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 Article publié le 1er janvier 2018.

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Observée de loin et de haut, l’avalanche gourmande.

Sa gourmandise sans limite est tout blanche, elle dévale sans égards aucun pour tout ce qui se trouve sur son passage.

Avalanche avale jusqu’au regard de qui l’observe. Les yeux roulent à une vitesse folle dans la poudre blanche qui gronde.

Etale et roide maintenant dans la vallée blanche, masse informe tassée sur elle-même.

Nul soubresaut au milieu des sauveteurs accourus. Des chiens renifleurs s’activent, une nuée d’hommes de bonne volonté sondent les neiges fébrilement.

Dans le rêve de la nuit, une phrase s’était mise en boule, s’était mise en tête de dévaler la pente la plus raide du massif complanté de sapins dans sa partie le plus basse, parfait réceptacle de la masse neigeuse qui allait déferler incessamment sous peu.

Cela ferait vraiment un beau spectacle et une bonne soupe pour les yeux.

Le ciel noir constituait un parfait écran étoilé qui caressait les sommets ourlés.

Une pleine lune flattait les masses gigantesques. L’aube souveraine chasserait pour une journée entière ce lieu sacré, mais le temps était à la nuit noire constellée d’astres enchantés.

Plaines et vent, monts et froidure ne faisaient qu’un.

Pour l’heure, la neige était noire.

Elle allait le rester jusqu’au moment où tu déciderais seule, Ingrid, de lancer en toute connaissance de causes le message qui enivre.

Le grand coursier blanc se résoudrait à dévaler dans son propre chaos régi par d’impeccables lois physiques.

Le mot avalanche dévale le grand texte jamais écrit.

Ne détruit jamais rien que quelques arbres. Sa gigantesque masse gourmande n’a faim que d’elle-même, comme tout non-événement naturel provoqué par la voix de l’homme ou la soi-disant colère de la terre.

Voix que la blancheur emporte, étouffe puis réduit au silence jusqu’à l’arrivée des secours.

Une avalanche gourmande venait d’avoir raison de lui.

Maintenant que je suis réveillé, j’y vois plus clair.

Intacte la montagne, déplacée de quelques centaines de mètres la masse neigeuse qui fondra au printemps, laissant les hommes à leurs symboles désuets.

Je peux allumer un bon feu dans la cheminée, y brûler tous les symboles qui obscurcissent ma vie dans magasines et journaux, brochures et bouquins.

L’air est si vif dans la montagneélue source de pureté et de joie mêlées.

Le miel de tes yeux est si vif lui aussi.

Et cristallines les eaux qui émeuvent aux larmes parfois.

Ingrid est le nom d’une source que je suis bien le seul à connaître,et nuit des temps l’écrin de sacourseplus vaste qu’elle, mais si sage et si emportée à la fois qu’elle empoigne le destrier et sa monture au-delà du chant des hommes.

 

Jean-Michel Guyot

10 décembre 2017 

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