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Chanson d’Ochoa - 2 (Cancionero español)
Chant des refrains.

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 Article publié le 13 juillet 2006.

oOo

---------------------- Gerardo prit très au sérieux sa mission
D’enquêteur du Roi. Honteux d’avoir participé à la curée,
Il rentra chez lui et se posta derrière l’immense baie vitrée

Qui crevait l’ancienne demeure des Gálvez dont il était le
Propriétaire. Il allongea une mesure d’eau-vive de dix
De la bonne eau d’une autre fontaine qui avait sa préférence

Pour son fer et ses traces d’or. Camelot repenti, il évitait
Les faits trop marquants de la vie quotidienne et préférait
La secrète nourriture des comportements. Les enfants étaient

Assis sur les marges de la fontaine tue, alignement blanc
De baskets agités. Une femme descendait la rue en trottinant,
Secouée de nouvelles fraîches. Les commerçants croisaient

Des bras de fer sur le seuil de leurs boutiques dont les vitrines
Rutilaient à cette heure. Le 4X4 de la Guardia Civil fit une entrée
Solennelle dans la première cour du Cuartel que des orangers

Agrémentaient de leur ombre cylindrique. La horde stationnait
À l’endroit même où Gerardo l’avait abandonnée à son sort.
La couronne d’épine du vaincu allait de main en main, sordide.

Dans le verre, les glaçons s’entrechoquaient sinistrement. Gerardo
Buvait à petites gorgées, agitant une langue pointue. Il est arrivé
Ce qui ne devait pas arriver, pensa-t-il. Nous sommes la fin et le

Commencement, c’est-à-dire déjà une histoire. Il eut une crispation
Douloureuse des mâchoires quand ils libérèrent Thomas Folle qui
S’attarda pour se renseigner. Il se mêla peut-être à la caravane

Dont la tête et la couronne avait rejoint la patrouille à l’intérieur
Du Cuartel. Cayetano prenait lui aussi son rôle très au sérieux.
Les mains sur les hanches, il donnait des conseils ou son opinion,

Qui sait ? Le couteau n’avait rien dit, la main l’avait étreigné et
Celle de don Felix avait étreigné cette main étreignant, petit combat
Des circonstances au moment même où la cruauté trouvait le la

De l’outrage. Les sept femmes formaient un groupe à part, belles
À cette distance, désirables aussi, Gerardo se serait contenté
De ce désir et de la petite satisfaction si sa réputation de galant

N’avait pas été mise en jeu par l’humour et les mauvaises intentions.
Croissez, Monsieur de St-Pé, dans votre propre circonstance,
Croissez au fil de la petite queue qui fait de vous un homme.

Monsieur de St-Pé veut une fontaine !

Monsieur de St-Pé veut une fontaine !

Il l’aura si Dieu s’en fout !

Thomas Folle filait plutôt. Il perdit son paquet de cigarettes et en
Acheta un autre sans se presser puis il se pressa de nouveau et n’
Expliqua rien aux questions. Il respirait mal cette après-midi,

Sans doute parce que le mal menaçait sa tranquillité. Il avait
Promis à don Felix de ne plus mettre le feu aux choses qui
Ne lui servaient plus. Don Guillén Mañas Exeberri enverrait

Quelqu’un pour rassembler tout ce qui n’avait plus d’utilité.
Remarquez bien que ce qui ne sert plus aux uns peut faire
Le bonheur des autres. C’était vrai et faux à la fois, mais Thomas

Folle avait hâte de rentrer chez lui, malgré l’odeur de la cendre
Et le souvenir encore vivace de la torche qui avait embrasé
Son ciel de nuit. Il rencontra Pierre qui battait les murs de

L’église avec sa canne de bambou. Il fallait s’expliquer.
La bouche de Pierre avait le goût du vin qui remonte
Des profondeurs. Ils s’écartèrent du chemin et s’installèrent

Sur le mur de l’aire de battage, à l’ombre des eucalyptus
Et les pieds dans les brisures de fèves. Rien à boire cependant.
Des papillons visitaient les corolles, musées de la conscience.

Pierre se frappait le visage à pleines mains en se reprochant
De n’avoir pas pu sauver son ami de la vindicte populaire.
- C’est votre ami ? demanda simplement Thomas Folle qui

N’avait pas d’amis, pas un seul, rien. Pierre ne répondait
Jamais aux questions, mais il aimait en dire plus et il le dit.
Il y eu un moment de tranquillité pendant qu’il parlait,

Peut-être les papillons, ou la géométrie du dallage aux fèves
Éclatées comme des grenades. - Peut-être, dit Pierre,
Peut-être, mais je ne souhaite la mort de personne. Thomas

Le suivit. Ils marchèrent longtemps sur la plage déserte
À cette heure de l’après-midi. Seul un chauffeur de camion
Avait dressé sa chemise sur deux piquets de roseau et dormait

Dans cette ombre pacifique. Ils ne le réveillèrent pas malgré
Le cours que leur conversation prenait maintenant que Pierre
Savait que Thomas en savait plus que lui au sujet de la confusion

Des personnages qui envenimait les esprits. Les enfants des camés
Jouaient silencieusement sur le sable devant la maison de Pierre
Qui allait dormir ou tenter de le faire. Thomas Folle était fou.

Il l’abandonna aux questions des camés et se coucha dans
Son lit qui sentait le vin et l’homme. Il sentait l’amitié et
La trahison. Les draps ne se changeaient pas aussitôt fait

Que dit, chez Pierre qui avait du mal à dormir debout et
Se couchait comme les autres pour ne rien faire qui eût
Donné à penser qu’il n’avait pas la chance ni le désir,

Mutilations des pauvres d’esprit. La fenêtre montrait le ciel
Blanc et l’horizontale bleue du sable. Des têtes apparaissaient
Le temps de la traverser parallèlement à cette horizontale

Tracée mentalement depuis des lunes. Pourquoi avoir bâti
Sa maison au bord du chemin du Travail aux Vacances ?
Une drôle d’idée, tout de même, monsieur Pierre qui

Ne dormez pas. Mais vous n’en avez jamais eu d’autres,
Avouez que vous n’avez jamais su conserver ce qui reste
De l’amitié et de l’amour quand il n’en est plus question.

Pierre ! Pierre ! Dormez-vous ? Je ne vois pas de lumière chez vous !

- Je n’en vois pas non plus dans mon sommeil d’enfant.

Si vous passez du rêve à la réalité, ne me réveillez pas.

Je dors.

L’ami de l’amie Constance entra un doigt craintif dans la plaie.
Je ne souffre pas, dit-il. Mescal, sans doute. Comment en douter,

Maintenant que je suis la proie des hommes ? Les murs étouffent
Les conversations. Il entendait la balle dans l’écuelle à chien.
Don Alfonso l’avait extraite sans douleur. Une balle, c’est trop

Pour un seul homme. La chair ne semblait plus trouée, elle luttait
Pour se refermer sans traces de combat avec l’aide des sulfamides
Dont don Alfonso était un fin fan. Il se coucha sur le dos, voyant

Le plafond parfaitement blanchi et sa trace oblique de soleil.
Constance, mon amour ! Il ne voulait pas crier, il n’avait crié
Que pour protester. Jamais il ne crierait pour dire à quel point

Il l’aimait. Il est facile de dire aux autres : Je suis ce que vous
N’êtes pas ! Moins facile de reconnaître qu’on est d’abord
Ce qu’on est et que les autres n’y sont pour rien, pas même

Constance qui a mal vieilli à cause de cela. Je suis l’homme
De circonstance. Mais de quel homme s’agit-il si le narrateur
Et l’auteur ne s’entendent plus de la même voix au récit ?

Cayetano avait dit : Ce n’est pas lui et donc le couteau était
Rentré dans sa poche de couteau qui n’en sort que pour les grandes
Occasions. C’est lui ! avait hurlé doña Cecilia et la balle avait

Jailli de sa bouche. Doña Pilar jetait des pierres à Pierre qui
Arrivait à peine. Puis les coups, la douleur éteinte par la douleur,
La poussière mangée de force, les cailloux du chemin, la soif.

Jamais il n’avait éprouvé une pareille sensation de soif, jamais.
Ce désert de vin. Cette minutie du coup. La constance du regard
Qui en impose à la voix. Il n’avait jamais connu une pareille

Menace de destruction. Pierre dormait-il ? Ce cher Gérard
Devait se morfondre dans son verre coupé. Constance expliquait,
Il n’y avait pas de doute au sujet de Constance qui expliquait.

Il n’y eut jamais de Constance sans cette cohérence de l’ombre.
Quel récit n’a-t-elle pas influencé de correspondances exactes ?
L’homme revenait lentement à la souffrance, comme si le rêve

En était la promesse. La nuit, les lits sont éphémères comme
Les draps. Mais l’après-midi, sans draps et à peine avec un lit,
S’éternise comme si plus rien d’autre n’était possible que la vie.

Je vais vite, je vais bien, je vais mon petit bonhomme de chemin.

Je vais sans vous, devant vous, par désir,

Mais aussi par habitude car je ne suis pas chien -

Raïssa se coucha elle aussi, mais par terre, sans draps et sans habits,
Nue et dure comme le marbre, traversée d’angoisses filantes
Comme des étoiles. Il la voyait couchée et nue comme il aimait

Ses petits seins et son ventre. Elle parlait au soleil envahissant
Les rideaux, rouge lumière du vert. Un plateau de cuivre traçait
Une géométrie de voyage aux angles aigus, coups de burin

En fleurs. Elle saignait encore, comme le fruit inachevé d’un cri.
Que savait-elle du cri ? Et que penser à la place de ce fragment
De femme donné par les circonstances et aussi peut-être par les lieux ?

Ochoa, Ochoa ! me disais-tu,

Je ne suis pas faite pour toi,

Et tu t’en allais.

- Non, vraiment, c’est sérieux, cette mission aux ordres du Roi.
Je suis le colporteur de la rumeur à Madrid où le Roi est prince
Du monde. Personne n’est mort, mais cette jeune beauté féminine

A été violée par on ne sait qui, frappée par on sait trop laquelle
Et abandonnée à son triste sort de petite garce inutile au couteau.
Voyez comme l’aristocratie française peut se rendre utile

En cas de crise de l’aventure et de la narration. Oublions un
Instant la fontaine aux doux vers et méditons ensemble cette
Idée de culpabilité qu’un seul homme ne peut, ne pourra jamais

Assumer à lui seul. Seul, ai-je dit, mes amis. Seul parmi les
Autres et cependant multiple au point de créer la confusion.
Si vous m’écoutiez ne serait-ce qu’une seconde de ce temps

Qui vous travaille, mais don Alfonso sortait du Cuartel,
Porteur de nouvelles et de sang, ayant examiné de près
Les corps et même, dit-on, une balle. - Doña Pilar, SVP,

Expliquez-nous encore cette nuit inexplicable si l’on
Se place de votre point de vue. - Oh ! la virginité,
Dit don Alfonso qui sent la lavande de ses mains,

Ce n’est pas grand-chose la virginité. Alors la terre...
- Ne partez pas, don Alfonso ! Cette terre, justement,
Ne contient-elle pas ce qu’on y a caché en croyant

Ne pas être vu ? Les enfants sont encore à l’intérieur.
Vous êtes le premier à sortir si l’on excepte ce fou de
Folle qui a suivi ce lâche de Pierre on sait trop où.

Ils questionnent les enfants parce que les enfants savent.
Le rideau est tiré sur le visage blanc de leur mère qui
Accuse. Que savons-nous d’elle, de sa nuit, des enfants ?

Toi le ciel infiniment

Et moi les étoiles une à une

Moi relatif de l’attente

Il n’y a pas de chanson sans un refrain à la clé, pas
De musique sans fumée et pas de poussière sans ces
Yeux qu’on veut nous arracher à force de justice !

Don Alfonso monta dans sa petite voiture et répondit
À une dernière question sans toutefois trahir le secret
De l’instruction. - On instruit ? Un procès se prépare ?

Ils ont libéré Folle sans nous demander notre avis.
Nous serons là à l’heure des crucifixions, nous enfants
D’une idée circulaire de l’homme, enfants de Dieu le seul,

Dieu l’explication et le sens à prendre et à donner, Dieu
L’héritage d’une longue lignée de prometteurs doués
De la poésie sacrificielle des promesses et des sanctions.

Don Alfonso fit un signe à doña Pilar qui le lui rendit.
On dit qu’il se voient tous les soirs à la même heure.
Enquêtez, Monsieur Gérard de St-Pé, enquêtez pour le Roi

Et pour l’Espagne. Il y a de la vérité là-dedans, du vrai
Et du vraisemblable, du dicible et de l’inexprimable
Autrement que par l’innocence des enfants qu’on interroge

Pied à pied avec leur combat contre le père. Doña Pilar
Monta dans la petite auto de don Alfonso et ils partirent
Vers la mer que le savant voulait revoir avant de ne plus voir.

Les enfants de la fontaine piaillèrent sans jeter les cailloux.
Des femmes descendaient aux nouvelles, hardies et fraîches
Comme des serpillières. Les escaliers se peuplaient de vieux

À la recherche de ressemblances. On se souvenait plutôt.
Il est tellement plus facile de se souvenir de ce qu’on sait
Ensemble, c’est tellement plus favorable à la conversation

D’être d’accord sur l’essentiel et pointilleux question détails.
Doña Cecilia fut alors libérée. Absoute peut-être, elle traversa
La cour des orangers, belle comme ce qui l’a été. Plus d’armes

Dans sa rude main de femme qui connaît ses saints et les
Méprise. Ce fut Françoise Garnier qui l’accueillit, ouvrant
Ses frêles bras d’ancienne jouvencelle. Doña Cecilia jeta

La peineta aux hommes dont l’un se plia cérémonieusement
Pour la ramasser. On s’en doute, c’était Cayetano l’homme
Armé qu’on ne désarme pas, l’homme dont elle attendait

Le jugement mais qui ne se prononçait jamais sans son
Juge. Plus pâle encore, doña Flores priait en silence dans son
Mouchoir. Doña Flores ne connaissait-elle pas la chanson

Comme personne ? Les hommes s’approchèrent des femmes
Pour en écouter le murmure. Il n’y a pas comme un homme
Pour imaginer ce que la femme n’a pas encore dit à l’enfant

Qu’il devient dans la tragédie. Doña Flores laissa échapper
Un soupir qui en inspira plus d’un. Elle aimait la compagnie
Entre les actes et ne le souhaitait à personne, doña Flores.

Priez pour l’homme qui l’a détruite !

Priez pour les enfants qui ne sont pas nés de cette union !

Priez jusqu’à ce que les larmes vous sortent des yeux !

Ce n’était pas l’attente, non. Elle est trop merveilleuse, l’at
Tente, pour ces personnages de l’attente. On composait en
Attendant. C’est différent. Sinon l’attente les prenait à bras

Le corps et la tragédie devenait la poésie du temps passé
À être et à devenir. À l’heure qu’il était, les deux pigeons
(Doña Pilar et don Alfonso) devaient se balader avec les

Mouettes sur la plage, à deux doigts de la mer qui chatouille
Les pieds de la veuve en attendant que don Alfonso s’exprime.
Là-haut, dans sa tour de verre qui offense la lumière et les

Traditions de la façade, Monsieur de St-Pé parlait du Roi
À sa conscience de descendant de Cortina le comploteur.
On voyait son verre et ses petits glaçons métalliques.

Composer pour ne pas attendre, imaginer la suite pour ne pas
Durer, parler avec les autres des mêmes choses et recommencer
Chaque fois que l’occasion se présente à l’esprit ou aux moeurs,

Il n’y a rien de plus propice à la mélancolie et don Felix,
Qui les observait sans être vu- à travers les orangers,
Se souvenait de sa mélancolie et de ses risques à prendre

Quand elle arrivait sans prévenir à l’heure de l’angoisse
Qui naissait de l’improbable. Ne pas expliquer l’enfant
Revenait à statuer sur la femme pour la désirer malgré

L’homme. La peau n’est pas arrachée, la langue sursoit,
Et pourtant ce n’est pas l’attente, c’est la composition.
L’ombre avec la lumière, la chose et son explication,

L’extérieur et le circulaire, le jardin et la saison, la douleur
Et l’extase, la vitesse et l’instant, le désir et les faits,
La joie et son bonheur, non, la peau n’est pas arrachée

À ce corps qui contient tout ce que je sais et peux savoir.
Jamais nous ne posséderons ni l’eau ni l’air
Des insinuations et des tiraillements, mais la terre

Et le feu nous contiendront pour ne rien expliquer.
Il n’y a pas de mort, rien n’existe que la disparition.
Pourquoi n’apparaîtrions-nous pas au lieu de naître ?

Ma mélancolie est comme une fleur qui refuse de faner,

Une fleur rebelle à la connaissance de l’intimité,

Fleur des malchanceux.

Vous en connaissez d’autres ? Et cette envie de le crier
Au lieu d’en chercher la raison chez l’autre qui ne dort
Pas du même sommeil. Cet appétit peut-être, jalousie

Pratiquée à fleur des peaux qu’on caresse par curiosité
Esthétique. Je ne suis pas l’homme de l’Homme !
Et cette machine qui frappe le texte de nos ennuis !

La machine frappait en effet, elle frappait durement
La feuille de son encre, frappant des mots recueillis
Sans en altérer les contenus dilatoires, et Ramirez

Était conscient de ces tentatives de retard sur l’heure
Qui viendrait à son heure. Il avait bien rangé sur la table
Les rapports d’audience : chanson des enfants qui s’entendaient,

Colère de doña Cecilia et son petit revolver américain,
L’odeur de Gisèle qui parfumait tout, l’obscurité
Que Fabrice opposait à la clarté hallucinée de doña Pilar,

Ce que savait monsieur Pierre, ce qu’ignorait la Folle,
Ce qu’on imaginait avec un peu d’impatience et beaucoup
De technique conversationnelle, ce qui était attendu

Et ce qui arrivait, avec la balle extraite et son revolver
D’opéra qui tuait quelquefois, qui tuait la parole en
Commençant par la voix. Il y avait une infinité

D’existences probables sur la table que Ramirez lustrait
De son coude et de sa salive. Il avait hâte de passer
À l’action que doña Cecilia avait entamée de sa meilleure

Part d’inconnu. La torture s’explique par la nécessité
D’aller plus vite que la pensée que les chemins déroutent.
L’Homme, quel qu’il fût et quelle que fût sa responsabilité,

Répondrait à la douleur et non pas à l’attente dont l’intérêt
Se perd en volubilité. Après la machine, qui a son intérêt,
L’instrument de la douleur et de la connaissance des faits !

Il faut dire que Ramirez,

Fils légitime et frère infidèle,

Il faut dire que Ramirez n’a pas de cervelle.

On peut en rire si le moment est bien choisi. Choisissez
Le moment. Ne laissez pas passer cette chance. Ramirez
Écrase les mouches entre ses mains, pas sur les murs.

Oui, oui, le Roi vous recevra dans son palais de L’Escorial
Près de- Madrid où les forêts de pins sont hemingwayennes.
Pas d’aventure sans un sommet et pas de royaume sans a

Nimaux. Gerardo sortit par la petite porte de son jardin d’hi
Ver. Qui le vit trottiner dans la rue descendante vers la mer ?
Il n’aimait pas plaisanter aux fenêtres malgré la beauté

Des femmes. Il arriva sur la place en nage. Un moment
D’ombre le ravigota puis il continua ce qu’il convient
Maintenant d’appeler un chemin. Son esprit voyait clair

Dans cette complexité d’intentions et de coups fourrés.
La vie, c’est l’existence, et ce qu’on en sait, c’est de la
Poésie ou du Droit, on n’a guère le choix. Oui, oui, le Roi

Vous attend dans son palais aux cours peuplées d’histoires
Édifiantes. Un oranger vous est réservé. Vous aurez tout
Loisir de vous entretenir avec sa Majesté de cette affaire

Qui vous turlupine depuis des années. Vous vous déplacez
Dans un espace clos par des arbres que vous savez habités
Par les morts qui reviennent. Quel silence, cette mort qui

Revient comme si de rien n’était ! Les rues étaient fraîches
Comme des enfants et lentes comme des vieillards, mélange
De saveurs et de cris, passage de l’idée d’obstination

À celle de l’accompli qui détermine la position du coucheur.
Vous transportez votre lit dehors et il vous transporte dedans.
C’est bien pratique comme pratique ! Vous buvez trop ou

Pas assez. Coupez l’anis d’olive et remettez en jeu votre sens
De la redite. Une fois passées les rues, le quai grimace un peu
Sous la douleur des grues qui étreignent le blanc du gypse.

Un drapeau claque la Chine ou la Russie sous pavillon de com
Plaisance. Saluez le matelot jaune et gris qui vous regarde com
Me si vous n’existiez pas encore pour lui. C’est loin, le pays

D’où l’on vient si on tourne en rond pour gagner sa vie d’ex
Istence précaire et toujours printanière. Vous vous souvenez
Des voyages avec la femme de Morandelle qui était votre a

Mi d’enfance et que vous trahissiez par le sexe après l’avoir
Vaincu par le fric et l’emploi. Ces femmes d’ingénieurs
Qui savent bien que l’ingénierie n’est que de la main

À la pâte quand vous, Monsieur de St-Pé, vous héritez des
Siècles le privilège et la recommandation qui assoient votre
Réputation. Passons. Ici se traînaient les forçats que le Roi

Utilisait par pure charité chrétienne. Il vous en parlera, vous
Entendrez et vous verrez sa bouche qui a sauté sur les genoux
Du Caudillo, petite bouche qui aime l’anis et les olives, vous

Verrez et entendrez ce que l’oranger qui vous est destiné au
Ra décidé de vous dire à la place de ce personnage charismatique.
Voici, en attendant d’être reconnu, la plage interminable

Qu’empruntent les amants et les coureurs de fond. Un petit chien
Fait le chien avec un autre chien, ce qui vous amuse. Vous en
Parlerez au Roi si le sujet n’est pas tabou dans ce palais magique

Ment élevé dans son architecture géométrique. Un bonbon à
La menthe, vite ! Vous le sucez pour ne pas entreprendre une des
Cente par trop risquée dans les rochers de marbre que la mer

Flagelle comme si d’une femme il s’agissait. Un petit escalier
Conduit en descendant au sable des crabes et des coquillages.
La mer est un pont entre nos civilisations. Sans elle, il n’y

Aurait pas eu d’aventures. Le Roi comprendra. L’aventure
Est à l’ordre du jour, mais à part l’Emploi et le Commerce,
Que voulez-vous ? Vos premiers pas vous déroutent un

Peu. L’écume est rageuse, coupante, animée par la jalousie
Qui n’est pas la meilleure fenêtre sur le monde. Mais c’est
Une vie d’exister et mourir de n’être plus à la hauteur

De l’aventure et du hasard qui n’explique rien et surtout
Pas Dieu. Gardez-vous bien d’en parler au Roi. L’imprévu
Est prévu. On vous tapera sur les doigts et vous ne reviendrez

Plus, voilà. Un poisson mort cligne d’un oeil. Des pas
Vont plus vite que prévu. On ne tue pas, Monsieur de St
Pé dit Pierrot au village, on ne tue plus par amour mais seul

Ement par intérêt. Vous avez un bon avocat, oui, le Roi
Appréciera les données de l’aventure au pays de l’irréversible.
Car, mon cher compatriote, qu’est-ce qui est plus irréversible

Que le temps ? L’acte, et non ce qu’on en dit. L’acte tout
Cru. Retour à l’enfance des insectes transpercés vivant
Mais sans parvenir à en distinguer toujours la grimace.

Donnez-moi une bête

Et je la fertiliserai de ma propre semence !

- Tu es fou, Ochoa ! Tu es fou !

Je le suis. Pourquoi le nier ? Je reconnais aussi le délire.
Il faudrait être fou pour penser le contraire. Ce mal qui
Ne me ronge pas, qui m’explique sans me ronger les os,

Ce mal est si nécessaire que je n’en connais pas l’origine.
- Parlez-en au Roi qui comprendra. Un oranger pour vous
Seul, oui. L’Escorial. Lui-même. Une seconde d’inattention

Et c’est l’aventure. Un facteur chance est à prendre en
Considération. Et ce mal qui vous transporte au seuil de
L’amour. Un instant à la place de l’éternité ! Vous plaisantez ?

- Je ne plaisante pas vraiment. Rien n’est moins mesuré que
L’instant. C’est presque de l’espace, cet instant qui ne se
Mesure pas avec les instruments de la conscience. Le Roi

Attend une explication, pas un traité d’alliance avec cela...
- Cela ? - Oui, cela. Cette aventure de l’instant qui ne doit rien
Au temps qui nous sépare d’une tête. Voici la pleine mer

Des noyades et des solstices. Je serais fou de ne pas y penser,
N’est-ce pas ? - Fou n’est peut-être pas le mot qui convient
À ces tiraillements qui démontrent l’existence d’un dedans

Et d’un dehors des choses. Qu’est-ce que cela ? Entre rien
Et tout, qu’est-ce que cela ? À part le désir et la peur, qu’est
Ce que je fais ici- avec ça ? Fou n’est pas le mot, le Roi

Vous dira ce qu’il en pense le moment venu. Voici l’oranger
En attendant. Un oranger sur la plage à la- place d’un palmier
Et la lave d’un volcan pour pallier l’océan qui manque

À votre histoire de peuplement. Vous les voyiez, lointains
Et proches. À cette distance, ils ne sont encore rien de vrai.
Votre coeur bat la chamade, mais qu’est-ce qu’une chamade,

Qu’est-ce qui se bat à ce point comme on compte les lurettes ?
À petit pas, vous avancez dans votre regard qui sait d’avance.
Don Alfonso soigne les varices de doña Pilar, rien de plus,

Dit le Roi. - Vous croyez ? Moi je crois, ou plutôt : je croyais
Que les varices n’y étaient pour rien. L’amour s’explique
Par la vie qu’on prend et qu’on donne. J’en ai parlé souvent

À cette femme que j’aime de cet amour-là. - Qui êtes-vous,
Ô étranger à toutes les terres qui ont le nom d’homme pour
Humanité ? - Je suis cet homme. Et je ne le suis pas.

Je viens de loin, toujours à pied,

Je suis jeune et vieux à la fois, triste et heureux,

Mort et vivant, presque homme et femme, enfant.

Comme s’il était possible d’atteindre ce qui se promet comme
Horizon. Comme si ce n’était pas un recommencement mais
Le sentiment d’avoir vaincu l’instant. Un instant de cette

Victoire me rendrait le Pausilippe et la mer d’Italie. Ô Roi
D’Espagne, donne-moi plutôt cet oranger que tu promets
Depuis si longtemps que cette terre n’a plus d’existence

Nourricière. Je suivais le fil d’un raisonnement sur la vie,
Pas plus. Qui sommes-nous, nous qui ne sommes rien ?
Et qui êtes-vous, les chanceux ? Si je me noie aujourd’hui,

Sera-ce l’évènement du jour, ou bien s’acharneront-ils à
Détruire l’Homme que je ne suis pas ? Ma petite noyade
Attirera-t-elle du monde à l’inverse du poisson mort à l’oeil ?

Putain ! Où es-tu ?

¡Madre ! Cette putain s’est envolée !

J’ai oublié de lui arracher les ailes !

Voilà comment un personnage devient fou avant de ressembler
À quelqu’un. C’est compliqué, la littérature, ou cela n’est pas
De la littérature, C’EST DE LA MERDE ! Mais pourquoi pas

La merde, au fond ? Au fond de quoi ? À la surface de quelle
Profondeur gagnée par hasard sur l’irréversibilité calculable
Du temps ? Alors, oui, je sais : l’homme se met à fuir, à fuir

À fuir et à parler

À parler et à tuer

Autant qu’il peut le temps qui lui reste à vivre

Ou à mourir d’ennui. Oui, l’homme fuyait, il fuyait le Roi,
Les amants, les tueurs, les personnes majeures et les vers
Mineurs. Il fuyait de côté, ne connaissant pas d’autres chemins

De traverse. Il ne se noyait pas, il fuyait. Ah ! le Roi peut
Attendre, l’oranger peut crever, le palais peut exister, l’Espagne
Peut encore survivre aux traités de l’Europe, tout peut arriver

Au fond, surtout l’homme qui se met à fuir pour ne pas être
Poursuivi et qu’on poursuit quelquefois pour des raisons qui
Ne s’expliquent pas et qu’on explique pour cette raison.

Alors, oui, l’homme se mettait à fuir et il devenait
Perspective. Il fuyait le jour et vivait la nuit, seul,
Se nourrissant d’insectes à sept pattes et de lait

De dragonne. Il connaissait le paroxysme en toute
Matière et pratiquait l’arrêt au bord des signes.
L’exercice de l’aube lui inspira le soir et inverse

Ment. Je ne suis pas cet homme ! criait-il mais il
L’était. Je suis un autre et il ne l’était pas. Et le temps
Se mit à devenir et l’espace à n’être que cela. I

Maginez ce crevage de nerf rien que pour vous en
Donner à moindre frais une idée approximative, mes
Amis. L’enfant était enfoui au cours d’une apnée

Et l’organe secrétait ces paroxysmes tenaces avec
Un son de cloche. Connaissez-vous l’homme s’il
Ne fuit pas ? Non, bien sûr, vous ne connaissez rien

Qui l’appelle par son nom au moins pour le dire.
Mais cet instant de lucidité vous rend malades
À crever et vous crevez pour ne pas crever ce qui

Est normal. Je ne fuyais pas pour fuir. Je ne fuyais
Pas pour échapper ni pour m’éloigner. Je fuyais pour
Étirer, pour éviter de rompre une seule de ces lignes

De fuite qui donnent un sens à ce que j’étais et à
Ce que vous demeurez. Pas de drogue, pas de rêve
Insensé, pas de caprices et plus de tentatives de cri.

J’ai cru à une tranquillité dans la vitesse d’exécution.
Trop vite j’allais et mieux je me portais. Puis l’accident,
Inévitable dites-vous, l’accident en ferraille, le tour

Joué au corps qui n’en peut plus de changements chi
Rurgicaux. En une fraction de seconde, moi Ochoa
La Montagne je suis devenu Mescal l’Immobile.

Maintenant que vous savez tout depuis longtemps,
Mes amis, maintenant que tout s’explique depuis
Toujours et même avant que je me mette à fuir

Dans les règles, voudriez-vous refermer la porte
Et oublier que pendant un instant je me suis arrêté
Au bord d’autre chose que le signe ? Moi l’Homme

Je demande qu’on me foute la paix ! L’immobilité
Ne fuit pas, elle, hélas. Quelle vitesse du choix !
Encore un peu et j’atteignais la pudeur des enfants.

Dans cette existence où je suis ce que j’étais, l’Homme
Se raréfie et c’est la Femme qui se multiplie jusqu’au
Nombre. Je voulais faire un enfant à la nuit et l’enfant

Était le silence. Quelle angoisse ! Quand je bouge
Un petit doigt je sais que c’est mon pied qui existe
Et quand je sens les zigzags de l’insecte je sais que

Ce n’est pas un insecte. Comment le sauriez-vous,
Buveurs d’instance ? Alors je fuyais par le haut
Comme la fumée et par le bas je revenais cendre.

Beaux voyages pour rien, belles cités pour pas grand
Chose et rencontres des circonstances au lieu de l’hu
Main. Quelle fragilité la pensée alors ! Quelle ténuité

De la forme ! Et ces instants de douleur inexplicables
Autrement que par la douleur que vous n’expliquez pas,
Cette attente conçue pour ne rien attendre et connaître

La proximité des choses placées pour servir. Je fuyais
À fleur de vos observations cliniques, n’est-ce pas
Françoise ô mon amour ? Et tu ne fuyais pas pour de

Meurer ce que tu as toujours voulu être. Je suis cette
Attente à l’infini finie un jour ou l’autre, comment ? tu le
Sais bien, comment ? Un drap noué autour de la nuit

Et je fuis. Le même drap déplié sous moi et je dors.
Sommeil cristallin, il n’y en a pas d’autres pour moi.
Moi ? Mais je ne suis pas moi ! Je suis ailleurs, en

Fuite, en avance, jamais à l’heure, toujours à midi
Et quelquefois à minuit, fuyant l’enfant des lignes
Et de ce point qui constitue le centre d’intérêt, là-bas,

Où je vais et quand je n’y arrive pas. Ou pas tout seul,
Avec toi ou malgré toi selon que tu patientes ou exiges.
Il manque une ligne à nos deux lignes de rencontre

Fortuite. Il manque le croisement triangulaire, la portée
De l’ombre qui explique l’endroit et la circonstance.
Rien ne manquerait si nous n’étions pas deux.

Je viens de loin, toujours à pied,

Je suis jeune et vieux à la fois, triste et heureux,

Mort et vivant, presque homme et femme, enfant.

Alors, finalement (excusez ma perversité d’immobile
Et de passablement enfumé) finalement je me suis mis
À penser. On ne pense pas quand la pensée ne sert à rien.

On va, bien ou mal, en avance, à l’heure précise ou seule
Ment s’il n’est pas possible de faire autrement. Finalement,
J’ai projeté ma science dans la rue et j’ai marché. Oh ! pas

Avec vous, pas à vos côtés, jamais au pas et toujours à
L’heure. Broyez une famille avec passion et vous obtenez
L’être qui l’explique. Pas de psychologie, pas d’impressions

Suggestives, plus d’acrostiches ni d’épigrammes, rien que
L’être familial, broyé certes, et incapable d’exister pour en
Dire quelque chose, mais la famille, la famille et ses saints,

La famille qui sert et qu’on ressert. Finalement, j’ai broyé
L’Homme et la famille, broyé l’immobilité fonctionnelle
Et la pensée en fuite perspective. Que de temps passé !

Que de moments cliniques ! Et quels paroxysmes, voyez
Vous, à l’envers de l’endroit, au dedans du dehors, et dans
Le lit ! Je me sers d’un pilon comme tout le monde,

Mais au lieu de concasser des épices bonnes à modifier
Le goût de la viande, je pense et je fragmente, je fuis
Et j’écrase les perspectives, j’arrive avant ce qui arrive.

J’arrive avant Gerardo et les camés m’accueillent avec
Des enfants que je broie comme le noir de fumée, pilon
Obscène et croissant. Je suis le fournisseur de ces âmes

Perdues pour l’âme, pourquoi pas ? On gagne sa vie comme
On peut et non pas comme c’est possible. Pierre creuse
Sa tombe dans le jardin. Le rocher sera gravé au burin

Et au marteau, éclats de son qu’on trouve un peu dans
L’herbe rare du sable et de l’humus des agaves. Camés !
Vous n’aurez pas mon sommeil ni ma maison ! Quel fou !

Les touristes pensent que c’est une piscine, mais non,
C’est sa tombe. Il y pousse depuis longtemps les primevères
De la paralysie et le trèfle de l’angoisse. L’été calcine

Ces émergences. Bonjour Pierre. Vous avez vu don Alfonso ?
- Vous êtes malade, ô monsieur que je ne connais pas qui
Partagez l’herbe et l’hallucination avec cette racaille bleue ?

Vous n’aviez pas remarqué le bleu de leurs langues et le vert
De leurs enfants. On ne remarque rien quand j’en ai besoin !
Remarquez que je m’en passe, de vos observations cliniques.

Un peu de vin ? Vous accepterez le vin de Judas ? Il donne
Soif et ne nourrit pas. Mais c’est le vin de ma vigne, mon
Sieur qui arrivez comme un cheveu sur la soupe, comme

On dit ici-bas, ou comme ce qu’on n’attendait pas, dit-on
Si l’on est à l’heure, ce que vous êtes, monsieur ! Entrez
Dans la maison où les amis finissent mal à l’occasion.

Gerardo entra. Il redemanda si don Alfonso se promenait.
Pierre n’en savait rien. Il ne voyait pas don Alfonso s’il voyait
Doña Pilar. - Elle soigne ses varices dans la vaguelette, vous

Savez, monsieur qui ne sait pas ? C’est bon, la vaguelette,
Pour les varices et pour autre chose encore dont je ne me
Souviens pas car je suis malade d’oublier. Prenez place,

Monsieur qui ne tient pas en place et qui ne prenez pas
De place. Voici le vin dont je vous parlais il n’y a pas
Une seconde. Comme les secondes se ressemblent !

Ce qui explique mes petites confusions, monsieur qui
Vous asseyez pour boire ce que je ne bois plus qu’avec
Une parcimonie d’échaudé. Oui, le Roi reçoit ses amis

Le dimanche, dans sa maison de campagne à Donostia.
Vous devriez le savoir vous qui avez perdu des proches
À Guernica de Picasso ! Mais vous ne savez rien, monsieur

Qui prétend le contraire, quand il s’agit d’avoir de la
Conversation et non pas l’air d’y être pour la forme.
La jalousie est un poison du vin. Les vaguelettes n’y

Sont pour rien. Je connais la mer aussi bien que la mer !
J’y étais, monsieur qui n’êtes jamais nulle part et chez vous,
Comme on dit quand l’évènement est passé à l’Histoire,

Ce qui est le cas, monsieur le cas qui buvez mon vin
Sans lui accorder toute l’attention qu’il reflète pourtant.
L’homme dont vous parlez pour ne rien dire est passé

Ce matin mais vous n’en parlez plus. Vous en parleriez,
Monsieur qui parlez pour parler d’autre chose, si vous saviez
Que je suis celui qui l’a vendu pour rien, monsieur qui

Commercez avec les hypothèses, pour rien, pas un duro !
¡Nada ! Pas un fifrelin pour cet homme qui se vend cher
Quand il arrive aux hommes ce qui n’arrive pas aux femmes.

Monsieur qui monsieur le monsieur, je vous interdis d’en
Penser autre chose. Je suis votre homme si je suis perdu
Et votre femme si vous êtes un homme. Ne me dites pas

Qu’au lieu de fuir vous poursuivez ! On les voit souvent
Faire l’amour sous le vieux phare qui ne sert plus qu’aux
Oiseaux des phares. Voilà comment elle soigne ses varices !

Mescal gicle ! Les camés le voient gicler comme une seringue.
Le sable le suit à la trace. - J’avais pensé au phare, à l’amour
Et aux oiseaux conchiant les vitres, mais c’était pour fuir,

Pas pour oublier. - Ne partez pas ! crie Pierre sur le seuil
De sa maison et de sa tombe, ne partez pas sans achever
Votre verre. Cela porte malheur et avec la chance que j’ai,

Vous en aurez plus que moi ! Mais comment ne pas partir
Si le Roi vous attend ? Trouvez au moins une raison
De ne pas répondre intelligemment à cette question

De principe ? - Ils tueront l’Homme, dit Pierre aux camés.
Ils vivent leur vie quoi qu’il arrive et l’Homme meurt
Sur la croix. Sans ces femmes, on aurait compris que l’Homme

C’est l’homme et que la femme ce sont les femmes. Encore
Un refrain, ô camés de mon jardin et de mes attentes.
Mon vin n’arrive pas à la hauteur de vos mélanges, mais

C’est mon vin et je le dispute à l’Homme. Dans sa prison,
Il fuit les murs. Il ferait mieux d’attendre son heure
Car c’est tout ce qui arrivera si je ne suis pas fou.

 

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