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Chanson d’Ochoa - 2 (Cancionero español)
Raïssa, elle parlait, mentait, voyait...

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 Article publié le 13 juillet 2006.

oOo

Raïssa, elle parlait, mentait, voyait. Elle reconnaissait
L’hymen, l’enterrement, le plaisir, la douleur, la soie
Des caresses et l’or des usages. Elle aurait tout donné

Pour ne rien oublier, pour recommencer exactement
Sans nécessité d’en savoir plus. Sa voix n’étonnait pas.
La machine à écrire écrivait le temps, les lieux, le sang,

Écrivait, écrivait entre les mots, les mots qu’elle redoutait
D’oublier tant elle les savait proches de la vérité et capables
De mensonge. L’après-midi commençait par cet aveu

Et la confession s’imposait, plus longue et moins précise,
Mais plus claire, moins distante au fond. La terre
Sentait la terre, délicatement observée par don Felix

Qui cherchait, cherchait et trouvait les traces de l’offense.
Le garde Ramirez écrivait les mots de l’outrage et du vice.
Et Raïssa sentait à quel endroit de la conversation le fil

Pouvait encore se rompre, secret des sensations véritablement
Éprouvées et de la promesse renouvelée par cette évocation
Circonstanciée. - Ma tête contient la nouveauté.

Doña Cecilia expliquait la leçon des coups. On la comprenait.
La machine n’écrivit pas cela. Don Felix prit une photo
Par pure prudence procédurale. Il n’y eut d’ailleurs

Qu’un flash et la petite ampoule grillée disparut comme
Elle était venue. La chemise retomba sur les reins
De Raïssa. - S’il n’y avait que ma tête... - Parle,

Petite ! Oublions la dureté des coups et leur raison
Profonde. Cela s’est passé cette nuit, nous le savons.
Que sais-tu de Fabrice de Vermort et d’Ochoa ? Dis

Nous ce que tu veux savoir à ce sujet. Ah ! Voilà don
Alfonso. Entrez, docteur. Ne refermez pas la porte.
La gente veut savoir. Elle en a vu d’autres, allez ! Mais

Par pudeur don Alfonso Gálvez Hoffman ferme la porte
Et pousse Raïssa dans le petit cabinet obscur des observations
Cliniques où il ne se passe jamais rien avec les morts

D’habitude. Raïssa est tranquille, presque insolente
Tant la tranquillité explique le péché et la propension
À pécher plus que les autres et plus sérieusement. - Tu

Ne crois pas en Dieu ? demande don Alfonso. Pourtant,
Ceci (il ouvre le ventre avec deux doigts gantés de blanc)
Est l’oeuvre de Dieu. Et cela explique cette oeuvre infinie.

Raïssa n’éprouve pas la haine que lui a conseillé Amaxi.
Amaxi s’y connaît en haine de l’homme. - Ils te prennent
Par plaisir, jamais par amour. Si tu n’es pas leur mère, tu

N’es rien que l’orgasme. Veux-tu que je t’explique l’orgasme
Que nous les femmes ne connaissons pas ? Si Dieu
N’existe pas, ce que je crois, l’homme n’est que le sperme

Et nous sommes la vie. Il y avait de la haine dans ces mots
Prononcés en un moment de tranquillité relative. La haine
Alimentait les visions, condition de la connaissance.

- Nous n’avons que la haine pour expliquer l’amour.
Don Alfonso retira ses gants roses maintenant, beau rose
Des roses de la chair qui se repose des coups. - Tu viendras

Quand on te le dira. La porte se referme et elle attend.
Il faut attendre quelque chose pour attendre. Elle n’attend
Rien. Elle peut penser qu’elle espère, ce qui dans sa langue

Se dit de la même manière. On dit aussi « -je veux- » et
« -Je t’aime- » de la même manière. Confusion entretenue
Par les nuances de la voix depuis cette enfance passée

À soutenir le regard des autres pour ne pas se laisser
Deviner. La petite lampe qui éclaire le cabinet est verte
Et sa lumière jaune, comme si le jaune, qui est une composante

Du vert, était la couleur de la lumière, le bleu apparaissant
Dans l’ombre si on est tranquillement observateur. Mais
Ce n’est pas de la tranquillité, ce calme. C’est la mort

Qui ne redoute plus la mort. Les enfants se suicident
Plus facilement que les grandes personnes. On tue plus
Facilement le petit et le grand inspire tellement l’existence !

Elle ne possède qu’un petit couteau, petit en comparaison
Des couteaux que les hommes exhibent comme s’ils étaient
Les hommes que la femme désire. La saignée est douloureuse,

Elle le sait, mais la douleur des coups est si présente qu’elle
Sait aussi que ce ne sera pas une douleur de plus. Tout à
L’heure, pas maintenant, encore un peu, pense-t-elle comme

Si elle n’était pas aussi petite qu’elle veut le penser malgré
Les seins et les poils entre les jambes. On ne part pas
Facilement si le corps a au moins un sens. On s’accroche

Aussitôt que la vie se donne pour maîtresse de l’existence.
Il n’y a pas de jeunesse qui ne le sache un peu. La porte
S’ouvre et le garde Ramirez lui demande en fermant les yeux

De se montrer pudique, c’est-à-dire de ne pas offenser
Ce qu’il ne veut pas savoir de la femme, là, au creux
D’une chair qui donne la chair quand c’est le moment

D’être un homme comme les autres. La chemise retombe
Encore une fois, et les cuisses se croisent dans l’air saturé
De lumière et d’ombre, de ce vert qui est la lumière

Même. - Entre, dit don Felix. Elle s’assoit. Doña Cecilia
Lève la main en grognant. Si Dieu existait, je...! Tu,
Toi ! Calmez-vous, doña Cecilia, elle n’y est peut-être

Pour rien. - Elle n’y serait pour rien si je n’y étais pas
Moi-même pour quelque chose, pleure doña Cecilia
Qui s’effondre par terre en prenant la précaution

De ne pas abandonner sa jolie tête de mécréante sur le
Dallage rouge et blanc. Même la robe ne s’est pas ouverte.
Ce n’est pas la première fois qu’elle tombe pour exprimer

Son désespoir, un désespoir capable de pudeur et d’attention,
Don Felix en a vu beaucoup dans cette chambre où la machine
Écrit l’impossible chronique des faits reprochés. On relève

Le corps souple de doña Cecilia qui accepte une chaise
Au dossier perpendiculaire et surmonté de deux couronnes
D’or. Repoudrez-vous le nez, doña Anarchie, et veillez

À vos petits pieds nus dans ces sandales qui ne cachent rien
De votre beauté cachée. Don Alfonso attend pour le rapport.
Il a prit quelques notes et ses lèvres les répètent en silence

Avant le grand moment de vérité dont le commencement
Sera initié par le petit marteau de don Felix. - Je n’écouterai
Pas, pleurniche doña Cecilia. Je sais déjà. Je la tuerai

Avec mes ongles ! - Vous ne tuerez personne si vous êtes
Sage, dit don Felix et le garde Ramirez dit : c’est vrai,
On ne tue plus de nos jours, sauf pour de mauvaises raisons.

Cayetano tuera, pense doña Cecilia. C’est bien ce que redoute
Don Felix qui a envoyé quelqu’un chez Cayetano. Ce quel
Qu’un n’est pas n’importe qui. Il revient dans la vie

Étroite de Cayetano qui promet de se tenir tranquille malgré
La haine. - Vous ne tuerez point une seconde fois. Une fois
Suffit à témoigner de l’esprit de justice qui vous anime

Quand la haine est si parfaitement nécessaire que le coeur
De la justice n’y est plus. Cayetano sait pour l’hymen.
Doña Pilar a parlé aux femmes. Elle a dit : Ce n’est pas

Lui. C’est un autre. Constance ne comprenait plus. L’Homme
Parlait encore avec Pierre. Ils avaient l’air de s’aimer.
Le vin répandait ses acidités. - Vous ! dit Constance,

Vous et votre amour de pacotille ! Ils vous cherchent et
Vous trouveront. Je vous aime encore assez pour vous
Désirer. Ils ont trouvé la preuve de votre sainteté, Christ !

Elle court encore, la vieille Constance. On la voit courir
Sans l’homme à ses côtés, elle qui ne court jamais sans
L’Homme. Pierre a promis d’aider l’Homme à s’enfuir.

 

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