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POÉSIE (STRUCTURE SOCIALE DE LA —)
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 Article publié le 5 mars 2017.

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La poésie n’a pas seulement inauguré des espaces techniques. Le XIXe siècle a vu basculer toute la structure sociale des "beaux-arts" de la noblesse, dont participe la poésie.

L’ordre bourgeois, né au XIXe siècle, a été vécu assez diversement par les poètes qui n’ont pas toujours été de chauds partisans du principe démocratique, que Baudelaire haïssait particulièrement. De Hugo à Rimbaud, une logique visionnaire l’emporte : le poète serait celui qui fait l’expérience de voir, pour les autres.

Rimbaud augure une nouvelle éthique de la poésie : une éthique asociale. A la même époque, Corbière et Lautréamont confirment cette option « non commerciale ».

La structure sociale de la poésie s’est pourtant appuyée dès cette époque sur les écoles et les avant-gardes : de petits groupes produisant, du Parnasse aux surréalistes, des lettristes à la "poésie sonore" d’aujourd’hui, leur réseau de cooptation.

A la vision ultra-individuée de Rimbaud s’est opposée la mise en oeuvre collective de la poésie, dans la réalité, par le surréalisme, qui a conduit à une poésie de jeu, l’Oulipo - et à d’horribles fadaises dominées par le « stupéfiant image » devenu drogue dure dans le domaine scolaire. L’ordre bourgeois semble avoir horriblement peur de l’individu, étrangement (et il est caractéristique que le communisme soviétique se soit retranché, pour constituer ses modèles artistiques, sur des canons fournis par les standards bourgeois de la période antérieure).

L’exercice individuel de la poésie, exceptant tout compromis avec les pressions normatives des uns ou des autres, s’est poursuivie au long du XXe siècle : Paul Claudel, Antonin Artaud, Marie Noël, René Char, Jean Grosjean (pour rester en France) ont eu cette intransigeance radicale.

Que reste-t-il de la centaines de lecteurs de Mallarmé vivant ? Quelques millions de lecteurs aujourd’hui, à travers le monde. Le poème ressemble à une fleur qui croît dans une végétation prodigieuse (la « culture » ?), fascinante par la myriade des points de vue qu’elle offre. Nous sommes les jardiniers : il faut se soucier du grain et de la terre ; nous ne savons par si le climat demain sera propice à notre plantation ; le bonheur de demain, nous le voulons pareil au nôtre aujourd’hui quand nous découvrons un poème d’autrefois ou d’ailleurs et que sa beauté nous éclate aux yeux, d’un éclat qui inonde tout l’esprit, qui nous irrigue. Je ne parle pas d’un poème que nous jugeons fortuitement beau mais de celui qui nous perce les yeux et nous oblige à voir comme nous n’avons jamais vu ou comme nous avons vu mais sans le savoir ou sans vouloir le voir ou même savoir l’avoir vu.

Cette bizarre et obsédante phrase de Lautréamont, « La poésie doit être faite par tous ». Me paraît simplement rejoindre Vaugelas quand il disait voir bien plus de figures de style sur le marché que dans la plupart des manuels de rhétorique [je cite de mémoire]. Autrement dit, peut-être :

Il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

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