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 Article publié le 16 avril 2017.

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29 avril 1975.

  Les ordres du Pentagone sont formels, il faut détruire tous les documents militaires encore présents à Saigon. La ville va tomber. Question de jours, peut-être même d’heures. Les incinérateurs et les machines à triturer, à déchiqueter, ne sont plus suffisants. L’on allume de grands feux dans lesquels sont jetés pêle-mêle du simple confidentiel jusqu’au Top-secret défense. Le canon gronde en permanence et les bâtiments américains reçoivent déjà leurs premières bombes. Le cercle Viêt Kong se referme sur une ville affolée. La plus puissante armée du monde est définitivement vaincue. Le cuisant échec de la Corée s’est transformé en une humiliante défaite.

 Pendant cinq ans, à raison d´un raid toutes les huit minutes, le grand génie d’Henry Kissinger, en faisant bombarder le Laos et surtout la plaine des Jarres, a provoquer la mort de plus de quatre cent mille civils d’un pays neutre. Sur cette seule petite région ont été déversées plus de bombes que toutes celles reçues par l´Allemagne et le Japon réunis pendant la deuxième guerre mondiale ! Une ethnie entière pratiquement anéantie, mais il n’a pas empêché le Nord-Viêtnam d’envahir le Sud. Ce brave homme politique, dirigeant secret des rouages compliqués de la machine d´espionnage, allié et probablement actionnaire des puissants lobbys de marchants d’armes, ne peut se douter un seul instant qu’il recevra bien des années plus tard le Prix Nobel de la Paix...Pour un faux-semblant de pourparlers destinés à une paix durable au Moyen-Orient.......Durable ?

 Les ordres ! Allez donc les appliquer dans le sauve-qui-peut général. Tous les Vietnamiens du sud qui ont combattu aux côtés des yanquis veulent fuir. Ils connaissent la nature des représailles qui les attendent. La mort, au mieux sans la torture auparavant ! Mais les places sont limitées pour des évacuations qui se font dans un désordre, dans une pagaille de plus en plus indescriptible au fur et à mesure que l’étau se resserre. La débandade des invincibles, des plus puissants du monde, face á des minus aux yeux bridés !

 Franck Berheim possède un papier officiel lui donnant théoriquement un rang prioritaire. Mais personne ne jette plus un œil sur un simple feuillet, y compris s’il est signé du président des États-Unis lui-même. Monsieur la démerde est dorénavant en grand uniforme, cousus sur ses épaulettes, des gallons de colonel. Avec ca, aucun sauf-conduit n’est vraiment nécessaire. Un officier supérieur simulant de donner encore des ordres sensés, comme tous les autres d’ailleurs, mais qui se tient maintenant prêt à embarquer dans l’un des tous derniers hélicos. Pétant lui aussi la trouille ! La ville où plus aucune autorité ne fait loi est soumise au pillage des militaires ayant abandonné leurs uniformes mais non leurs armes.

 Les uniques qui combattent encore comme des enragés sont les paras du côté de l´aéroport. Aucun avion ne peut désormais ni atterrir ni décoller tant les pistes sont criblées de cratères de bombes. Face à eux, les chars fournis par les "grands frères Russes" avancent inexorablement. Demain, 30 avril, sera le dernier jour.

 Au large, les vaisseaux de la Flotte du Pacifique accueillent la noria de ces grosses libellules bondées. Pour évités d’être pris d’assaut, à l’abordage, leurs canons légers et leurs mitrailleuses tirent à feu nourri sur une multitude de petites embarcations elles aussi pleines à ras-bord de familles entières fuyant la horde rouge. Plusieurs milliers de personnes sont ainsi laissées dévorées par des requins attirés par tant de sang dans un banquet facile. Des mains se tendent vers ceux pour lesquels elles ont parfois combattu....interdiction formelle de recueillir les hommes à la mer...

 Nguyen Van Phuc n’est pas un peureux, c’est en première ligne qu’il continue en saoulant les troupes de sa verve patriotique. Il n’a pas son pareil pour dynamiser les hommes avec ses discours enflammés.

 -Juste un dernier effort soldats, la victoire est acquise !

 Il avance aujourd’hui parmi les membres infiltrés d’un détachement d’infanterie armé de mortiers. Ils sont déjà dans la ville. Leur position, soigneusement épargnée par l’artillerie plus lointaine, est si près d’un espace repéré d’où les hélicos de ces maudits américains peuvent encore décoller qu’il va pouvoir entrer en action.

 Les postulants à l’évacuation forment une queue surveillée par des marines le doigt sur la gâchette de leurs fusils automatiques. Un semblant ordre règne alors qu’un arrogent colonel, tête haute dépasse tout le monde. Dans sa tête, comme dans celle de tous les combattants enfin avouant ouvertement leur défaitisme, il n’y plus aucun espoir de victoire, une vielle expression française lui revient en mémoire. Les carottes sont cuites...depuis longtemps déjà. Tellement cuites, que c’est de la purée maintenant. Mais son futur sera du côté de Boston. Ce vieux " parent" de Toad Smoker, le crapaud fumeur s’est fait descendre depuis bien des années. Son empire mafieux désintégré, devrait pouvoir renaître de ces cendres. Le maléfique phénix qu’un homme de la trempe de Franky Berheim va, il en est certain, un jour contrôler. De sérieux contacts sont établis et la Centrale donnera un bon coup de main. Si léger bénéfice financier elle peut en tirer.

 Des mains se tendent, hissent, puis au fond de l’appareil un bras féminin le guide en prenant le sien. Sur l’avant bras une tache de naissance, très particulière, exactement au même endroit que la sienne.

 Cheveux dressés sur la tête, la chair de poule envahit Franck, ses yeux pleurent soudainement alors que sa respiration devient difficile. Le passé oublié, violement refoulé, de puis de très longues années, vient de rejoindre Victor Rivant, le diable stéphanois.

 - Colette ?

 Le premier obus de mortier tombe exactement au milieu de la file en attente. Une véritable pluie de ces redoutables engins va suivre. Le Sikorski n’a le temps de s’élever que de quelques mètres, un des projectiles passe par son flanc grand ouvert et explose. Une boule de feu projette en tous sens une mitraille de milliers d’éclats de métaux, de verre, maculant de sang et tuant sur un rayon d’une centaine de mètres. A quatre cents mètres de là, celui qui devait bientôt recevoir ses étoiles de général, le colonel Nguyen Van Phuc, a la poitrine traversée par une sorte de boumerang, morceau d’une pale du retord de queue de l’hélico.

 

  En cette même date du 29 avril 1975, à Oran,

  Yaïssa petite fille de Mohamed, celui qui fut grand chef de la willaya de Mostaganem, mettait au monde son premier enfant. Le papa tout fier, le seul médecin français n’ayant pas voulu quitter la terre d´Algérie qu’il aimait, aidait attentif et joyeux, sa propre épouse dans son difficile travail de parturiente.

  Encore une petite fille ! Au nom d´un amour qui ne connais pas de frontière, pas de race, de religion, deux prénoms lui sont donnés Chakira, la reconnaissance en Arabe, et Marjolaine.

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