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Chanson d’Ochoa - 2 (Cancionero español)
L’Homme salua les ravaudeurs...

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 Article publié le 13 juillet 2006.

oOo

L’Homme salua les ravaudeurs et descendit sur la plage.
Comme il s’éloignait, on se demanda s’il reviendrait.
Don Felix était à la fenêtre de sa maison d’été, lointain

Lui aussi. Doña Pilar le harcelait. De temps en temps,
Le visage de la douairière apparaissait sur son épaule,
Mouette tragique des attentes. - Tu ne peux pas

Le laisser partir ! Pourquoi les ravaudeurs semblent-ils
Si lents au travail ? Pas une femme parmi eux. Qui sont
Les femmes des ravaudeurs ? Pas un enfant. Le ciel

Blanc des questions à l’univers. Don Felix buvait
Un dé d’alcool accompagné d’un café brûlant.
- Tu ne peux pas le laisser s’enfuir sans explications !

L’Homme sortait de chez Constance qui l’avait
Accueilli ou qui s’en était servi pour satisfaire
Un instinct que don Felix connaissait trop bien.

Il ne retournait pas à ses montagnes. Il allait
Vers le Nord, suivant le fil de l’eau. Encore
Dix minutes et on ne le verrait plus. - Ça

Ne peut pas se terminer comme ça ! cria
Doña Pilar que côtoyait Gisèle et la Flores
Qui se rongeait les ongles pensivement.

Doña Cecilia aimait l’alcool et ne cachait pas
Son penchant pour l’éréthisme matinal, croyant
Ainsi en imposer à la douleur et à l’angoisse

Si légitime chez cette amante possessive.
Croire maintenant que don Felix a le pouvoir
De contraindre un homme à demeurer parmi

Eux relève de la folie des femmes. Il lève
Le coude et doña Pilar remplit encore le dé
D’argent qui porte le signe de la langue

En hébreux soigneusement ciselé depuis
Des siècles consacrés à résister à la disparition
Du sang des Gálvez. Le visage du magistrat

S’empourpre sous la pression du sang. L’Homme
Reviendra si c’est ce qu’il veut, sinon il faudra
Se résoudre à des hypothèses en espérant clairement

Qu’elles deviendront des principes de la nouvelle
Foi. Doña Cecilia frémit en entendant ces mots
Prononcés par un homme qui n’aime pas la femme

Pour ce qu’elle est. Il aime l’homme pour ce qu’il devient
À force d’espérance. Don Alfonso ricane dans le même
Alcool. Un miroir trahit l’obliquité de sa tête, oblique

Lui aussi le miroir, comme tout ce qui habite ces lieux.
Doña Pilar essuie la sueur de ses joues. - C’est
Inadmissible ! dit-elle et les ricanements se propagent

Comme les nouvelles bonnes ou mauvaises que colporte
Le vent. L’homme frappe l’eau avec un bâton, vous
Voyez ? Vous voyez comme il est tranquille ? - Si

C’était lui, dit doña Cecilia, je le saurais. Et la haine
Revient sur son visage noir, presque obscur à force
De ressemblances. - Encore un petit verre, propose

Gisèle en tendant le sien. Il y a deux stigmates rouges
Sur ses joues, suçons des prédateurs. Elle boit l’alcool
Avec une précipitation de chatte nourricière. - Constance

Ne viendra pas, dit-elle. Elle dit que ce n’est pas le même
Homme. Elle dit que c’est l’Homme. Elle dit qu’elle
Ne couche pas avec n’importe qui. À son âge on ne

Couche pas avec le premier venu. On couche avec de
Vieilles connaissances. Que sait-elle que nous ne savons
Pas ? - Ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas Ochoa !

Grogne doña Cecilia. Je connais cet homme comme si
J’étais sa mère. Nous le tuerons un jour, don Felix,
Et nous serons garrotés sur la place publique, lui et

Moi, Cayetano et moi garrottés sur la place devant
Ce monde qui ne reconnaît pas ses saints quand
Ils s’annoncent si clairement, n’est-ce pas, Pilar ?

- Quelle confusion ! soupire Françoise qui arrive
À peine. J’étais la proie de la rue (vous me connaissez)
Quand il est apparu, avec sa couverture et son walkman.

La Clara, que nous connaissons tous, l’a reçu sur le seuil
De sa maison. J’ai téléphoné d’une cabine. J’ai crié
Dans le téléphone, en vain ! Cristus ! Cristus ! Tu es

La croix que nous portons ! Tu es l’enfant de la douleur
Et du crime ! Nous t’aimons comme hypothèse de travail.
La Clara m’a ri au nez, si je puis m’exprimer ainsi !

Son lait d’ânesse achevé, il a repris son chemin
Et je l’ai suivi, voyant la Clara rentrer dans sa niche
De statue. J’ai suivi l’homme que nous aimons ensemble

Et je l’ai perdu parce que je ne le voyais pas. Comprenez
Ce que vous voulez, mais je ne suis pas folle !
Je suis cette femme qui perd la trace de l’homme

En chemin. Ne m’en voulez pas et traitez-moi de folle
Si vous voulez à tout prix que je sois cette femme.
Un petit verre d’alcool me fera du bien. Merci !

- Mais cet homme, doña Pilar, cet homme que vous
Voyez mieux que nous, cet homme qui revient chaque
Fois que vous apparaissez, qui est-il ? Question de

Journaliste. - Si Ochoa est le Christ, glousse doña
Cecilia, que je sois damnée ! Des cristaux de sucre
Miroitent sur ses lèvres. Je tuerai Ochoa de mes

Propres mains de Cayetano ! Vous verrez comme
Je saurais m’arrêter de respirer sans votre garrot,
Don felix Gálvez Bonachera ! Comment osez-vous

Rompre ces larynx sans demander l’explication ?
Je vous haïrais si vous n’étiez pas mon juge !
Non, non ! dit Françoise, c’était le même homme

Mais ce n’était pas le même instant de bonheur.
Le temps est une facilité de langage, comme
Ces politesses qu’on cultive dans notre sein

Pour ne pas déranger l’ordre des jours qui pourtant
N’en ont pas. - Ravaudeurs ! Ravaudez ! On ne
Vous demande rien. Soyez les virgules des filets

Et que les filets soient le texte de vos poissons !
Dit Gisèle qui se souvient d’avoir été poètesse.
J’ai été ce que j’étais et je suis devenue ce qu’il sait.

-Tel est notre destin, soupire la Flores. Don Alfonso !
Méfiez-vous des miroirs ! La science s’y dénature.
Mais don Alfonso Gálvez Hoffman ne sait pas

Se débarrasser des miroirs qui envahissent l’envers
De son existence de chercheur et de praticien.
Don Guillén arrivait avec monsieur de St-Pé.

Je l’ai vu, dit Françoise Garnier. Je sortais de chez
Moi. Et elle raconta comment le téléphone avait donné
Son lait au sein du Christ que Clara poursuivait

Pour lui arracher son pompon. Monsieur de St-Pé
Baisa cette main et tendit la sienne aux autres.
Il est entré chez Pierre, dit-il, sachant très bien

Que la nouvelle était attendue. Comment ne pas
Entrer chez Pierre ? Les camés dormaient d’un
Seul sommeil, couchés sur le sable, enfants de la

Nuit. Chez Pierre, on ne pose pas de question.
Il fait entrer l’étranger et ne lui demande rien.
Il sert un vin de son pays, un vin noir comme la

Nuit, un vin capiteux et long en bouche, comme un
Jour sans pain, sans désir, sans rien. Un vin joyeux
Que les camés réclament et qu’il leur refuse, Pilar !

Espèce de reconnaissance. Espèce rituelle. Sans vin,
Nos verres sont vides et notre esprit s’éloigne de la
Chair. Pilar ! Cet homme ne nous reconnaît pas !

Libérez Thomas Folle ! Libérez Thomas Folle !
Mais Cayetano passa dans la rue, porteur d’espoir,
Et doña Cecilia sombra dans l’inconscience, Pilar !

 

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