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Équinoxe (nouvelle)
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 Article publié le 26 février 2017.

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Je ne connaissais pas cet endroit. Clara venait de précipiter notre voiture dans le parapet. Deux touristes chinois avaient cru périr. On les entendait se plaindre. Une cloison nous séparait. Un policier allait et venait entre les deux pièces, les bras chargés d’une documentation s’épaississant au fil de ses investigations. Clara fumait, le regard perdu à la surface d’un mur étrangement nu. Elle n’avait rien dit depuis qu’un fonctionnaire avait pris nos empreintes. Il avait laissé un cendrier sur le bureau contre lequel nos genoux éprouvaient par avance la dureté de la loi protégeant les citoyens, les touristes et les migrants des excès de vitesse. Pour les os trouvés dans la malle, je n’avais pas eu d’inspiration et n’avais par conséquent rien proposé à la curiosité des autorités judiciaires. Clara avait haussé les épaules, posé ses doigts encrés sur le formulaire et demandé un cendrier. Dehors, des gens s’étaient attroupés pour commenter non pas l’accident, qui n’avait pas d’intérêt, mais la découverte des os humains dans la malle de notre voiture. C’était même de petits os.

Ils étaient contenus dans un sachet de plastique transparent. Le policier m’avait demandé si c’était les os d’un défunt que l’administration des pompes funèbres m’avait remis après le séjour nécessaire à la décomposition complète des chairs. Clara avait répondu affirmativement. Le fonctionnaire demanda le document correspondant à cette démarche somme toute ordinaire. Et il était sur le point de s’apitoyer quand je dus avouer qu’un tel document n’existait pas. Ses deux sourcils se soulevèrent.

« En vérité, dis-je pour atténuer les effets du mensonge que je venais de proférer à la face d’une administration étrangère à ma citoyenneté, nous avons trouvé…

— Tu ! s’écria Clara.

— …j’ai trouvé ces ossements sur la plage…

— Quelle plage ? » dit le fonctionnaire.

Avant de vous raconter la suite de cette histoire, il est utile que je vous informe des faits qui ne l’auraient pas enfantée si Clara avait respecté la vitesse imposée par la loi et la prudence.

*

Nous avions passé de merveilleuses vacances chez notre ami Retard (lui qui ne l’était jamais). Son épouse était (et est toujours) une charmante et jeune fille rencontrée dans des conditions qu’il ne m’appartient pas de juger, d’autant que nous nous éloignerions de notre sujet (l’enfant et ses os). Il y avait longtemps que Retard pensait à nous inviter. Il avait retardé (et oui) ce moment à cause de la jeunesse et du charme de Bianca qui, soit dit en passant, me tapa tellement dans l’œil que j’en perdis l’usage. Ah ! Ah ! Heureusement, j’en ai deux. Enfin… le genre de blague qui ne m’avantage pas, surtout aux yeux de Clara qui regrette toujours de m’avoir épousé pour ma fortune. Retard était (et est encore) un vieux gâteux qui me devait de n’être pas resté le pauvre minable qu’il était avant de me rencontrer. Il était temps qu’il nous invitât à partager un peu de son temps. Clara le trouva tellement charmant (lui aussi) qu’elle me reprocha de lui avoir menti. Nous nous disputions, le soir même de notre arrivée, quand Bianca se cassa une jambe en sautant dans la piscine. Retard la sauva de justesse. Nous passâmes le restant de la nuit à l’hôpital, car Bianca était entre la vie et la mort. À cause d’une jambe cassée… allons donc !

Je me suis endormi dans la salle d’attente. Et quand je me suis (enfin) réveillé, le soleil était levé, certes, mais l’hôpital me sembla désert. Ou plutôt déserté, car j’y avais rencontré beaucoup de monde dans la nuit. Et la jambe de Bianca n’y était pour rien. Un orphelinat avait brûlé dans la soirée. Le désordre qui s’ensuivit s’interrompit brusquement, ce qui explique mon endormissement. Par contre, ce qui ne s’expliquait pas, c’était la disparition de Clara qui, en principe, s’accroche à mes basques pour ne pas perdre de vue les paramètres de mes dispositions bancaires. Comme il n’y avait personne à l’accueil, je suis sorti. À mon grand étonnement (car je n’avais pas encore fini de m’étonner), le parking était lui aussi vidé de sa substance. Je m’aventurai alors vers l’entrée de l’établissement. Étonnant ! Le gardien de la guérite avait lui aussi disparu.

Je ne tardais pas plus longtemps à m’apercevoir que tout le monde avait disparu.

Je passais sous la barrière. La rue était déserte. Les rideaux tombés. Les feux au rouge. Et, au-dessus des pâtés de maisons, un nuage noir et immobile s’élevait dans le ciel. Ce devait être, pensai-je, la fumée de l’incendie. Je traversai la rue. Il ne me fallut pas trois minutes pour arriver sur les lieux de la catastrophe et, ô soulagement, tout le monde était là.

Je n’avais jamais vu autant de monde se bousculant dans un espace aussi étroit qu’une ruelle sans trottoir. Des camions y stationnaient pare-chocs contre pare-chocs. C’était les pompiers. Et les lances crachaient leur eau sur l’incendie qui faisait rage. Ce bruit épouvantable de flammes, d’écroulements, de cris et de commentaires faillit bien me rendre fou. Les corps qu’on extrayait maintenant des cendres et des gravats étaient morts et même plus. Les vivants, dont certains devaient être morts à cette heure, je les avais supportés pendant la nuit. Je veux dire pendant que Bianca luttait contre la mort à cause d’une jambe cassée. Ce spectacle, c’était plus que je ne pouvais supporter de la part de son médiocre inventeur. J’ai toujours haï ce dieu ignoble qui ne sauve que les veinards. Retard en avait eu, de la chance, de trouver une créature aussi agréable que Bianca ! Moi, je me contentais de Clara. Et j’ignorais pourquoi elle me contentait. Je devais couver une maladie héréditaire.

Je me suis donc éloigné de ce chaos. Je n’avais qu’une idée en tête : retrouver Clara et fuir cet endroit de malheur. Pour aller plus vite (car j’aime que les choses soient bien faites), j’ai coupé par d’autres ruines. Elles ne fumaient plus. C’était le moment d’en profiter. Et c’est en traversant ces ruines que je suis tombé sur ce squelette.

J’ai hésité. Je ne suis pas anatomiste. J’étais bien incapable de distinguer un squelette humain de son équivalent canin ou autre. Cependant, le crâne me disait que je ne me trompais pas en pensant qu’a priori il avait l’air d’avoir appartenu à un être de mon espèce. Et je voyais bien que cet être, tout humain qu’il fût, était de petite taille. En d’autres circonstances, j’aurais parié pour un nain. Et j’aurais passé mon chemin sans m’interroger sur son destin. Seulement voilà : l’orphelinat avait abrité des enfants. Qu’il y eût un nain parmi eux relevait d’une probabilité si infime que je pouvais en négliger la pertinence. Je mis donc les os dans ma poche (une grande poche que j’emporte toujours avec moi).

Je retrouvai Clara sur le port, car c’était le seul endroit que la fumée de l’orphelinat n’avait pas empuanti de son odeur de chair brûlée. Bianca était morte.

« On ne meurt pas pour une jambe cassée, objectai-je. Elle devait avoir autre chose.

— Retard est désespéré, me dit Clara sur le ton qu’elle adopte quand la victime du désespoir a déjà reçu une preuve de ses sentiments.

— Il l’a tuée, fis-je en guise de seconde objection.

— Ne raconte pas n’importe quoi ! Nous sommes des étrangers ici ! »

Où était passé Retard ? Pouvions-nous retourner chez lui, où nous avions nos affaires ? Les siennes ne nous regardaient pas. Clara s’énerva :

« Il est à la morgue avec des policiers, avoua-t-elle.

— Qu’est-ce que je te disais ?

— Tu ne m’as rien dit du tout ! Nous sommes des étrangers ! »

Sa nouvelle rengaine. Bientôt, elle allait me reprocher d’avoir accepté l’invitation de Retard à coucher chez lui au lieu de profiter des tarifs avantageux de l’hôtellerie locale. Mais elle avait un plan.

« Tu iras récupérer nos affaires et la voiture pendant que je m’occuperai d’autre chose… dit-elle en me câlinant.

— Mais de quoi donc veux-tu t’occuper ?

— Ça ne te regarde pas ! »

Voilà comment je me suis retrouvé chez Retard, la poche pleine d’os d’enfant. La maison était vide. Retard n’emploie pas de domestiques à demeure. Je fis le tour de la propriété pour m’en assurer. Je ne tenais pas à agir sous le regard d’un témoin. Bien sûr, je n’avais pas l’intention de commettre un quelconque délit. J’allais repartir avec nos deux valises après avoir récupéré nos brosses à dents dans le cabinet de toilette qui nous avait été affecté. Ce que je fis avec une célérité exemplaire. Mais, allant de pièce en pièce (la maison de vacances de Retard est un château), je suis tombé sur des objets m’appartenant. Je ne me souvenais pas de les avoir donnés à Retard. Il s’agissait de deux peintures très artistiques de Gérôme Grand, une sculpture réaliste de Galli représentant un cul, un pistolet 7.65 de marque Le Français, un tabouret qui avait connu les fesses d’un conférencier de renom et de quelques autres pièces de valeurs dont je vous passe l’inventaire. Et au fur et à mesure que j’avançais dans ce musée consacré à mes possessions oubliées (je l’avoue), la moutarde me montait au nez. Je décidai d’enterrer les os que j’avais dans la poche dans un coin du jardin d’agrément. La suite, j’en faisais mon affaire.

Je posai les valises par terre en attendant. Clara aussi attendrait. Je ne lui devais rien après tout. Je me mis à la recherche de la cabane à outils. En fait de jardin, celui-ci avait la dimension d’un parc. Aveuglé par ma soif de vengeance, et mesurant à quel point j’avais eu de la chance de trouver des os, d’enfant par-dessus le marché, je me retrouvai dans un endroit qui me sembla d’emblée mystérieux et dangereusement conçu. C’était un espace artificiel. Je ne m’attendais pas à retrouver la nature chez cet arriviste de Retard, d’autant que je le soupçonnais d’avoir mal agi envers Bianca. Je fis le tour de ce jardin géométrique qui me parut constituer l’ébauche d’un labyrinthe. Et je me pris au jeu.

Me voilà arpentant ce gazon, enjambant des ébauches de buissons, sautant par-dessus des plants en croissance, foulant des ornières, traversant des croquis de branches formant des figures… Je devenais fou. Et tout ça, parce que j’avais eu le temps de tomber amoureux de Bianca. Enfin… de la forme exceptionnellement féminine qui portait ce nom et que je désignais comme telle dans mes rêves les plus récents. Je sortis de ce piège sans plus attendre.

Je débouchai sur une plage. Une récente marée d’équinoxe avait encombré l’espace entre les dunes de monceaux de branches, d’épaves méconnaissables, de cadavres d’animaux et d’un tas d’objets ayant appartenu à des êtres humains tels que bouteilles, boîtes de conserve, poupées de plastique, pneus, cageots, cages d’oiseau. Je dus me servir de mes mains pour gravir puis redescendre des monticules désastreux. La mer, enfin, caressa mes pieds fourbus et blessés. Le soleil tapait dur.

Ma poche n’avait pas perdu ses os. J’avais manqué de m’en servir pour piéger Retard. C’était idiot. Ils ne me seraient plus d’aucune utilité. Je pouvais les abandonner sur place. Ils ne dépareilleraient pas. Et il se trouverait toujours quelqu’un pour en expliquer la présence sur ces lieux. Ensuite, une enquête témoignerait qu’ils appartenaient à un des orphelins. Et la question alimenterait maints ouvrages de spéculations judiciaires. Autant de promesses qui ne m’intéressaient pas. Mon échec devant Retard s’en trouvait grandi. D’un geste aussi brusque que mes pensées du moment, je nouai la poche comme si j’étranglais Clara elle-même.

Elle m’attendait près du port. Je revenais sans voiture et sans valises. Et avec une poche à la main. Elle regarda, incrédule, son renflement.

« Tu as mis quelque chose dedans ? » fit-elle.

Elle allait se moquer de moi, mais son sens des réalités reprit le dessus et elle me demanda d’expliquer, logiquement si c’était possible (elle en doutait), l’absence de voiture et de valises. Plus loin, Retard se rongeait les ongles. La mort de Bianca me revint en mémoire. Et pendant que Clara harcelait mon dos, je m’approchai de lui. Il avait vraiment l’air malheureux.

« Je ne sais pas quoi dire, balbutiai-je. C’est tellement inattendu…

— Tu ne veux pas savoir de quoi elle est morte ? »

La voix de Retard était aussi tranchante que le couteau que je rêvais de lui planter dans le cœur. Il n’y avait pas trace de larme dans ses yeux. Il m’offrit une cigarette.

« La dernière, dit-il. Après, je m’arrête. Tu ferais bien d’arrêter toi aussi. »

Clara s’interposa. Elle était changée en furie. L’œil en feu, la dent dehors, une ride barrait son front.

« Nous rentrons, dit-elle. Félix a fait une bêtise. »

Retard ne cacha pas son étonnement et recracha le filtre qu’il avait gardé un instant entre ses dents. Félix, c’est moi. Je n’avais pas fait de bêtise, à part les os que j’avais dans la poche. C’est toujours ce que prétend Clara quand elle en a marre de s’ennuyer. Je deviens son prétexte. Retard était prêt à gober cette absurdité. Je me fâchai :

« On ne meurt pas d’une jambe cassée, grognai-je. À moins d’une hémorragie…

— C’est de ça qu’elle est morte, fit Retard. J’avais oublié le mot. Ils m’ont tout expliqué en détail. C’était horrible. Vidée de son sang !

— C’est pas comme ça qu’on devrait mourir, » fit tristement Clara.

Je secouai la poche. Pourquoi ? Je sentais qu’on allait me demander des explications.

« Qu’est-ce que t’as mis dedans cette fois ? » dit Clara d’un air résigné.

Elle était prête à tout entendre.

« Des coquillages, dis-je.

— Quoi ! T’as été sur la plage ! Avec le bordel de l’équinoxe ?

— C’est vrai, quoi, Félix, dit Retard. L’équinoxe… »

Voilà comment j’explique la tête qu’elle a faite au commissariat, deux heures plus tard, quand le flic a répandu le contenu de la poche sur son bureau.

« Voyez-vous, me dit-il (la nuit tombait et Clara n’était plus dans le bureau), je vous crois quand vous me dites que ces os, vous les avez trouvés sur la plage. Mais l’équinoxe n’explique pas tout. Ce n’est pas l’équinoxe qui les a transportés de l’orphelinat à la plage. Jamais, de mémoire d’homme, on a assisté à ce genre de phénomène.

— Vous n’allez tout de même pas me croire capable de ramasser des os à l’endroit même où quatre-vingt-trois orphelins ont péri dans les flammes ! Vous allez aussi m’accuser d’y avoir foutu le feu, à cet orphelinat de malheur ! »

Le policier me comprenait. Il comprenait tout le monde. Il était né pour ça, comprendre les autres. Et il valait mieux qu’il comprît. Sinon il agissait sans comprendre. C’est comme ça que, dans toutes les sociétés humaines, on en arrive à enfermer les incompris. Est-ce que j’étais un incompris ?

« Maintenant, me dit-il, parlez-moi de votre ami Retard.

— Si vous voulez savoir pourquoi il a tué cette chère Bianca, je n’en sais rien moi-même !

— Elle est morte suite à une hémorragie. Vous savez comment on provoque une hémorragie ?

— On casse la jambe dans une piscine…

— En effet… Il n’y avait pas de sang ailleurs. Pas de traces de dispute non plus.

— Des ecchymoses ?

— Non. Pas une seule. Le fémur a volé en éclat. Retard prétend qu’elle a sauté du plongeoir.

— Nous dormions, Clara et moi… »

Le policier me regarda comme si Clara lui avait dit le contraire. J’étais dans un sacré pétrin. Les os, Bianca… Je n’avais rien inventé. Tout ça m’était tombé dessus alors que j’étais en vacances. Il est vrai que des vacances avec Clara...

« Qu’est-ce qui vous a réveillé ? demanda le policier qui reprenait le cours de notre conversation dans le seul but d’interrompre mes réflexions. Le cri ? C’est le cri qui vous a réveillé ?

— Sans doute…

— Votre épouse dit qu’il n’y a pas eu de cri. Logique, non ? Bianca a sauté, sa jambe a heurté le bord de la piscine et elle s’est enfoncée dans l’eau…

— Alors c’est Retard qui a crié… Il a toujours eu une voix de femmelette…

— Vous ne l’aimez pas beaucoup, votre ami Retard… »

Je n’allais pas dire le contraire. Je souris. Le policier parut satisfait.

« Et votre femme, Félix… Elle l’aime beaucoup…

— Aimer Retard ? m’étonnai-je. Elle n’aimera jamais personne.

— Mais elle aime l’argent… Aimer l’argent, c’est aimer celui qui en a. Retard a beaucoup d’argent…

— Ah ! Vous vous trompez, monsieur ! Retard est en retard sur moi. »

Le policier ne rit pas. Je ne suis pas le plus amusant des hommes.

« Vous voulez dire que Retard, continua le policier, est moins fortuné que vous… ?

— Clara le sait bien. Pourquoi l’aimerait-elle ?

— Parce qu’il est plus riche que vous… Ou plus… »

La voix du policier resta en suspens. Il savait que je ne ferais pas étalage de la haine que Retard m’inspirait depuis longtemps. Après tout, il n’y avait que ces os qui m’accusaient. Et de quoi ? D’un moment d’égarement. Une petite folie d’essence équinoxiale. Il fallait en rire. Et non pas me mêler aux exploits criminels de mon ami Retard qui était seul sur le grill. À moins que Clara ne dormît pas ce soir-là.

« Pourquoi tuer Bianca ? » pensai-je tout haut.

Il y avait un moment que le policier était à l’écoute de mes pensées. Il m’offrait des cigarettes. Le cendrier débordait. Ma mémoire était-elle en possession d’un détail déterminant ? Ce détail contre les os. Je m’en tirerais à bon compte. Et je retournerais au bercail sans Clara... Cette seule idée m’épouvantait. Je n’envisageais pas une existence sans elle. Je me fichais de ce qu’elle avait comploté avec Retard. Je n’en étais pas la victime après tout.

« Imaginons, dis-je au policier (ou le pensai-je seulement), que je n’ai pas trouvé ces maudits os. Quelle serait ma situation aujourd’hui ? De quoi témoignerais-je ? À charge ou à décharge… C’est Clara qui a imaginé ces vacances. Pour quelles raisons ? Je n’en sais rien. Je ne me suis pas posé la question. Revoir Retard… Après tant d’années passées à le haïr. Je ne peux pas dire maintenant que le désir de vengeance s’était dissipé avec le temps. J’ai bien projeté d’enterrer ces os dans son jardin. Mais si cet orphelinat n’avait pas brûlé, où les aurais-je trouvés ? Ou qu’aurais-je trouvé pour alimenter mon projet ? J’ai suivi Clara par curiosité. J’avais ce besoin inexplicable de me confronter à la possibilité d’une vengeance. Mais je n’ai jamais été qu’un enfant. Clara vous le dira. Je n’étais pas venu pour me battre. Tenez ! Dès que j’ai vu Bianca, j’ai pensé à la séduire. C’était improbable, je le reconnais. Un vieux débris comme moi. Mais ne suis-je pas plus riche que Retard qui est aussi un déchet ? J’étais aveuglé par la haine, monsieur le policier ! Je n’ai rien vu. Ah ! Comme je regrette de ne pas vous être utile ! Retard enfin condamné ! Et par la justice ! À mort ! Enfin ! Ah ! Je me fiche de savoir pour quelles raisons ! Mais par pitié, ne me prenez pas ma Clara ! Je ne survivrai pas à cette intolérable solitude. Ou plutôt oui, je survivrai. Je mourrai lentement, dans la plus horrible des souffrances. J’ai besoin de Clara. Rendez-la-moi ! Par pitié ! »

*

« Monte ! Je conduis. Je m’en souviendrai, de ton Retard et de sa poule ! Je me demande ce qui me retient de ne pas leur parler de ta petite manie… Des os ! Des os d’enfants ! Les enfants du monde ! Il en meurt des milliers chaque jour. De quoi nourrir les malades comme toi. Allez monte ! On rentre à la maison ! »

 

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