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Chanson d’Ochoa - 2 (Cancionero español)
Moins de poésie...

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 Article publié le 13 juillet 2006.

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Chant dix-sept

Chant des femmes

 

 

Moins de poésie dans la piscine rose et bleue
De tes attentes, moins de mots pour l’évidence
D’un instant à vivre avec les autres sans risquer

De paraître moins fortuné. Tu t’abandonnais
Au regard comme l’insecte s’immobilise
Pour changer de couleur. La femme qui t’hébergeait

Ne dormait pas. Première nuit. Tu avais passé
La journée avec la poésie des décorations murales
Et le soleil t’avait inspiré les mots d’un temps

Dont elle ne savait rien. Et tu jouissais de le savoir,
N’ayant même pas la douceur à répandre mollement
Dans ses cheveux. À la fenêtre le monde

Ne changeait pas, ni dans la télévision. Le monde
Renvoyait un reflet à ton attente. Un monde noir
De monde et tu n’étais jamais allé à sa rencontre.

On ne te voyait plus depuis trois heures. C’est long,
Trois heures sans Ochoa, long pour doña Pilar
Qui réclame sa pâté de Christ en croix, long pour Raïssa

Qui connaît l’Ochoa descendu des montagnes.
Constance dort le long de toi-même, agitée
D’un troisième Ochoa qui témoigne de ta multiplicité

Par sept, soyons cabalistiques de temps en temps
Quand il est question de ton existence de patachon
Au service d’une poésie de l’étroit et du fond.

Les autres, elles envient celles qui te connaissent,
Ou plutôt celles qui te reconnaissent dans la foule
Des passants qui voyagent au fil d’une imagination

Traversée de désirs et de réminiscences. Doña Flores
Ne sait rien de l’homme qui l’attend. Gisèle de Vermort
En sait trop sur celui qui conçoit ses enfants.

Françoise s’arrête au milieu des idées. Sept femmes
Ce n’est pas trop pour un seul homme qu’elles multiplient
Par sept fois l’infini. Rien à dire de cet homme possible.

Tu hantes les théâtres de l’attente rose de l’ombre,
Couché dans le lit ou dans l’herbe, sous l’olivier
Ou sous le plafond qui s’interpose de blanc.

Nous étions sept femmes parmi les autres
Et aucune ne nous arrivait à la cheville
Question multiplication des petits pains

De notre croissance géométrique tendancieuse.
Ne nous rappelle pas que tu as existé avant d’exister.
Ne nous parle pas de ces vies existentielles, tais-toi !

Le rideau indiquait l’après-midi. Tu te fies à des ombres
Chaque fois qu’il t’arrive d’aimer pour le plaisir.
Le dallage démontrait la turgescence viscérale.

Un corps ne te suffit pas et la possession
Ne garantit pas ta croissance de personnage tangent
Au cercle qu’elles veulent former pour te connaître.

Tu lances à l’air brûlant de leur poitrine que tu ne crains pas
Les couteaux ! Tu ne crains que l’instant,
Pas même une seconde qui menace d’échapper

À ta vigilance de langue de caméléon posée
Sur la branche avec les autres suppositions.
Un couteau dénoncerait celle que tu ne combles pas.

La télévision coupe le champ de ta vision, tremblante
Comme une feuille d’automne. La télécommande
Change les couleurs, pas le contenu. Ne reste pas là !

Nous ne sommes pas seuls, dis-tu à celle qui ne dort pas,
Comme tu ne dis rien à celle qui vient de s’endormir
Parmi les caresses fleurs de l’hiver et de la déraison.

Même la cigarette ne change rien aux images du monde
Qui atteignent ta mémoire d’homme sans existence.
Une immobilité est nécessaire aux âmes voyageuses,

Non pas un semblant d’hiératisme qui te va comme un gant
Chaque fois que tu franchis les seuils des églises
Ou que ta rencontre avec l’étranger t’inspire

Des imitations spécieuses. L’immobilité dont je parle
N’est pas non plus celle de l’insecte qui n’attend rien.
Une fleur donnerait une idée de ce que tu peux être

Quand tu n’es plus. Ochoa ! - Je n’attends plus rien de toi.
Elle ne dort pas aussi facilement qu’une dormeuse.
Elle dormirait si tu la peignais, mais tu ne sais pas

Peindre. Il y a tant de choses que tu devrais savoir
Faire. Et rien que tu ne sais inventer pour exister
À la surface de leur reconnaissance, rien de sérieux

En tout cas. Non, ce n’est rien, cet ébruitement du réel,
Ces notations constantes qui cisaillent les plans. Rien
N’est plus inutile que cette beauté et tu le sais

Pertinemment. - Veux-tu que je veuille moi aussi ?
Tu souris aux questions et les réponses te détruisent
Comme si elles étaient le mensonge et la vérité

À la fois. Il vaudrait mieux ne pas retrouver son chemin
Dans ces conditions d’existence qui ne valent pas
Tripette si on les compare à l’exubérance des forêts

Que ton cœur traverse comme dans une qasida,
Entre l’aube et le soir, en pleine lumière,
Alors qu’elle attend de toi la nuit et la mémoire.

Soupire comme le Maure qui connaissait la beauté
Et que la religion interdisait au monde qui la possède.
Une larme n’est plus possible compte tenu de ta dureté

De diamant. Cependant elle roule sur son épaule
Et elle croit que tu pleures. Elle croirait le monde
Si la télévision en savait plus sur les hommes

Qui le créent et l’anéantissent savamment. Maintenant
Les mouches ! - Tu m’agaces ! Mais ce n’est que le sommeil
Qui parle à la place de l’existence. C’est une mouche,

Chérie. Et ce n’est pas une larme, ou si c’en est une,
Il ne s’est rien passé. Dors. Nous reviendrons chaque année
Pour recommencer. Nous aurons des années pour exister.

Tu préfères la nuit et je te donne le jour, entre l’aubade
Et la sérénade, entre le départ et le retour, ces jours
Qui n’en finissent pas de m’inspirer comme si je me trompais

De sens. Invariablement nue malgré les apparences,
Elle critique le temps et se soumet à tes espaces.
Elle sait exactement ce que tu possèdes, et tu le sais.

Dehors, le Christ engage la conversation avec l’homme.
Raïssa écoute doña Pilar que l’attente rend folle
De désespoir. Qui possédons-nous si l’homme

N’est pas l’homme que nous croyons ? L’enfant
Qui descend de la Croix-parce qu’il ne peut pas descendre
De l’homme ? (plaisanterie de don Alfonso Gálvez Hoffman)

L’homme qui fait des enfants aux adolescentes
De son existence ? Ou l’étranger qui couche avec
Les étrangères ? Ah ! Ah ! Ah ! rit Mescal à sa fenêtre.

Tu ne déchaîneras pas mon sperme ! Je le contiens
Depuis toujours ! Le rideau de Mescal n’en témoigne pas,
La fenêtre demeure la preuve de son existence de témoin.

Mais la télé n’est pas le meilleur moyen de nourrir
L’espérance. Constance voit un homme qui se lève
Dans son propre lit pour décoller la mouche écrasée

Au plafond. - Je croyais qu’on pouvait dormir
Et ne plus être seule, dit-elle en étirant ses jambes
Aux doigts si fins qu’il se met à les aimer comme

Si elle ne lui appartenait pas déjà. - Tu viendras,
Dit-elle, et tu me prendras, si c’est ce que tu veux.
Mais je ne m’éveillerai jamais de ce sommeil

Que je dois à l’homme comme l’homme m’est dû.
La mouche s’envole et rejoint les autres dans le rideau.
- Je croyais l’avoir... dit-il dans son oreille prête

À toutes les aventures de l’homme pourvu qu’il en parle
Comme il écrit. La larme goutte à la tangente
De sa chair pliée. Elle ne retrouve pas le sommeil

Et il ne s’en défend pas. Au contraire, il l’aime
Comme l’asphodèle des chemins et l’orage
Des rivières. Il n’y a pas de femme qui tienne.

 

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