Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
ESPACES D'AUTEURS
Ces auteurs ont bien
voulu animer des
espaces plus proches de
leurs préoccupations
que le sommaire de la
RAL,M toujours un peu
généraliste.
Lettre
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 2 avril 2017.

oOo

LETTRE

 

 

J’aime ta beauté. Aime ta, profonde, féminité mais quand pourras-tu y recevoir, avec ce poëme poli de statue (qu’un jour acclameront lèvres publiques, à l’autre bout de la Grèce)

depuis quatre années saintes que je ne te vois plus, ce long baiser indiscontinu d’une demi-heure de clepsydre sur ta beauté in-dis-con-ti-nue ?

 

 

LETTRE

 

 

J’aime ta beauté. Aime ta, profonde, féminité mais quand pourras-tu recevoir, avec ce poëme poli, à l’autre bout de la Grèce

depuis quatre années saintes que je ne t’y vois plus, et reboire dans ma bouche ce long baiser indiscontinu

avec encore un peu de femme dans ma bouche et ce double parfum (triste et véhément) des unes et autres Indes autour encore de ce lit

d’où je t’écris couchée alors qu’il fait long et clair après-midi d’hiver déjà depuis longtemps

 

sur cette plus vieille plante du monde, bruyère minérale (quartz poli), sans fleur et à semence unique :

ton pendentif perse à gros galbe lesbien, ici sans toi - trop loin - de toi ?

 

 

LETTRE

 

 

Heureuse de t’avoir revue. Tu as changé. Ou plutôt, je t’avais toujours vue bronzée (ta fine beauté naturelle d’Asie). Ce doit être l’hiver, mais tu étais, cette fois, presque pâle ; tes yeux, soudain plus clairs. Presque grecs. Laquelle préférer ? Oui les filles de chez toi sont les plus belles du monde ; du moins aujourd’hui. Tu es une et multiple.

 

 

 

LETTRE

 

 

Point de vers. Si tu m’aimes, écoute cette lettre.

La nudité en semaine sied aussi à l’amour, et aux couronnes de l’amour.

Et à ces grands yeux d’enfant, sous quelques pointes de laurier.

 

Le corps de femme, et ces hanches blanches de femme

seront encor les mêmes dans vingt-six siècles, et dans quarante,

qu’elle parle grec, pseudo-grec ou barbares pépiements d’ultra-Phrygie

 

dont nous n’avons pour l’heure moindre idée, sauf qu’il s’agira encor de toi

et de la sombreur tragique de tes yeux quand file le mistral (1)

comme un large fleuve fou à travers l’invisible pinède d’une vallée en contrebas

 

ou comme encore, d’ici encore tout là-bas, l’ombre tremblante et blonde

d’une main fine de joueur numide sur les trous d’un antique damier,

creusé en quelque muret blond de Numidie, dont on aura perdu toutes les règles.

 

 

 

AUTRE LETTRE

 

 

fragments

 

 

[…] je t’[…]

 

*

 

[…] t’[…]

 

*

 

[…] et derechef, […] […] [en] toi […] sur [toi] […]

[…] rêveuse […] barbare, derechef, qui m’ […]

 

*

 

[…] ah je, […] j/e […]

aime t’aimer ! et te redire de m’aimer ! (2)

 


 

 


1. La prescience de Sapphô est ici admirable. Car c’est bien du pays du mistral, Arles, qu’est natif le rhéteur et philosophe Favorinus (IIe s. ap. J.-C.), de langue grecque, star de la sophistique à l’époque d’Hadrien, et qui aimera tant à citer notre poétesse. C’est même à l’une de ces citations que nous devons l’exergue du présent recueil.

2. On a ici sauté beaucoup de vers ou fragments de vers ; non que ce poème soit beaucoup plus détérioré que d’autres ; mais bien des passages en sont tout à fait inintelligibles, du fait du grec qui y est usité, sans doute dialectal ou purement local, ou tissé d’emprunts à des langues peut-être asiatiques, si l’on en juge par certains radicaux d’apparence "barbare", d’ailleurs charmants. Reste des bribes d’éternel, et simple, pépiement. Pour ce texte difficile, nous utilisons l’édition diplomatique de Päge-Löbel (Tubingen, 1957), et ne pouvons que citer cette remarque de Démétrios Lacon : "Alcée et Sapphô sont gâtés par l’obscurité inhérente à l’emploi de mots rares, et si ces mots sont le propre de la forme nombrée et rythmée, il s’agit là d’une recherche [encore plus regrettable]" (De poematis 13 col. LXI).

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2017 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Le chasseur abstrait éditeur - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

sarl unipersonnelle au capital de 2000 euros - 494926371 RCS FOIX

Direction: Patrick CINTAS

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs ou © Le chasseur abstrait (eurl). - Logiciel: © SPIP.


- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -