ma situation romanesque . Yúpala la grosse queue ah ! Pas de Jasmin — ma carte d’identité — les lettres de Karim — écrites par je ne sais qui ? QUI a écrit les lettres de Karim ? — Karogne était en train de calculer comment COMMENT il allait me sortir de ce pétrin en forme de roman — il avait déjà tué Jasmin — et Karim ? s’il l’avait tué ô délire les lettres qui les avait écrites ? ô pas moi

 

Veuillez sortir de mon existence !

 

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