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 Article publié le 12 mars 2017.

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La sentinelle pétrie de connaissances biologiques observe les félins, savamment cachée, afin de profiter du spectacle sans déranger la vie organique qui s’exprime, là, dans toute la majesté ou splendeur de sa statique, de sa placidité. La solde est conséquente, oui, les fonds investis pour la sauvegarde et la recherche, aussi, mais ce qui domine dépasse largement les conditions établis par la raison.

Le destin humain rejoint le programme ou le métabolisme animal. Tout semble en ordre, ici, de par l’action permanente de l’homme ou de la sentinelle qui veille à la liberté du spécimen. La matière ductile ou le fluide qui s’échappe du cortex est supérieur, bien supérieur à la notion de respect ou de responsabilité, de conscience ou de devoir, la mission demeurant le seul substantif capable d’assumer l’immense charge de sens qui relie l’homme au fauve, un sens, au bout du compte, se dissolvant à travers la notion de mystère, de ceux qui mettent en exergue la nécessité vitale en exercice, là, par la présence et l’action, par une existence toute entière dirigée vers l’animal dont la puissance de séduction est sans doute sans fin ...

Sur un plateau cerné de caméras, composé de micros, Françoise et Roland dissertent sur ce qu’il est convenu d’appeler le sentiment amoureux, une causerie littéraire qui engendre l’écoute, le dialogue, la contradiction, les logos respectifs se mêlant pour s’entremêler, les deux sexes s’exprimant ou s’exposant devant des millions de voyeurs sans doute attentifs, oui, d’un côté une dame, une femme qui écrit et incarne une certaine forme de liberté au féminin, de l’autre un homme qui écrit, aussi, qui se déploie en prisme ou panorama, qui étend la toile de sa curiosité comme une araignée ...

L’écriture et son degré zéro ne peuvent contenir la moindre once de tristesse ... Ici non plus, d’ailleurs, dans cette alcôve où l’insertion des corps nus sous les draps, sous l’épais tissu aux nombreux plis dépasse sans doute les possibilités du logos, l’échange par le verbe, où les squelettes masculin et féminin laissent leurs contours naturellement s’accoler, tandis que leurs cortex continuent de spéculer, rêver, se perdre en conjectures, en hypothèses, en fantasmes, continuent d’être reliés par le silence ... Y compris par l’espace, ici, les divers périmètres séparant les corps et les têtes pour quelques heures ou quelques jours obligeant le verbe, l’oeil et le toucher à s’effacer au profit d’une matière ductile toute entière consacrée à l’autre, donnant toute latitude à la spéculation onirique, à l’ouverture des songes synonyme de présence réciproque ... d’interpénétration ... Le temps, lui, augmentant l’épaisseur de cette matière, le temps oeuvrant sans cesse à l’abstraction du lien, à sa sculpture, un lien toujours concret, lisse comme du marbre ou du métal ...

L’espace intergénérationnel, maintenant, s’étend dans la narration, avec cet homme aux traits burinés par le temps, à l’expérience taillée à la serpe par les événements, et ce petit d’homme en devenir, le monde et son passé toujours dynamique, le monde et son avenir en éclosion cheminant côte à côte dans la géographie de la nature, à travers les sentiers, les monts, les forêts, à travers, aussi, la végétation domestique où le petit d’homme, sous les conseils de l’ancien, sous les conseils du druide, retourne et retourne encore la terre, inlassablement, opère les mêmes mouvements tel Sisyphe - un Sisyphe heureux - découvrant concomitamment l’oeuvre du trepalium, l’avancée de ses travaux de fils d’Hercule, la solitude du bâtisseur ... et la finition, matérialisée par le changement de couleur uniforme de ce rectangle de terre entièrement retournée, une terre travaillée de manière homogène, sous un soleil massif, dans un silence transparent, cependant que le druide est parti sans bruit, depuis déjà longtemps, laissant le petit d’homme, laissant une partie de lui-même grandir ...et reprendre le monde ...

La crinière semble auréoler la savane, le squelette sombre avance souplement, veillant à la virginité du territoire, à son inviolabilité. Puis, lentement, régulièrement, la petite fille, la toute petite fille quitte la terrasse de la maison, non loin, ayant repéré l’animal, le spécimen, ayant remarqué, là, ses crocs et leur luisance, ainsi que l’absence de rugissement, l’espace libre entre les deux étant maintenant comblé, matérialisé par l’insertion de la petite main et de sa peau déjà ferme sur la longue musculature et son pelage, comme si elle s’apprêtait à s’y dissoudre ...

Puis, elle réapparaît, maintenant, sur le sommet du crâne, provoquant la rotation de l’échine, des deux côtés, avant que le squelette ne décide de frôler ses flancs au jeune derme, à cette petite fille qui reste droite, stoïque, en carence, déjà, de ses yeux cuivrés en amande qu’elle aime tant pénétrer de son regard humain ...

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