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Pornocacographie en langue kinora - Colicus et Yleus
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 Article publié le 5 novembre 2017.

oOo

Colicus & Yleus

Pornocacographie en langue kinora

in progress

Proposition de LUCE pour un CORTO
Notes : Patrick Cintas
Narration (à venir) : Pierre Vlélo
Citations : Romain Gambois
Fable : Renaud Alixte

dessins de Patrick Cintas
choisis par LUCE
lien :
http://www.ral-m.com/revue/spip.php?article14024

 

Toute l’écriture est de la cochonnerie. – Artaud.

 

Voici un CORTO auquel le lecteur de la RALM a échappé de justesse. Il a bien failli former le linteau du numéro 101(1). Certains regretteront mon choix éditorial, mais c’est ainsi. Il est vrai que d’allégories en allusions perfides, LUCE manie le couteau dans les plaies avec une précision certes baudelairienne (héautontimorouménos), mais aussi horatienne (cacozelia latens). Cette ardente ennemie de toute rhétorique s’emploie à user métaplasmes et figures pour « parler de l’écriture », la sienne comme celles des autres. Il en ressort quelques personnages adeptes du geste qui consiste à noircir la page : Colicus qui, comme son nom le dit, n’en finit jamais ; Yleus qui finit dans le blanc comme une communiante allaisienne ou un ninja barthésien ; Plagiarius qui finit par ne plus distinguer l’esclave de sa propriété ; et sans doute LUCE elle-même qui raccroche le combiné du téléphone pour peaufiner son texte et prendre du retard sur l’horaire prévu. Il s’ensuit que ce CORTO, qu’on peut qualifier de bis sans risque de se tromper, a sa place dans la RALM, à l’endroit des flux parallèles qui en multiplient les rives. Flânons avec elle dans la joie qu’elle impose en harmonie avec la nature satirique du groupe auquel elle contribue, PERSONÆ les parodistes (2). Il va sans dire que la rhétorique ici en jeu ne concerne que LUCE et nous-mêmes(3)...

Merci à elle de m’avoir offert cette occasion d’entrer dans son texte pour retrouver le mien... ! Il n’y a rien comme l’amour platonique pour porter aux nues le sentiment de n’être pas tout à fait inutile !...

Les deux personnages de cette ode ne pouvaient pas manquer d’inspirer Renaud Alixte qui y va ici d’une fable de son cru ; la première sans doute d’une série.

Du coup... Pierre Vlélo propose d’ajouter sa graine narrative... dont il est un spécialiste. Le texte devrait donc en être augmenté un jour prochain. Nous verrons bien comment le groupe Personæ tout entier, déjà à l’œuvre du Projet Babelin, aura finalement mis la main à la pâte dans un prochain numéro de la RALM(4).

On voit ici comment le texte de LUCE devient un hypertexte(5) par l’addition de notes. Reste à savoir comment Pierre Vlélo poussera le bouchon encore plus loin et de manière résolument moderne. Et jusqu’où ira Renaud Alixte, suivi par les petits pas de Romain Gambois. Quelle équipée !

 

Patrick Cintas(6)
Colicussileusæplagiarius hominem(7)

L’on n’écrit que pour être entendu ; mais il faut du moins en écrivant faire entendre de belles choses. (Extrait de Quand la République suit la leçon de la Monarchie alors que le Marché est libéral parce qu’on a de grosses envies qui n’ont plus rien à voir avec le désir(8))

 

oOo

As if Divinity had catched
The itch in order to be scratch’d...

Samuel Butler, Hudibras, in ABC of Reading.
Traduit par Denis Roche :
Comme qui s’en irait gagner
La gale, exprès pour se gratter...

Colicus manque d’épaisseur

 

Graphomane, manographe,

Chaque matin dans son journal

Colicus coule le bronze

De son échelle à monter

Sur le dos des autres.

 

Il écrit son journal intime

En des termes empruntés

A la poésie insignifiante

De la chiasse aux latinismes

Et autres tristes redondances.

 

Il est poète, il en est sûr !

Ou romancier ou moraliste.

Il est heureux d’avoir un genre

A se mettre dessus la langue.

Il est comme il peut être ici

Tant que ça sort de haut en bas.

 

Il ne colmate ses voies d’eau

Que le dimanche avant la messe

Ou l’apéro qui va avec.

Et de retour

Il remet ça

En deux fois plus

Et même trois

S’il en contient.

Ne se nourrit que de prières

Sur l’autel de son ministère.

 

De page en page retroussant

Les manches de son trou de balle,

Autrement dit anus verbal,

Il accroît le volume instable

De son ouvrage interminable.

 

Hé si la mort le laisse faire,

Il se répand comme la flaque,

Pas épais mais bien étalé.

 

Est peut-être maximaliste

Dans le sens de la longueur.

Mais ça manque d’épaisseur.

Toutefois reconnaissons-le :

Ce Colicus est un auteur.

 

Yleus n’a pas de talent

 

Et derrière la porte d’en face,

De l’autre côté

Du corridor

Désaffecté

Où LUCE dort,

Chez Yleus

De Lilliput

Le citoyen

Le mieux loti,

La page blanche

Blanche s’impose,

Vomi de pâles théories

A l’endroit d’un juste silence.

 

Car celui-là n’a rien à dire.

Il a envie mais rien ne sort.

La nécessité du mouvement

Propre à toute œuvre pensée

Le paralyse et il réduit

Le geste à la parole

Et sa parole

Au friselis.

Et quand enfin

Il se délivre

Il en fait tout un tas

Qu’on ne voit pas,

Même de près,

Même à peu près.

 

On ne voit rien

Chez Yleus.

On n’entend rien,

On ne sent rien.

Et on ne cherche pas non plus.

Si le vide était sidéral

L’éternité

Pourrait servir

A balayer

Devant sa porte.

 

Mais son anus

Jamais torché

Tisse des poils

Faute de fil.

Et les étoiles

Qu’on voit enfin

Sont des boutons

Qu’il faut gratter

Pour mesurer

L’ampleur du vide

Ainsi conçu.

 

Pet de sirène

De Góngora

Y Argote

Via Quevedo ?

Pas même ça !

Jet de bouton

Sous la pression

Si toutefois

On s’y amuse

Comme on se rit

D’un phénomène

De voisinage.

 

Sans théorie

À la rescousse

Ça prend la route

Et ça promet,

Chiche phonème,

D’en terminer

Un jour ou l’autre

Dans l’exigence

Et le grand Art.

 

Poil au falzar !

Sitôt en gare,

Pas par hasard,

Ça recommence !

Vive la France

Et l’exigence !

Ya du sonnet

Dans les foyers !

Et des trophées

Chez les mémés !

Et pour entonner le refrain

Sur la couture les deux mains

Sans causer du tort à l’anus,

Ça se courbe selon la loi

De l’oreille et du petit doigt

Ou bien du nez jusqu’au sinus.

Qu’il manque de talent, cet Yleus !

 

Ah si la vie ne fait rien contre,

Son cul ne parle que de lui,

Sans rien dire de tout le reste.

Il est peut-être minimaliste

Dans un sens ou dans l’autre.

Qui sait ce qu’un court sur pattes

Se tient derrière la cravate ?

C’est qu’à défaut d’être un auteur

Yleus sait faire l’acteur...

Ou le cabot selon la claque.

 

 

Couloir de la mort

 

Quand je traverse le couloir

Pour aller vider moi aussi

Les flux arrachés aux parois

(J’ai pas les chiottes à la maison

Et pas des envies sans raison),

Je m’arrête et je prends la pose

(Façon ni Droit ni religion,

Ni morale, ni esthétique)

Entre ces paillassons crottés,

Chacun à sa façon frottés.

Colicus croît dans le prépuce

Et sur le gland dort Yleus.

 

Avec des airs de tragédienne

Au cul crispé par un trac fou

Des fois que le malheur l’emporte

Sur le désir d’être applaudie,

J’envoie Colicus à la mort

Et Yleus dans le décor.

 

Et Plagiarius sous un prétexte

Quelconque invente les allers

Et venues de son hypertexte.

Ni acteur, ni auteur, il est

Ce qu’on appelle régisseur,

Avec, dit-on, certain bonheur.

Des coulisses le spectateur.

Et du rideau l’imitateur.

À gogo les simulations !

Professorales et persos.

Des coups il en donne et redonne

Jusqu’à temps que les introduits

Ferment leur gueule et leur pertuis.

 

Ça en fait 3 au bout du compte,

Mais j’ai signé devant le Maire

Pour en avoir de beaux enfants

Eduqués dans l’Éducation

Et les bouquins

De ses larbins.

Ah c’est compliqué plus que 2 !

Tant et si bien que j’ fais la paire !

 

D’un côté ça schlingue la merde

Que l’être humain

Donne à la science

Et à foison.

Ici le mot tas prend un sens.

Sans pyramide ni basalte.

Rumeur venue de l’intérieur.

Allez savoir ce qu’en volume

On gagne à se multiplier !

 

Du côté de l’hypochromie

Sous le silence on n’entend rien

D’autre qu’une voix qui gémit

Et qu’une plume qui s’étreint.

Borborygmes de l’impuissance.

Couilles molles du m’as-tu-vu.

Le rideau tombe avant l’action.

Le spectateur veut qu’on rembourse.

Qu’à cela ne tienne, manchots !

À la sortie on prend un pot

En se tapant dessus la peau.

 

Je ne m’arrête pas longtemps.

Mais à force d’aller-retour

Entre chez moi et les latrines,

Sans théories ni blablabla,

Je me sens peut-être anarchiste,

Ce qui me donne droit et force

De tuer, de violer, d’aimer !

 

Ah j’ai un cul comme les autres

Et même comme ces deux-là !

Mais je m’en sers pour composer,

Pas pour remplir le trou d’enfer

Par effet de colique aigüe

Ou ne rien surcharger du tout

Sous l’emprise de l’iléus.

 

Quand je me torche c’est écrit.

Quand je rassemble ça ressemble

A c’ que je suis venue ici

Faire après avoir moi aussi

Été en dedans visitée.

 

 

Exorde enfin

 

Journalistes des trous là là

Et vous

Cols amidonnés des pensums,

Suicidez-vous sur paillasson !

Tranchez la langue au ras du cul !

Saignez comme porcs à l’enseigne !

Ah que le poil dur vous inflige

L’humaine douleur du vertige

Et les cris de la connaissance !

Vos portes ne s’ouvriront pas.

Éloignez-vous de l’existence.

Laissez la place à ceux qui savent !

Que vous soyez jeunes ou vieux,

Mourez avant l’heure prévue !

 

Diarrhées intimes,

Colons sans doubles,

Estomacs vides et va-vite,

Est-ce l’orgueil qui vous habite

Ou la pétoche qui menace

La main courante de vos traces ?

Heureusement je ne suis pas

Psychologue de pacotilles

Ni sociologue de la trique.

Et vous épargne la critique.

 

Mais à défaut de personnages

Et même de mari-onnettes,

Ah tant pis si je me répète !

Tuez avant d’être tués

L’œuf qui s’emploie

Dans vos tripettes

A trop en dire

Ou au contraire.

Votre mort ainsi mes pépères

N’a pas plus de sens

Que vos existences

A perpétuité.

Ô noces d’été !

 

Colicus marche sans tête

 

Ah je sais pas ce qui m’a pris !

J’avais sur la langue la gloire

Et la patrie dans l’avaloire.

Je ne vois pas d’autres raisons

De m’en prendre à un plus petit.

 

Croyez-le ou non je m’en fous,

J’ai raccourci le graphomane

À la hauteur de ses épaules.

Sans sa tête il n’avançait plus

Sur le chemin de la gloriole,

Mais il marchait sur ses gambettes

Qu’on dit plus poètes que lui.

 

Bien sûr il fallait le pousser

Car il n’avait pas l’habitude

De se porter sans tête.

Et sans voix ni regard

Ni oreille pour m’écouter,

Il avançait sans marcher

Sur ses mains qui écrivaient.

 

Il écrivait ! Il écrivait !

Elles écrivaient sur le fil.

Funambules, petites mains,

Masturbatrices des faubourgs

A l’éclairage des métros.

Et il marchait au rythme mou

Des jours qui se ressemblent.

La plume dans une main

Et le miroir dans l’autre,

Il écrivait sans sa tête

Tellement il avait l’habitude

D’écrire sans cesser de marcher.

Ceci est une allégorie

D’une qui se bouche le nez.

 

Inutile de pousser Colicus

Dans la rigole des trottoirs

Qui limitent l’intelligence

A l’expression de l’essentiel.

Il revient sur la chaussée

Sans penser au suicide.

C’est qu’il pense à la mort.

 

La mort le suit

Sans le poursuivre.

Elle attend autre chose

Que la fin de l’écriture.

Elle attend le bon moment.

Croquemorts, pleureuses, putains,

Bouchez-vous le nez avant l’heure !

 

À la fenêtre je nourris mes fleurs

De sa tête en décomposition,

Si jamais ce noir histrion

Inspire ma propre écriture,

Car il m’arrive, en vieillissant,

De me torcher dans le roman.

 

Yleus repeint les façades

 

L’autre écrivait de moins en moins.

Et chaque fois que Colicus

Noircit la page de son encre,

Yleus sort son mouchoir blanc.

Ça en devenait transparent

Comme un carreau sans la fenêtre

Alors que le gris s’imposait

A mon esprit de géomètre.

 

Trop cruel de couper la tête.

Il s’en sert pour marcher.

Je n’ai rien ébouté.

C’était déjà coupé.

Mais sans la saveur de la tranche.

Coupé comme l’herbe,

Encore que l’herbe se composte.

 

Cet eunuque de l’écriture

Rêvait de gloire lui aussi.

Quand il croisait le journaliste

De l’intime au trou jacasseur

À la figure il lui jetait

Sa critique théoricienne,

C’est-à-dire un silence obtus.

Et le mordu de la diarrhée

Le noyait dans son thésaurus,

Son noir lexique aux doigts de fait.

 

Combat volé aux marionnettes

Pour humanistes en bas âge.

Seuls les enfants applaudissaient,

Les vieux enfants de la patrie.

 

Ma fenêtre

Je voyais ça de ma fenêtre

Alors que je n’écrivais pas.

Ou pas encore...

J’en avais envie comme les autres !

Ah ici l’âge et sa toison

Impose folie et raison

A qui veut devenir poète !

 

Mais sans la pratique des jours

Ni l’exercice

Des théories,

Je n’écrivais rien dans l’attente

De savoir si je devenais

Ou si j’étais avant la lettre.

Poeta nascitur non fit.

 

Je les voyais, le cul à l’air,

Traverser le champ des visions

Que chacun au seuil de son art

Découpe comme silhouette.

Je n’étais rien, ou pas encore,

Mais ces passants changeaient ma rue

En paradoxe du turbin(9) :

 

Etant donné qu’on ne peut pas

Etre l’un et l’autre à la fois,

Car dans ce cas on n’écrit pas

Et on devient un citoyen

Ordinaire par le salaire,

Un trou du cul à taille d’homme.

 

Car tout commence à la fenêtre

Un jour de jeunesse ou d’enfance.

Tôt ou tard on se penche

(Sinon c’est qu’on est mort

Et bon pour les travaux

Du capital et des fonctions)

Et on les voit marcher,

L’un sur ses pieds aux bouts rimés,

La plante ainsi latinisée,

L’autre la tête dans la page,

Sans fondement près des nuages,

Le nez rougi par la pression

De l’équilibre sur la page.

Et l’œil nourri de réticences.

 

On ne fera rien de sa vie

Si on ne les voit pas passer

A temps !

Bien sûr faut en avoir envie.

Tout le monde n’est pas censé

Céans

Comprendre que la poésie

C’est la loi de tous les procès

Qu’on fait

Aux fées.

 

Ah je plains celui

Qui par inadvertance

Manque à la fois le spectacle

Et l’entracte dans le fumoir,

La pipe aux lèvres,

Le cul en feu !

 

Jouant à l’oiseau en cage

De l’oncle au vélo Solex,

J’attendais un autre âge.

Je voyais les marchands,

Les passants, les enfants,

Les militaires, les femmes nues.

 

Il s’en passait des choses dans la rue !

Passaient surtout les acolytes

Servant la messe des colites,

L’un les mains vides soupirant

Et l’autre en proie à l’abondance.

 

Tous les jours ils passaient.

Colicus et Yleus en passant

Suivaient leurs traces de limaces

Comme pédés de Jean Genet.

Le gazetier troué en bas

Et le nabot bouché en haut

Sous ma fenêtre

Et dans la rue

Passaient comme le temps

Et je n’avançais pas.

 

Or je savais que dans la vie,

Surtout la vie d’un écrivain

Qui se veut auteur véritable

Et non acteur sans faire exprès,

Il faut chier à la bonne heure

Et dans les formes qui conviennent.

Sinon l’enfant de l’écriture

Devient intime journaliste

Ou décroissant minimaliste.

 

J’avais les mollets du bas-bleu

Et la foi dans le bassinet.

Or Plagiarius veillait au grain.

Le philosophe a des esclaves

Et sa femme fait des enfants.

J’en dis pas plus, il vaut mieux pas !

Les coups ne tombent pas du ciel...

 

Mais la merde en bonne et due forme

Ni l’heure fixe que le temps

Met au servic’ de son triomphe

N’ont convaincu la pouliche en chaleur

Qui pâturait les fleurs de sa fenêtre.

 

Il fallait que je trouvasse

Autre chose de moins mort.

Écrire c’est

Traverser les cimetières

Sans fleurir ses tombeaux.

 

La leçon de Picasso

Ne m’a servi à rien.

On ne trouve pas ce qu’on cherche,

Mais quand on trouve,

C’est pas donné.

Ah ce que j’ai pu payer !

 

On devient vite voleuse d’étincelles

Dans ces conditions trop humaines.

Et Plagiarius comme Brigitte

Finit par voler ses propres esclaves.

 

Mon corps de rêve

(À cette époque car

J’ai beaucoup vieilli depuis)

Visitait les trottoirs en néophyte.

 

Ah je ne dirais pas que

Je n’en ai pas vendu

Quelques miettes de trop !

Je n’en manquais pas, ô jeunesse !

Des miettes en veux-tu en voilà !

Et yen aura pour tout le monde !

 

Entre deux guerres idéales

Il faut bien vivre sa vie, non ?

Sans les jours ni la page,

Qu’est-ce qui s’écrit encore ?

 

Le concile des couples

Dans le smartphone

Doublé d’icones,

Je t’ai parlé aussi

D’un projet de concile.

Sans art, à domicile...

 

Outre Yleus et Colicus,

Et l’ineffable Plagiarius,

Je fais venir ce con Ouictio,

Celui qui croit dur comme fer.

Et son reflet dans le miroir,

Dit Ce p’tit cul, l’observateur

Qu’a l’œil rivé à la serrure

Des paradis et des enfers,

Ledit Sceptikus ou tikos,

Selon la chair et le nonos.

 

J’envoie aussi l’invitation,

Sur papier cul avec des fleurs

Qui sentent bon la poésie,

À ce Salo sans qui la France

Ne serait plus ce qu’elle était.

Il promet d’être accompagné

Par Pet Dante ou Al Dente,

Je sais plus comment il s’appelle,

Mais il vient toujours et à l’heure.

 

Moi l’idolâtre de la Dent

De sagesse et de l’Œil en coin,

Bien en coin pour pas oublier

Que je suis venue pour baiser,

J’en connais des tas de vieux couples

Qui ont fait le lit des nations

Et envoyé à la décharge

Tous ceux qui servaient plus à rien

Ou qui servaient pas comme il faut.

Louis et Elsa m’en voudront pas

Vu qu’ils pourrissent dans la terre

Que mes pieds ont foulé

De colère et de honte.

 

Don qui trotte et Sancho pensa.

Lysis et Carmelin en France.

Hudibras sans chaud les marrons.

Camus et Malraux dans le lit

De la crasse de nos tympans

Vénérée par le Paquito

Qui jouait de la frasquita

Dans les autels et sur les nappes.

Sans charlatans ni esculapes.

Pas un pet de science en culotte,

Ni vraie ni fausse ni les deux.

Mais le cul nourrit la parlotte,

Avec des riens ou le contraire.

 

Roman de la disparition

Du feu de camp abandonné

À une nuit de très grand vent.

Dedans l’autre pisse le sang,

Enfle les murs de sa maison

Puis descend l’escalier en trombe

Pour revisiter le trottoir,

Le trottoir des uns et des autres.

 

Et j’en passe des 203

Et des trois qui font bien la paire,

Sinon je m’annonce après l’heure

Et Plagiarius me donne à boire

Le PCB de sa douleur.

 

Tout ça pour dire que je rêve

De foutre le feu à ces ouailles,

A leurs pays, à leurs enfants,

A leurs cercueils, à leurs églises,

Avec méthode ou sans méthode,

Ce sera selon mon humeur

Si jamais des fois j’entre en guerre.

Ça étonnerait ma maman

Et papa serait fier de moi,

Ce qui n’est pas le cas pourtant.

 

Ah pis tant pis pour la famille !

Mon sang abreuvera leurs plaies.

Sur le trottoir ou en service,

C’est deux par deux qu’ils vont chantant

En attendant de déchanter.

« Monos et Una, » disais-tu

Après Edgar, redisais-tu

Je sais plus où avec Ulysse

Qui s’en allait comme Virgile

Après la nuit sans voyager

Une fois encore avec moi(10).

 

Ça penche toujours d’un côté

Ou c’est de l’autre que ça vient.

Leçons de chose’ à deux battants

Comme la fenêtre à mézigue,

Au téléphone négociant

Un sursis à exécution.

 

 

Aujourd’hui

Changement de rythme

 

À cent ans je ne sais plus.

Je n’écris pas tous les jours.

Et quand j’écris je compose.

Mais ça n’arrive pas souvent.

Je préfère la lecture.

Ou c’est elle qui m’emploie.

Mais entre la perfection

Et la complexité

Je ne balance plus :

Je choisis la plus dure.

 

Sans lire les graphomanies

Qui font tourbillonner

Le monde des réseaux

Ni les paralysies inavouées

Du grand gogol qui ne sait plus

A quels seins se vouer.

 

À cent ans je ne vieillis plus.

Je me penche à la fenêtre

Pour retrouver le sens,

Mais dans mon lit je suis sans.

 

Que me reste-t-il à part

Les procédés de l’invention

Qui avec un peu de chance

Ou beaucoup de piston

Taquinent le désir des uns

Pour devenir celui des autres ?

 

Ils sont tous là, la plume au cul,

A rêvasser d’une chronique

Ou d’une fable qui fera

Un tabac dans les librairies.

Dans la vitrine je me vois

Et j’ai pas l’air que ça me donne.

 

On dirait que j’en reviens

Et que j’ai jusqu’à demain

Pour recommencer le cirque.

Je sais pas ce que j’attends.

Ni de moi, ni de ces autres.

Sans doute rien de bien torché.

 

Hier

 

Tu me parlais de Musidor.

Au téléphon’ tu me parlais

De cette attente qui tue

L’œuf dans la poule que je suis.

 

Des fois ça sort et d’autres fois

J’ai même pas envie que ça sorte.

Ah tiens je te raccroche au nez !

J’en ai ma claque de ta réalité !

Elle ne me fait plus rêver.

 

Allons voir si ça sent la rose

Ou si ça ne sent rien du tout.

Il y a longtemps que ces deux fous

M’amusent plus que moi-même !

Et toi va voir si ma muse y dort !

 

 

(Sommaire transcription
Plus ou moins poétique
D’une conversation
Longue et téléphonique
Avec Patrick Cintas.
Voici d’autres sûtras :
)

 

Refrain (copla) :

Allons voir si ça sent la rose

Ou si ça ne sent rien du tout.

De ce côté comme de l’autre

Il n’est question que de chier.

Mais si on pense à autre chose

On ne chie plus et ça fait mal.

 

Autre refrain :

Colicus et Yleus

Sont dans un bateau.

Et voilà que Plagiarius

Construit un château.

À votre avis

Qui tombe à l’eau ?

 

Encore un :

Des deux côtés de l’aventure,

Le trou du cul à la césure

Et le ventre sous la ceinture,

Qu’on voyage ou qu’on se biture

Faut s’en remettre à sa monture.

Je dis ça et je me triture.

 

Ah et puis un dernier, Paddy !

(j’arrive pas à raccrocher) :

On a tous envie de chier.

C’est bien normal, on est humain.

Mais que ça sorte ou que ça coince,

On est gros-Jean comme devant.

Avant d’ s’y mettre pour de bon

Le chemin des chiotte’ apprenons.

 

Et pour finir, une comptine

(Qui est qui ?)  :

 

Là ! T’es content ?

J’ai mis le temps

comme promis.

Et dans l’action

voici, voici

proposition

pour un CORTO

caca d’Artaud.

T’en profit’ras,

mon cher papa,

pour le relire

sans foi ni lyre

Ça te fera

Le plus grand bien.

Des fois, papa,

tu n’es pas mien.

Et c’est signé

ta fille LUCE

qui te la suce

quand maman n’est

pas là pour les

alimenter.(11)

 

oOo

 

Colicus et Yleus

Selon Renaud Alixte(12)

(pour servir de conclusion... provisoire)

Il était une fois,

Et même deux,

Ah et pis jamais deux sans trois !

Une fois donc étaient

Deux personnages fictifs,

Ce qui fait bien trois.

Ils étaient pourtant français,

L’un et l’autre français

Mais pas comme Rabelais

Si vous voyez ce que je veux dire...

Ce qui ne fait plus trois.

 

Colicus avait une grande queue.

Il bandait tous les jours

A la moindre sollicitation.

Et il éjaculait beaucoup,

Seul ou en compagnie,

Sans objectif d’enfants.

Il éjaculait pour le plaisir.

Ce qui ne l’empêchait pas de chier

Pour noyer ses autres poissons(13).

 

Yleus avait une petite queue.

Il éjaculait peu

Et seulement à l’occasion.

Il voulait faire des enfants

A la patrie et même au monde.

Mais chacune de ses gouttes

Se perdait dans le flot

Qui menace l’humanité

Depuis que le monde est monde

Et la patrie un tas de merde(14).

 

Colicus et Yleus vécurent

Assez longtemps pour vieillir.

Comme ils avaient passé leur vie

A se critiquer et des fois à se haïr,

A l’âge de la vieillesse et des dentiers

Ils se mirent à poil sur une plage,

Hors saison à cause du prix

Ou grâce à lui si on préfère

Le lard au cochon

Et les œufs au jambon.

 

Il faisait beau ce jour-là,

Au bord de la mer à poil

Devant ce qui paraissait

Une immensité,

Mais ce n’était

Qu’un rêve d’été.

 

Colicus ferma les yeux

Pour ne pas voir Yleus,

Mais il ne banda pas.

Il imagina une femme

En âge de commencer à vivre,

Mais rien n’y fit,

Il ne réussit

Pas à bander

Comme il en avait envie.

 

Yleus voyant le corps

Nu de Colicus

Et sous l’effet

De la brise marine,

Banda malgré son âge.

Aussitôt il proposa

A Colicus de l’enculer.

Et Colicus refusa

De laisser faire

Ce qu’il avait toujours

Fait aux autres

Et même aux siens

Sans demander la permission.

 

Pour justifier son refus,

Il prétendit qu’avec

Une aussi petite queue,

Même bandée comme à vingt ans,

Yleus ne pouvait pas prétendre

L’enculer selon les règles de l’art.

Pour enculer il en faut une

Comme il en a toujours une,

Reconnaissant que sans érection

Il ne pouvait en faire la démonstration.

 

« Si nous nous étions fréquentés

A l’époque où je pouvais,

Dit-il pour obvier

A toute critique a posteriori,

Je ne t’aurais d’ailleurs pas enculé

Parce que ce n’était pas mon genre. »

 

Yleus reconnut alors

Que du temps

Où il lui arrivait

De prendre son pied,

Il avait le même genre

Et que par conséquent

La question ne se posait pas.

 

« Cependant, dit-il en se caressant,

Je suis le seul à bander ici.

Je reconnais que la taille

N’est pas compatible avec la sodomie.

Alors pour pallier l’incohérence

De cette nouvelle situation,

Je veux bien que tu me la suces. »

 

Colicus reconnut à son tour

Que la seule queue en fonction

Sur cette plage hors saison

Etait bien celle d’Yleus.

Trop petite pour enculer

Son gros derrière fatigué

Par la pratique de la chiasse,

Elle pouvait être sucée

Jusqu’à sa sève éjaculer.

Mais là n’était pas la question.

 

« Elle est où alors la question ? »

Rouspéta Yleus en secouant

La queue fripée de Colicus.

Et Colicus prit son grand air

Comme chaque fois que ça va sortir

De son anus toujours à l’œuvre :

 

« En admettant que je la suce,

Dit-il en chiant dans la vague

Qui montait le long de ses jambes,

Il n’en sortira rien d’aussi

Abondant que ce que je sais

Encore donner à mes semblables

Malgré la vieillesse et ses cris.

Tu bandes, certes, mais ta goutte

Sur ma langue n’est pas même un mot !

Ça sert à rien de la sucer ! »

 

Et ils se séparèrent définitivement,

Laissant sur la plage

Un tas de merde

Qui se voyait de loin

Mais que personne n’approchait,

Ainsi qu’une goutte

Couleur nacre de coquillage

Qui retourna à la mer.

 

Moralité :

La chiasse fait les dépotoirs

Et les gouttes pas l’arrosoir.

 


oOo

 

Notes de Patrick Cintas

1- Linteau orné par Stéphane Pucheu (corto n32 – Le rouge et le blanc, nouvelle) et seuil garanti par Pascal Leray avec son ‘hypertextuel Dictionnaire critique et raisonné du signifiant série et de la poétique sérielle. LUCE ne prétend rien d’autre qu’agiter le rideau de cette entrée en demeure, comme un courant d’air.
Lien : [RALM no 101]

2- LUCE (Lu… Ce…) avec Romano Gambas, alias Romain Gambois ; Calixto Moreno, dit par lui-même Renaud Alixte ; Pierre Vlélo qui fut Pedro Ubeló mais ne l’est plus ; moi-même, Patrick Cintas Matorral (Matorral étant à la fois la traduction espagnole et provençale de Bouyssou — nom maternel — Bush en anglais) ; et l’inénarrable Jéhan Babelin qui, lui, est un personnage et non pas un auteur, ni un acteur et encore moins un régisseur — comme son nom l’indique.

PERSONÆ, en son parergon initiatique, distingue clairement 4 types d’intervenants dans l’existence :

— l’auteur

— l’acteur

— le régisseur

— le personnage

3 personnes de chair et d’os et une créature de papier :

Auteur – dans le sens le plus commun qui soit, l’auteur est l’auteur de quelque chose ; il est censé donner à voir et à entendre comme l’aubergiste donne à boire et à manger ; mais ici, l’auteur est celui qui reçoit ; qui perçoit serait plus justement dit ; cela expliquerait sa propension à la profusion ; il a nom Colicus.

Acteur – l’acteur agit ; ou plus exactement, il interprète ; on pourrait dire qu’en lui l’auteur tend à disparaître au profit du jeu ; affinant l’expression ou au contraire la réduisant à ce qu’il estime être son essence, soit il se noie dans les débauches de Colicus, soit il s’en extrait pour alors se résumer au peu de choses qu’il est naturellement puisqu’il n’est pas auteur ; cet Yleus est un paralytique transparent ; c’est à travers lui qu’on voit clairement que ce qui est court est plus facile à faire que ce qui ne s’emmêle pas les crayons dans un style simpliste jusqu’à l’absurde, en effet*. Colicus a, lui, le mérite de la complexité assumée, ce qui le rapproche de la modernité, malgré la débauche de détails.

* En effet... plus c’est court, plus c’est facile. Il ne faut pas exagérer les beautés et autres ressorts de l’exigence. De plus « un long roman ne sera jamais qu’une suite de romans courts, » dit Pío Baroja. Bien malavisé celui qui compare la pierre au mur qui la contient. Conséquence : on peut construire d’excellents murs avec de vilaines pierres. Corollaire : passer son temps à tailler de jolies pierres ne fait pas du tailleur un artiste*. Il ne le devient que lorsqu’il entreprend de construire un mur et même de compliquer cette tâche par d’autres composantes architecturales. Ainsi s’expliquent la constipation de certains et les risques de coliques liées à la construction. Voyez comme Yleus panique et se vante et comme Colicus connaît l’angoisse et l’humilité : « Peu d’œuvres donne beaucoup d’amour-propre, beaucoup de travail donne infiniment de modestie, » écrit Balzac avant d’introduire le lecteur dans son anus.

* C’est dans Lieu Tseu…

Régisseur – c’est l’homme des coulisses ; il voit tout : l’auteur qui angoisse derrière un pilier du décor ; l’acteur qui mesure le silence ; le metteur en scène lui a confié la lourde tâche de veiller à l’exactitude de la composition ; assimilé au plagiaire, il vole les esclaves de l’autre au sens cultiste comme au figuré ; il n’est pas l’ordonnateur, mais il l’imite très bien.

Personnage – voici le metteur en scène de la comédie ; de lui dépend toute la représentation ; sans lui, on ne représente plus rien ; en sa doctrine évolutive et surtout sujette à de brusques changements de directions et de braquet, Personæ fait du personnage le levier de sa création ; c’est le personnage qui vit l’histoire, meuble du temps ; c’est encore lui qui habite les lieux ; et c’est toujours lui qui parle et même qui écrit ; le personnage détient la clé de la représentation ; il lui donne son nom.

rôles

lieu

temps

personnage

écriture

auteur

librairie

biographie
bibliographie

Colicus

impressions

acteur

théâtre

représentation
répétition

Yleus

interprétations

régisseur

coulisses

semaine de 35h
ou moins

Plagiarius

simulations

personnage

tête

voyage
aliène du temps*

Jéhan Babelin

composition

*Aliène : adj. – étranger, étrangère.

Alors qui suis-je moi-même* ? N’étant qu’un auteur comique, un acteur occasionnel, jamais régisseur et le contraire d’un personnage car je suis vivant (du moins à l’instant où j’écris ceci et cela**), je n’ai de nom que celui qui me sert à signer les actes de mon existence. Je ne suis pas paresseux, suivant en cela la leçon de mon professeur de philosophie. J’ai même le goût du travail, ce qui ne veut pas dire que je construis selon les règles. L’édifice, puisqu’il s’agit de cela, est sujet à bien des aventures, aussi bien qu’à quelques mystifications. Hélas, je n’ai rien inventé. Il aurait fallu pour cela que je trouve. Que je rencontre. Que je tombe dessus. Si c’est arrivé, je suis passé à côté, ce qui ne m’étonnerait pas. Au fond, je suis un homme ordinaire, qui aurait pu être une femme ou rester un enfant et qui vieillit sans autre procès. Je n’ai même pas été assez inventif pour créer une œuvre anonyme de grand succès. Je cite le poème de Manuel Machado dans ma comédie Gisèle*** :

Tant que le peuple ne les a pas chantées
Les chansons ne sont pas des chansons ;
Et quand enfin on les chante
Personne ne se souvient de leur auteur.
Telle est la gloire, Guillén,
De ceux qui écrivent des chansons :
Entendre dire finalement
Que personne ne les a écrites.
Débrouille-toi pour que tes chansons
Finissent dans la bouche des gens,
Même si elles cessent d’être les tiennes
Pour appartenir à tous les autres.
Ainsi, parce que le cœur des chansonniers
S’est fondu dans l’âme populaire,
Les noms se sont perdus
En échange de l’éternité.

* Philosophiquement, n’étant pas un adepte de la conviction ni du scepticisme, et n’accordant que peu de crédit au doute méthodique ; moralement ni salaud ni pédant dans l’action ; je penche pour une certaine forme de perversité qui me rapproche à la fois de la ‘pataphysique et de la cruauté ; mais je n’ai encore rien décidé ! À mon âge, tout de même ! Et comme je n’ai pas grand-chose à voir avec les sciences, il n’y a qu’une façon pour moi de demeurer dans le nœud atomique : être un artiste, ce dont je doute de plus en plus méthodiquement, re-doutant de n’appartenir finalement qu’au cercle extérieur où industrie, sécurité et conquête forment le lit d’une humanité en proie à ses limites : la mort et la société, où j’introduis la question de l’hypertexte... par perversité, c’est-à-dire contre la religion et le droit. Voir mon [site perso] et [ACTOR] qui contiennent tout ce que j’ai jugé « étranger au roman » que je tente d’écrire parallèlement à l’entreprise poétique, elle-même aussi « nécessaire » que le sont les parents de James Joyce*.

* Ceci dit après avoir imaginé, avec d’autres, qu’une lignée décrit l’Histoire : ...X, Singe, Homme*. Et forcément, après Homme, Y. Y n’étant pas un robot, considérant que le robot est, par définition, humain**.

* Ce qui n’exclut pas le sexe... La question d’un Y=Femme n’étant pas dénuée de sens à la condition que Z complète la série — laquelle peut reprendre en A si on manque de lettres…

** Ya du Kaldoun et du Batouta là-dessous… la lignée Israël, Arabie (Grèce), Andalousie, Occitanie… ayant son importance ici, dans le caca français.

** La mort ne fait-elle pas de nous des personnages ? Le hic, c’est que la plupart du temps nous n’appartenons à aucun roman. Le faire-part n’en a pas la dimension héroïque. Et quand bien même nous serions parvenus (le mot est exact) à entrer dans un roman, les milliers d’années ne seront toujours rien à côté de ce qui attend notre humanité comparée à la dimension sans doute mathématique de l’éternité. Rien ne retourne à la poussière, car le caca s’impose.

*** Dans mon Cancionero español.

3- Précaution oratoire car, si j’en crois Gor Ur*, il y a ici peu de ’schizophrènes beaucoup de ’paranos et surtout énormément de ’cons** ; « Le jour où t’hésiteras plus devant la nécessité, le monde ne sera plus un monde pour toi, mais ce qui donne un sens à ton monde. » — in Actor***.

* Un de mes bouquins refermés...

** Orthographes réelles précédées d’une apostrophe afin d’éviter les faciles calembours...

*** Un autre... encore ouvert.

4- Romain Gambois se charge de semer des citations et Renaud Alixte de réviser le texte sans demander leur avis à ses amis. On s’attend de sa part à au moins une fable... Tout un roman, selon Pierre Vlélo !

5- Notes sur l’hypertexte :

On connaît la polémique : quand Ted Nelson a inventé le concept d’hypertexte (années 60), il en a défini clairement les paramètres constitutifs. Or personne depuis, pas même lui en son projet Xanadu, n’a réussi à mettre en place le logiciel correspondant à ces exigences. On en est arrivé à un compromis tel qu’aujourd’hui la page hypertextuelle n’est qu’une imitation de la page traditionnelle : au lieu de la tourner, on la clique, ce qui ne change pas grand-chose à l’affaire. Et en plus, c’est beaucoup plus cher car, contrairement à la légende, l’informatique revient plus cher que l’imprimerie. À ce jour, aucune perspective sérieuse ne permet d’envisager l’hypertexte nelsonien comme probable.

Or, l’hypertexte n’a pas attendu Ted Nelson pour exister, même sciemment.

Bayle et Rousseau l’ont pratiqué pour donner forme à leurs textes, chacun à la manière qui convenait à son propos.

Mais là n’est toujours pas la question.

Le fait est qu’un texte n’est pas toujours un hypertexte. Et quand il ne l’est pas, c’est le signe qu’il a manqué sa littérature.

Chaque fois qu’un texte se remplit de liens externes, il devient un hypertexte. Quand ces liens sont en plus extérieurs à l’œuvre de l’auteur, on a affaire à un texte savant et/ou didactique, lequel n’intéresse pas la littérature.

Mais dès que ces liens rejoignent des textes appartenant à l’œuvre en jeu, le texte qui les révèle est un hypertexte.

Et si c’est un hypertexte, alors c’est bien un hypertest (appelons ça comme ça).

L’hypertexte, dans ce sens particulier, est la preuve, s’il s’agit d’en juger, que l’œuvre existe.

Et si l’œuvre existe, son auteur en est un et non pas un pauvre acteur qui s’agite derrière le rideau heureusement tombé. Brief candle...

La littérature est un voyage. Les expositions de placards et autres tableaux ou tranches de vie ne constituent en rien des œuvres*. Les peaufinages et autres pratiques monacales relèvent de la connerie pure et simple.

Reste à savoir, bien entendu, si l’œuvre est une perspective de taille. La question restera posée car, à un moment donné, la conviction l’emporte sur la méthode, quand ce n’est pas le scepticisme le plus destructeur qui soit. On est humain et Dieu n’a aucune chance d’exister. Le hasard revient toujours, animé par le seul mouvement perpétuel concevable en l’état actuel de l’esprit.

* Le véritable auteur (et en ce sens Colicus en est un) se pose toujours la question de savoir si le texte qu’il s’apprête à donner à lire a quelque chose à voir avec son œuvre. Il se comportera alors comme un salaud s’il cherche, après l’action que constitue ledit texte, à en changer l’hypothèse.

L’acteur, étranglé par son iléus, agira en pédant en appliquant sa doctrine préférée avant même d’écrire son texte, ce qui fera de lui un pédant.

La question maintenant est de savoir si Colicus et Yleus peuvent échapper à leur fatalité éthique respective.

Je crains que non : Colicus demeurera l’auteur salaud d’une œuvre et Yleus l’acteur pédant d’un jeu n’ayant rien à voir avec les enjeux littéraires.

Seul Plagiarius tirera son épingle du jeu : homme d’action lui aussi, il échappe à toute considération morale selon le principe hemingwayen : « Est moral ce qui me procure du plaisir et immoral ce qui ne m’en procure aucun. »

Le cultisme de Colicus et le minimalisme d’Yleus ne sont que des chapitres de la Connaissance de l’homme que Picasso appelait Science de l’homme. La dérive morale était inscrite sur leur feuille de route.

Malgré tout, Plagiarius tire son épingle du jeu : sauf dans les cas ou salauds et pédants, souvent réunis pour l’occasion, s’emploient à trouver les raisons fallacieuses de son manque de « style perso ». Or, Plagiarius, par définition, n’a pas de style propre et même le plus souvent s’en passe : d’où la topographie étendue de ses hypertextes et la construction élaborée jusqu’à la complexité (et non pas la perfection) de son œuvre même.

Chier ou ne pas chier : cette question peut sembler manquer de style et donc de raison (telle est la logique erronée que partagent Colicus et Yleus) ; mais c’est la règle artausienne : après l’ingurgitation, le caca. Sans colique, ni constipation. Sans le rouge des joues de qui se laisse aller ni le blanc cadavérique de l’autre qui se retient. D’ailleurs, pour voyager, il faut avoir le compas dans l’œil, instrument qui ne fait pas partie de la boîte à outil de Colicus ni de celle d’Yleus.

6- C’est que, pour ce corto d’automne, j’avais envie de collaborer au travail d’un auteur ; n’ayant pu le faire avec Stéphane Pucheu, seul signataire désormais dudit corto, j’ai proposé à LUCE, initialement prévue, de participer à son ouvrage, non pas pour réfuter ses thèses parfois désobligeantes à mon égard, mais pour les commenter sans ennui. « Si le livre t’ennuie, dit Voltaire ou quelque autre humaniste, referme-le ; s’il te déplaît, réfute-le. » Et s’il te plaît, ouvre-le chaque fois qu’il t’inspire. Ce travail lucien me plaît tant qu’il m’arrivera sans doute d’en rajouter, y compris dans le texte. Des vers titillent déjà ma propre langue. Faites-en autant si ça vous chante. Le lucianisme vise l’épanchement collectif. C’est autrement plus moderne que ces égocentriques doctrines de l’écrit qui au contraire finissent dans la dimension anéantie de leurs auteurs plus luciennement dénommés acteurs. Ce n’est pas par hasard que la tragédie demeure le modèle à suivre par ces histrions de l’écrit bêtement confondu avec le plat du jour et ses actes comminatoires ; on a vite fait, si on n’y prend garde, de passer de la colique la plus courue à l’occlusion totale des voies herméneutiques. Restons modernes, c’est-à-dire indifférents, voire étrangers à toute culture de l’objet comme croix à porter ou conopée des entéléchies.

7- En slang : CYPH*. Ce qui, par épenthèse, donne syrphe en français : insecte qui a l’apparence de la guêpe, mais qui est parfaitement inoffensif ; il parvient toutefois à effrayer ses éventuels prédateurs.

* John Steinbeck nous apprend, par exemple, que ISYWYBAD signifie : si je te le demande, tu me payes un verre ? (If I Stell You, Will You Buy me A Drink ? in The Grapes of Wrath)

8- Régis Debray pensait (et pense sans doute encore) qu’en « 68 » on était passé de l’ère des revues à celle des magazines ; il semble que c’est à peine plus tard qu’on a glissé de la prégnance du désir (degrés des possibilités) aux exigences de l’envie* : la leçon marketing, en abaissant nettement l’âge mental de tout un chacun, a donné ses fruits !... Reste à savoir ce qu’en pensent Colicus et Yleus ; pour ça, il faut les lire, ce qui coûte long avec l’un et pas grand-chose avec l’autre. À chacun de choisir, selon le degré de sa paresse. À moins que Plagiarius**...

* D’où la référence à Artaud*. Loin sans doute du Joaquín Monegro d’Unamuno**...

* « Là ou ça sent la merde ça sent l’être. » (fécalité, os, viande, mourir vivant, etc. – Pour en finir avec le jugement de Dieu [télécharger])

** Abel Sánchez. [télécharger]

** Avez-vous déjà tendu une corde entre le Pèse-Nerfs et Pour en finir avec le jugement de Dieu ? Ce funambulisme est-il nietzschéen ?

9- On y rejoint les personnages. Une rue sans trottoir a besoin de fenêtres de rez-de-chaussée et de portes cochères, sinon on manque tous les rendez-vous. Tel est le paradoxe du turbin. Il faut être sacrément perturbé pour choisir, le moment venu, l’incontinence merdique ou la sainteté anale, sachant, comme le chante LUCE, que c’est l’une ou l’autre et pas les deux à la fois. Mais alors, il est où, Plagiarius ? Entre les deux. Un caca normal* ? Étant donné (si je puis me permettre d’emprunter cet incipit à Marcel) qu’on ne peut pas faire plus que Colicus ni mieux qu’Yleus, on fait quoi ? Ni l’un ni l’autre, d’accord, mais quoi alors ? Plagiarius n’est pas la solution au problème ; il est le problème de la solution. À défaut d’invention et par trop de mystifications, notre Paradox tient le diable par la queue !

« A Silvestre le parecía vulgar y anticuado escribir sus ideas, y encontró más pintoresco, más jovial, exponerlas por medio de esquemas. Y lo hizo así.  » - Pío Baroja – Aventuras**, inventos*** y mixtificaciones**** de Silvestre Paradox (La vida fantástica 1)

* C’est tout ce qui sépare le phénomène en tant qu’heure triomphale du vulgaire et l’acte qui consiste à en jouer la mise à l’écart de l’enjeu textuel. C’est que Plagiarius ne chie pas...

Dire que Celia,
Que Celia chie...

Mais il n’y a rien comme une bonne dose de merde (réelle ou virtuelle) pour inciter l’impétrant à quitter les lieux et même le temps d’une histoire qui ne concerne en rien son propre destin. Il y gagne au moins un personnage et donc la parole de ce personnage. Rien à voir avec l’envie de chier.

** Aventures... Ne faut-il pas distinguer le tour du voyage ? La poésie paie cher le tourisme de ses visiteurs. Ce type de voyage est organisé. Les ports sont sur la carte comme le vin au restaurant. Et on se spécialise pour parfaire la note. Non sans sécurité au moins sociale, car qui peut, même d’en haut, garantir la tranquillité de l’esprit une fois qu’il est sorti de chez lui ? Le billet acheté, il ne reste plus au touriste qu’à acquérir les outils, à la mesure de ses connaissances bien sûr, car il ne poétise pas de la même manière selon qu’il vole bas ou haut. Ainsi harnaché, ce poète-touriste ne lira que ce qu’il connaît et n’écrira que ce qu’il peut. On en trouve à tous les niveaux des hiérarchies du travail. Et le professeur d’université ne tiendra pas en haute estime le professeur des écoles. C’est qu’il y a loin entre l’école et l’université ! On est surtout bien loin de la poésie dans ces eaux-là. Sans voyage, la poésie n’est plus ce qu’elle était, voilà la seule vérité. Mais allez donc entreprendre un voyage avec un touriste : il a vite fait de vous pourrir la vie, car il s’y comporte comme s’il n’était pas en voyage, mais toujours en proie à son rôle social de constipé. La barque de Colicus déborde d’immondices inqualifiables et ses eaux empestent jusqu’à former des îles de poésie naturelle.

*** Inventions... Voir ci-dessous.

**** Mystifications... Que ramène Yleus de son voyage ? Des photographies de ce qu’il n’a pas pu mettre dans ses bagages. Et des objets qu’il a achetés, volés et même passés au nez et à la barbe du douanier. Il n’invente rien. Tout est vrai ! Sauf le concept qui préside à cette collection : il s’agit en général d’un isme emprunté à la bibliothèque municipale ou universitaire selon le niveau de poussée verticale. Voire déduit du dictionnaire élémentaire ou professionnel, toujours selon le même principe de vol au-dessus du commun des mortels. C’est propre comme un cul qui n’a jamais servi qu’à justifier le slip ou la culotte. On dirait que toute cette merde qui n’a pas eu lieu est exactement celle dans laquelle Colicus patauge fébrilement sans parvenir à trouver, ô trouver, le fil de son histoire, le nœud de son destin. L’un fait du tourisme en poésie, ne lisant que ce qu’il sait et n’écrivant que comme il peut. Et l’autre patauge dans sa campagne sans chiottes. Qui est le pédant ? Qui est le salaud ? Ça se joue aux dés dans le système connexionniste en vigueur...

« Avec son couteau jaune, il fit à cette valise une si large et si profonde blessure, qu’on lui voyait manifestement les entrailles. Il en tira fort subtilement deux bonnes chemises, une montre solaire et un livre de poche : toutes choses dont la vue ne l’enchanta pas beaucoup.  » Rinconete y Cortadillo – Cervantes.

10- La mort d’Ulysse, dialogue qui, extrait d’Actor, forme avec Psychologie de l’injection causale, essai et L’enculé, roman, le corps du numéro 9 de la revue RALMag sous le titre de Dommage à Camus. Je profite de l’occasion qui m’est donnée ici pour en proposer la lecture : [télécharger]

4e de couverture de l’Dommage à Camus  :

À propos du concept d’ « enculé », le mélodramatisme porteur de pain du concept de « l’étranger » a fait long feu. De nos jours, les seuls étrangers sont les émigrés, les exilés et ceux qui, par les temps qui courent, ont perdu leur île. Dans ce Cahier, Patrick Cintas associe un roman à un essai pour évoquer tout autre chose. La perspective philosophique n’est pas éthique, et encore moins moraliste. Elle est scientifique. Et le monde devient de plus en plus complexe, car sa limite connue est sans cesse repoussée par les nouvelles connaissances. Du coup, ce n’est pas l’absurde qui forme le destin de l’homme, mais la fatalité de ses capacités personnelles face aux aléas. Et « l’enculé » a beau faire, il « l’a toujours dans le cul ! » Réalité tout de même plus proche de la vérité, ou du ressenti, que les pédantes rêvasseries camusiennes qui frisent, c’est le moins qu’on puisse dire, la saloperie pure et simple*. Ici donc, Faulques, plus proche de Roquentin et à la place de l’inconcevable Meursault**, subit les outrages de l’existence, mais sans ressentir de nausée et encore moins de dysphorie virginale.

* En effet, imagine-t-on un instant que la justice, toute coloniale, coupe la tête métropolitaine d’un assassin d’Arabe ? La grâce présidentielle devait conclure le récit improbable de ce fantoche romanesque, mais son auteur n’a pas osé, une fois de plus, tomber dans le ridicule qui ne tue pas à la place de l’absurde qui noie le poisson. Heureusement, Plagiarius a depuis appris à engrosser ses esclaves volées et à enculer les autres dans l’espoir d’y conserver sa semence.

** (il) Meurt sot ou Meurs saut ! selon les interprétations éducatives en vigueur. On est loin de la puissance cérébrale d’un Artaud et aux antipodes de la force créatrice d’un Céline ou d’un Bukowski, lesquels ont en effet choisi* ce qui les domine au lieu de s’adonner à la branlette des humanistes propédeutiques**.

* Selon Malraux dans sa célèbre préface. Toutefois, selon Jean-Sol Pâtre, il ne s’agit pas de choisir l’un ou l’autre, mais autre chose. Ni pédant, ni salaud. Philosophe, quoi !

** « La Tradition, voix polysémique, retient la connaissance et l’alimente infiniment. Évidemment, toujours à cause des nombrilistes, on nous a sucré le plagiat qui était, jusqu’à ce que l’avarice des gens de Lettres s’en mêle, le meilleur moyen de retourner la tradition dans sa bouche. La Modernité, grosso modo, se passe de l’obligation de créer des objets, et se tourne, comme la langue, mais dans l’action, laquelle confine non pas à l’éthique, masque des nombrils, mais à l’esthétique qui, comme son nom l’indique, ne cache rien. Grosso modo... » écrivais-je dans le numéro 82 de la RALM. L’Armory Show avait 100 ans et la RALM 10 ans tout rond.

11- Et ainsi de suite... Les notes se multipliant, je laisse la place à Pierre Vlélo qui, sous une forme ou une autre, va enrichir le texte de sa narration. C’est en tous cas ce qu’il se propose de faire.

12- À mon avis, le groupe Personæ va encore frapper : après le projet Babelin, un projet Colicus et Yleus se profile à l’horizon... On est bien loin de l’esprit corto, mais c’est toujours comme ça que ça commence...

13- Colicus chiait surtout les petites merdes que produisait la littérature de son temps. Des tas, je vous dis... ! Et il ajoutait un peu de sa propre merde pour que ce soit bien clair. Et ça l’était, souvent...

14- Yleus avait peut-être le colon coincé par les grosses merdes que produit la nation pour son Panthéon. Ça lui faisait un mal de chien, mais il n’aboyait pas la nuit. Le jour non plus d’ailleurs, mais ça ne dérangeait personne.

Patrick Cintas

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