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AUTOMATISME
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 Article publié le 13 mars 2016.

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Idéalement, l’écriture automatique laisse de côté le « moi » volontaire. C’est une réalisation concrète du principe rimbaldien,

« Je est un autre ! il n’en va pas de sa faute si le cuivre se fait cor, etc. »

Initialement, c’est un moyen d’accession à la surréalité, le meilleur (dans le premier Manifeste du surréalisme, par exemple).

L’écriture automatique a deux incidences sur l’écriture poétique : d’une part, disons-le un peu trivialement, elle offre des cas de beauté inouïs, bien souvent isolés mais que d’autres techniques n’auraient pas permis de mettre au jour. D’autre part, elle ouvre un dialogue avec la partie inconsciente de son rapport à l’écriture. Mais l’écriture automatique ne saurait être perçue comme une fin en soi. Pour les surréalistes, elle est un moyen d’accession à la surréalité. Ramenée à la littérature, elle est un procédé, un moyen. Dans l’univers sériel qui distingue nettement matériau et structure, elle est un matériau.

Elle dérive culturellement de l’inspiration et de ce qu’y ont placé les romantiques avant eux. Il n’y a pas de différence fondamentale entre un texte écrit fougueusement par un romantique et un texte automatique, comme le décrit André Breton, si ce n’est l’injonction de non-interruption du flux verbal dans l’expérience de l’automatisme.

Pour André Breton, l’automatisme participe de la définition même du surréalisme, qu’il définit ainsi :

Automatisme psychique pur par lequel on se propose d’exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée. Dictée de la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.

A. Breton, MdS, p.37

Cette tendance à idéaliser l’écriture automatique, on ne la trouvera ni chez René Char ni chez Antonin Artaud, à qui pourtant cette pratique n’est pas étrangère mais qui réaffirment, chacun à sa façon, la nécessité d’une élaboration consciente du poème (même si, chez Artaud, cette affirmation concerne plus directement le théâtre).

Dans Le Marteau sans maître, dont le titre même fait écho non dénué d’ironie à la pratique de l’écriture automatique, René Char essaie avec beaucoup de méthode les différents aspects du surréalisme : l’acte érotique devient le moteur d’une révolution mentale, la même qui passe par l’automatisme vécu comme une « libération du sens ».

Ce ne sont pas les « mots en liberté », qu’on mettait dans un chapeau pour les jeter sur la table dans le désordre, c’est tout ce qui permet de toucher à l’expérience révolutionnaire du dépassement de la réalité. Le cœur de l’expérience n’est pas l’automatisme : c’est la rencontre.

L’automatisme est un moyen de lever les barrières de la conscience pour permettre l’expression de ce qui, incompréhensible, sort pourtant bien de soi, d’un autre soi qui a une voix spécifique qu’il s’agirait d’entendre : on l’est et on ne l’est pas. Le rêve, l’automatisme, sont des moyens privilégiés d’ouvrir une sorte de dialogue. Ils constituent donc une sorte de matériau brut, qui comme tout matériau brut a ses charmes irréguliers et abrupts.

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