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Chanson d’Ochoa - 2 (Cancionero español)
Il faut dire que Ramirez...

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 Article publié le 13 juillet 2006.

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Il faut dire que Ramirez, Serafín Antonio Muñoz
Ramirez, fils légitime et frère infidèle, le Ramirez,
- Il faut dire que Ramirez n’a pas de cervelle.

Il a beau parler de celle des autres, en mal,
Pour la faire voler en éclats au coup de feu
De ses expéditions canoniques chez les autres,

Il a beau tremper son porte-plume dans l’encrier
Et rédiger la chronique véridique de ses contemporains
Les moins chanceux et les plus discutables,

Il a beau se tenir propre et veiller au regard
Des femmes qu’il ne possèdent pas même
Quand il tente de marchander leur délinquance,

Il a beau posséder les biens de l’homme établi
Dans la société qu’il a le devoir de maintenir
Au niveau de la simple relation marchande

Et des principes qui établissent les fondements
Des contrats - Ramirez est tout de qu’il y a
D’imbécile, d’archaïque, de demeuré et d’inférieur

En amour à tous ceux qu’il jette en prison à grands
Coup dans le dos. Ramirez s’en prend aux entrejambes,
Ne ménageant pas la couille ni le clitoris, instituant

La raclée comme moyen de pression et de justice.
Ses collègues redoutent le témoignage des murs
Mais leur silence laisse faire Ramirez qui tire

Des coups de feu sur les mouches au-dessus
De votre tête de petit voyou ou de grande bête.
Voyou, il l’est lui-même dans un certain sens,

Et bête, il ne fait pas honneur aux animaux.
C’est un homme de droite, un ennemi de l’art,
Un soldat de Dieu, un antirépublicain, un saint.

La cervelle des mouches est peu de chose, il faut
En convenir avec lui sous peine de soupçon.
Il ne fait pas bon être soupçonné par Ramirez,

Même si on est un compagnon de route, même
Le Chef se méfie de cette grandeur qui fait les hommes
D’État et les grands généraux quand l’occasion

Se présente. Certes Ramirez n’a jamais tué personne
Et personne ne peut se vanter de lui avoir fait peur.
On signale quelques blessures profondes, une possible

Mutilation d’un principe fondamental de l’esprit,
Et la ruine de quelques connaissances indispensables
Chez les victimes de son zèle. Rien de bien grave

Il faut en convenir. On a beau aimer l’existence,
On a beau se tuer à faire des enfants aux femmes,
Et les femmes ont beau demeurer des femmes dignes

De ce nom, il n’est pas facile d’écouter les cris
De cette Espagne qui joue à la Démocratie comme
Elle a joué avec l’assassinat de son passé ou pire

Avec les différences de race et de convictions.
Si l’on n’est que le fruit sur l’arbre, si l’été
De l’existence ne promet rien de bien facile

Ni de réjouissant au moins une fois l’an, si l’enfant
Est porté et veillé parce qu’il n’y a pas d’autre explication,
Si l’attente est remplacée par les travaux et les travaux

Par une automobile et un appartement, si les études
Des enfants se limitent à l’apprentissage d’un métier
Qui représente une nette amélioration des conditions

D’existence, si toutes ces conditions sont réunies,
Et elles ne le sont jamais qu’imparfaitement, alors
Ramirez est un homme juste et sincère et sa chanson

Ne contient que la semence des futures nations, sorte
D’Islam que la Chrétienté réduite à néant par les rois
D’Europe appelle quelquefois de ses voeux parce que

Quand on est pauvre on se sent des affinités avec la religion
Et on n’est pas dupe des rois ni des princes du capital,
On sait parfaitement que Ramirez est un serviteur

Et que moins on a affaire à lui et à ses principes,
Mieux on se porte du côté de la tranquillité et même
Du Bien sans quoi la vie n’est que la litanie

Du Mal et de la Misère, croissance maîtrisée là-haut.
Toute société, qu’elle soit établie en nation ou en horde,
Trouve son équilibre dans l’eau : pn - pm = ρgh.

Mais il faut aussi compter avec la profondeur, celle
Des idées qui forment le lit de la volonté, comme en France
Et aux États-Unis d’Amérique par exemple, valeurs

Héritées et non pas admises par pure spéculation
Touristique. La Démocratie ne créera aucune autre
Démocratie, elle inspirera des imitations et il faudra

S’en contenter. Mais après combien de combats livrés
À la foi et à ses redoutables théories du savoir et de l’art ?
Ramirez ne sait pas que l’Espagne est une imitation

Et il doute que l’Arabie en devienne une tôt ou tard
Dans les mêmes conditions d’Histoire et de raison.
Il établit que la race est un principe qui explique

Les comportements, par exemple la duplicité
De l’Oriental et la vigueur au combat de l’Occidental.
Jamais il ne lui viendrait à l’idée que l’Espagne

N’est pas un pays occidental. Il sait que son sang
Est impur et lutte contre cette salissure de l’Histoire
Avec une cruauté de femelle qui ne veut pas sevrer

Ses petits. Il faut dire que Ramirez n’a pas de cervelle.
Il a beau s’échiner à démontrer le contraire, il est bête
Et asocial, dangereux et lâche jusqu’à la trahison,

Sa main tremble de retourner au garrot, mais il y pense
Quand il voit ces peuples d’Afrique traverser son territoire.
L’Afrique parle du Mal et de la Misère ici même

Avec l’accent de la vérité et il n’y a pas un seul écrit
Soi-disant sacré pour dire le contraire. Ce n’est pas
Le monde de Ramirez qui s’écroule, c’est le destin

Des hordes d’alimenter les démocraties. Ramirez a beau
Ne posséder qu’une cervelle d’idiot congénital,
Il comprend que plus rien ne changera, que tout s’est joué

Et qu’il ne reste plus qu’à souhaiter que les grandes nations
De ce monde sautent sur leur arsenal atomique ou que Dieu
Ouvre la terre sous leurs pieds. Cette idée de l’abîme

Destiné à changer le monde ravit quelquefois Ramirez
Qui ne la trouve pas bête, au contraire. Il regarde les Noirs
Et les Maures passer devant le Cuartel et il se dit

Que l’Espagne est le juste milieu. - Dieu, ouvrez la terre
Et que les grandes nations soient anéanties par la catastrophe
Et que l’Afrique disparaisse aussi, et l’Amérique des Indiens,

Et la Chine et l’Inde des Atlantes. L’Espagne est le berceau
Du monde. Nous avons attendu trop longtemps. L’enfant
Demande à courir de ses propres jambes. Dieu ! N’attends

Plus le dernier moment pour décider de notre sort. Choisis
Avec nous, hurle Ramirez devant son miroir. Mais la solitude
De sa chambre ne renonce pas aux femmes et il téléphone

À Clara qui s’y connaît. Il n’y a rien comme une femme
Pour donner à l’homme le sentiment qu’il comprend tout
Ce que la terre et l’existence lui disent du matin au soir

Et du soir au matin, alors que derrière les barreaux, fers
À béton peints en vert criard, on se plaint mollement
De la promiscuité et du peu de chance de ne pas recommencer.

Ramirez attend la femme. La nuit s’achève dans la lumière,
C’est son destin de non-objet. La nuit eût été un objet,
Il l’aurait prise dans ses mains pour lui demander son nom.

Mais la nuit est une disposition de l’Univers en expansion,
Et Ramirez ne le sait pas. Il a beau ne pas avoir de cervelle,
Et on a beau se priver de le lui dire pour l’offenser d’abord

Et pour que la vérité soit, le jour est une promesse
Que personne ne tiendra. Don Felix Gálvez Bonachera
Arrive avec la patrouille qui ramène Thomas Folle

Et Ochoa qu’on prend pour le Christ. Ramirez ouvre
Deux cellules contigües et attend. Don Felix est moins
Bête que lui, il le sait et ça le rend fou de jalousie.

 

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