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Antipodes poétiques (5) - poètes brésiliens traduits par François Olègue
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 Article publié le 24 juillet 2016.

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Marcio Catunda

 

LES ASTRES

 

 

C’est des astres qu’émane l’esprit du temps.

Immobiles, ils volent comme l’arome des brumes,

comme des poissons phosphorescents ou des myosotis,

cet essaim qui récolte le miel lumineux !

Dans la ruche céleste, ces frères du vent

font le souffle des origines.

Et la sensation d’évanescence occulte

l’intuition de ces perles glacées.

Provenant du vide abstrait de l’air,

ils transportent l’intime trésor de la nuit.

Respirons la clarté que les astres inventent !

 

 

 

Gustavo de Castro

 

COMME JE NE PARLE PAS CHINOIS...

 

 

Comme je ne parle pas chinois, ni allemand, ni même anglais,

je ne puis comprendre aucune version du monde,

car la Langue parle seulement son idiome.

 

Mais la Langue dit que tout est traduisible : chien,

chat et océan. La lune, c’est « the moon » ; « a hand », c’est une main ;

et « Bildung » veut dire la formation.

 

Sans parler cet idiome de la Langue,

je ne comprends pas sa version du monde.

Rien ne prend, pourtant, de formes congruentes

si ce n’est par le biais de la Traduction,

sa vieille amante.

 

Mot sur mot :

son, sens ou respiration ?

Bref, rien n’est égal, mais tout revient au même ;

ce qui change, c’est la version.

 

Qu’a-t-on donc à faire pour qu’on voie,

dans la même chose, une autre chose, si tout mot en soi

n’est rien d’autre qu’une bifurcation ?

 

 

 

Ronaldo Cagiano

 

EXILS

 

 

La ville se perd dans ses labyrinthes à elle :

un fleuve plein d’animaux difformes

coule précipité dans ses galeries de pierre et d’asphalte.

 

Les hommes n’ont plus de place, eux.

Anonymes comme le sable du sablier,

nous glissons sur la pente de nos besognes

en quête de Pasargades, notre cité utopique.

 

La métropole attend l’inconnu,

à l’instar d’un ventre,

et dans l’intangible géométrie de sa solitude

naissent des cathédrales d’absences.

 

L’horloge à eau dissidente

ne reconnaît pas le temps, cette matière diffuse

qui me guette dans toutes les nécropoles

au lieu de m’éloigner des pénates des vermisseaux.

 

Aujourd’hui, je ne puis aller au Père-Lachaise

pour rendre hommage à la sépulture de Baudelaire...

 

Je me borne donc

à oraliser,

dans le vieux cimetière de Leopoldina,

quelques vers d’Augusto dos Anjos*,

si lugubres dans l’ancestrale opulence

de leurs vérités.

 

 


* Augusto dos Anjos (1884-1914) : illustre poète brésilien, mort et inhumé dans la petite ville de Leopoldina, située à l’est du Brésil, où il avait passé les dernières années de sa vie.

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