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 Article publié le 12 novembre 2017.

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Tous ont pris pour habitude de m’appeler Simplet. Normal quand un émerveillement permanent se reflète dans mes yeux alors que ma bouche béate affiche un grand sourire Tout me plait… sauf la fête !

Ce rassemblement d’individus venus se divertir pour oublier la misérable condition de chacun d’eux, cette masse chère à notre Piaf nationale, cette foule qui s’enroule attirée vers les attractions comme papillons autour de la flamme d’une bougie, elle aussi va se bruler les ailes mais ne le sait pas. Elle fuit un passé de peines et ne veut plus penser à la triste répétition du lendemain.

Merci, pas pour moi !

Tous ont pris pour habitude de m’appeler Simplet. Normal quand la multitude me voit baissé pour mieux regarder le centre noir bleuté des coquelicots. L’anthère, partie féminine de l’étamine, qui contient le pollen de la fleur. Minuscule chose dont se délectent les abeilles qui, elles, sont dans la fête perpétuelle de la nature.

La masse en passant, se moque de moi, prépare ses confettis et ses serpentins. Elle souffle dans ses sarbacanes, ouvre ses canettes, et se prépare pour souiller le sol de ses multiples déchets. Il faut bien que l’on sache qu’ici on a rit.

Et qui en son sein connait mon histoire ? Personne et fort heureusement ! Car sous le Simplet se cache aussi le Compliqué…

En moi tout est assemblé comme un puzzle complexe. Les molécules du bien comme celles du mal se côtoient sans se haïr et elles déploient des trésors d’ingéniosité afin de préparer des actions que la société toute entière ne peut comprendre. Or il est bien connu que lorsqu’on ne comprend pas, on juge et condamne. En moi il n’y a pas de loi, pas de règlement, de structure, de bienséance, de bonnes comme de mauvaises manières. En moi il n’y a plus de sexe.

En moi une chose subsiste : la ferme détermination pour être vraiment différant, unique et surtout, modestie n’en souffre, exceptionnel. Mon but, (moi qui avoue ne jamais vouloir quoi ce soit pour le futur, ni proche ni lointain) va se réaliser. La masse ne m’appellera jamais plus Simplet. Certes elle va me confondre avec un Toscan jamais disparu. Machiavel en personne. Car dans mon cerveau, juste à côté de l’anthère du coquelicot, des formules chimiques complexes s’établissent.

Qui au sein d’un troupeau bêlant aujourd’hui un peu plus fort en s’accompagnant d’une musique où prime la trompette ; quel joyeux drille soupçonne l’abominable dans lequel Simplet a vécu ? L’enfer d’autres cris, des piqures de gentils hommes tout de blanc vêtus, des chambres capitonnées, des camisoles aux douces courroies attachées dans le dos, des balaises contrôlant la bonne absorption de mille pastilles indigestes et abrutissantes…Quatre longues, très longues, années ils m’ont gardé. Et c’est un printemps qui m’a vu renaître en sortant de ce lieu de délicieuses villégiatures.

Le soleil était au rendez-vous et « ils » me l’avaient caché si longtemps que mon crâne en a chauffé. Quatre ans mais « ils » n’avaient pas pu me faire oublier. Leur infecte toutim prétendu médecine psychiatrique n’a pas altéré ma conviction profonde. Celle qui m’a fait juger non responsable des mes actes, bon pour l’asile !

Une ébullition semblable à celle d’un alambic ! Ce qui coule désormais de mon serpentin personnel est plus fort qu’avant mon internement, plus pur. Ce fut un crime autrefois que de vouloir enseigner aux hommes que tout était perfection. Même l’imperfection. Que l’univers dont nous faisons partie intégrante se fout éperdument du bien et du mal. Que Dieu et le Diable, deux créatures des hommes sont de bons amis et que jamais ils n’auraient l’idée saugrenue d’en venir aux mains.

Ecrite en de nombreux textes, démontrée quasi mathématiquement, expliquée avec une patience souvent mise à rude épreuve, la perfection du bipède nommé humain a été rejetée, controversée. « Ils »ont tellement ri en écoutant ma définition du temps…

Le temps est une vibration. Il constitue l’énergie de l’immortalité.

Finit l’hier, pas de demain ! La perfection de l’instant présent est ma seule pensée, ma seule religion, ma seule philosophie, mon unique concept de vie. Et vouloir partager ce point de vue pourtant si simple, au combien pacifique et pouvant élever l’homme au niveau de l’univers qui est sa matrice, m’a fait haïr de la société cannibale.

 Finit le temps bénit où l’on pouvait brûler les livres. Disquettes, puces, chips, clés USB et ordinateurs ne peuvent pas être tous détruits. Alors celui qui disait de monstrueuses et dangereuses inepties devait disparaitre. Il fallait que fêtes frivoles puissent continuer, toujours.

 Que la masse s’amuse, oui. Qu’elle prenne conscience de pouvoir se libérer… pas question.

 A l’asile !

« Ils » n’auraient pas du me laisser sortir de cet enfer… L’écrivain incompris d’hier, le Simplet d’aujourd’hui a préparé une petite surprise. En regardant les coquelicots il surveille la masse qui s’allonge en direction de la fête. Il la voit partie pour s’amuser chanter et danser. Mais plus question qu’elle puisse un jour se libérer. Allez, profitez-en encore un peu messieurs mesdames, tirez vos serpentins et vos confettis, soufflez dans vos sarbacanes, rotez vos cannettes et jetez vos déchets où bon vous semblera.

Vous l’avez bien mérité cette farandole et ceux qui l’organisent pensent en toucher de juteuses retombées.

Quant bien même vous puissiez voir ce que ma main tient sans trembler dans ma poche, vous ne comprendriez pas plus qu’au moment passé où vous me lisiez. Il m’a fallu peu d’effort pour confectionner mon dernier cadeau et merci à monsieur Google qui m’a aidé pour sa réalisation. Peu m’importe vos remerciements, il est douteux qu’ils me parviennent de là où vous allez.

La sincérité m’a toujours accompagné et mes agissements passés étaient distribués avec de la bonne volonté et sans intention du moindre gain. Tout s’efface, vous n’existez plus !

D’ailleurs il est probable que l’écrivain, l’interné, le Simplet n’aient jamais existé non plus.

Pensant à la masse, mon visage s’illumine. J’enfonce le détonateur…

BOUMMMMM !

Que la fête commence !

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