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Monet peintre sériel ?
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 Article publié le 18 septembre 2016.

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Peut-on réellement parler de sérialisme chez Claude Monet ?
Cette question est une des plus complexes que la sériographie ait eu à résoudre jusqu’ici. Je ne saurais aller plus loin.
Il est bien vrai que le peintre a produits des œuvres. par séries : les meules, en particulier.
Il était conscient de produire des séries. On se souvient de sa première présentation des Nymphéas, intitulés "Les nymphéas, série de paysage d’eau".
Rien dans ce titre n’est anecdotique.
C’est pourquoi, assez curieusement, certains commentateurs de notre temps voient en lui le "premier peintre sériel". Comme s’il existait réellement une catégorie des "peintres sériels".
Claude Monet a-t-il lui-même jamais prononcé le mot "sériel" ? Rappelons qu’à cette époque, il était quasi exclusivement utilisé par les disciples de Proudhon, qui venait de forger l’adjectif "sériel" pour marquer sa différence avec Charles Fourier, dans l’affirmation d’une doctrine métaphysique qui a fait long feu ("De la création et de l’ordre dans l’humanité", texte aussi ambitieux que tombé dans l’oubli).
Qu’il ait produit des séries, ce fait est certain. Qu’il ait été "sériel" pour autant, voilà qui laisse pensif.
Qu’est-ce qu’un peintre sériel ? Nous n’avons pas, aujourd’hui, une notion arrêté de cette catégorisation. Mais s’il existe une ou des peinture(s) sérielle(s), leur source d’inspiration ne vient pas tant de Monet que de l’école de Vienne, ou des jeunes fous de Darmstadt, qu’il s’agisse de Jesus Rafael Soto, de la remarquable école conceptuelle américaine (Sol LeWitt, Mel Bochner, Don Judd...), de notre ami David Kantorovitz dont on peut lire une excellente bande dessinée dans la récente livraison de la Revue Perestroika...
Il n’y a pas de filiation directe entre ces artistes et Claude Monet. Il y a une filiation directe, bien souvent, entre l’art de Webern et le leur. Ils produisent des métaphores de la forme webernienne comme Webern produisait une métaphore musicale de la forme goethéenne. Claude Monet, dans cette généalogie des courants artistiques, apparaît à la marge.
Pourtant, si nous sommes convaincus que Claude Monet ne peut pas être exclu du champ sériel, c’est parce que ses séries ne sont pas de simples suites de compositions analogues ou marquées par un vague trait commun.
Ce qui motive la série monétique, c’est la lumière. Ses infinies variations qui rendent impossibles la captation de l’image, dans un temps t zéro figé.
Les séries de Monet sont une chasse à la lumière. On n’entrera pas dans le détail ici mais il est clair que la lumière dévore le tableau chez Monet. Et cette dévoration de la composition par la lumière, nous y voyons l’action de la série, ce qui explique qu’il ait pu insister sur le fait que "Les nymphéas" sont une "série de paysages d’eau".
D’eau, pas de lumière. Claude Monet était doté d’un sens de l’humour avéré.
Cette sérialité est toute sensible, à l’opposé de ce qu’on décrit généralement à propos du sérialisme. On oublie alors que Webern et Schoenberg, pratiquement au même moment, se disputaient la paternité non du sérialisme, mais d’une notion restée peut-être trop dans les marges : la "mélodie de la couleur des sons" (Klangfarbenmelodie).
Nous sommes dans les toutes premières années du XXe siècle. Nos compositeurs n’en sont pas encore à vouloir établir des règles, bien au contraire. Ils sont dans l’expression. Et la "trouvaille" de notre sainte trinité viennoise, ce n’est pas la série. C’est la couleur des sons.
On n’est pas chez Messaien. Ni Schoenberg ni Webern ne font leur "a noir, etc." Ils constatent surtout que le silence permet d’entendre ce que le son a à montrer.
Webern a dépassé son maître, on le sait. Rien n’illustre mieux la "mélodie de la couleur des sons" que les esquisses de Webern, dont la sensibilité a pu être très proche, à ce moment, de celle de Monet.
Mais l’adjectif "sériel" n’existait pas dans le monde de la musique d’alors. Et dans l’art, pas plus. Monet et Webern ne se sont vraisemblablement jamais rencontrés. Peut-être même, s’ils s’étaient rencontrés, qu’ils n’auraient rien eu à se dire.
Peu importe. On ne va pas faire de manières.
Si l’on revient à la démarche d’après-guerre, celle qui a été inspirée moins par Webern (devenu une sorte d’icône) que par les Boulez, Stpckhausen, Maderna, Berio, Barraqué, Pousseur, Nono, etc. il est clair que l’attention à la lumière en tant qu’expérience subjective n’est plus d’actualité.
Jesus Rafael Soto ou Don Judd sont des spécialistes de la lumière. C’est très différent de l’histoire du gars qui va tous les jours devant sa meule de foin parce qu’il sait qu’à chaque instant du jour, une lumière différente se pose sur sa meule de foin.
C’est pourquoi on ne peut résolument pas se contenter d’un artefact du type : "Monet est le premier peintre sériel". Et il y a encore d’autres aspects qu’on ne peut pas aborder ici parce qu’on est sur Facebook, tout de même.
On en reparlera, c’est sûr.
Parce que ce sont des choses qui ne peuvent pas ne pas revenir. C’est le principe sériel.
On n’en sort pas.

 

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