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 Article publié le 14 février 2016.

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L’infini des possibles m’importe peu, quand bien même je saurais les envisager tous. M’emporte plutôt un élan contraire, né sans doute d’une contrariété ancienne que je ne discerne pas. Peut-être la nécessité de vivre sans amour inconditionnel. Une vieille blessure qui a fini par guérir à force de patience.

Vivre dans les contradictions, se sentir seul et proches d’êtres aimés, cette sensation dénuée de sentimentalisme, voilà, en somme, et pour n’en jamais sortir, l’expérience du poème pour moi.

Plus grand que moi, le poème cherche à dire la grandeur qui t’excède toi aussi, femme de mes rêves. C’est dans ces deux ordres de grandeur que l’asymptote de la vie à la mort trouve à se délivrer le temps d’écrire.

Le temps de vivre entretient cette sensation, la nourrit constamment, comme si la mort, goutte à goutte, infusait dans la vie sa note miellée, exacerbant ainsi l’amertume de vivre.

Heureuse amertume qui compose avec l’aridité des temps, la sécheresse des vœux, l’élan du cœur et l’âpre jouissance, composant ainsi un bouquet jamais cueilli, présent seulement dans les yeux que je prête au vent.

Le poème réconcilie le malheur avec lui-même, faisant du corps éperdu un palimpseste de blessures mal cicatrisées qui purulent dans la mémoire des autres.

Cela étant. Sans étalage, sans ostentation.

L’ivresse ressentie à te faire l’amour n’en finit pas de drainer les marécages dont je ne suis pas issu. Follet, j’emprunte au temps sa folie douce. J’y scelle mon empreinte, sans fuir le désastre annoncé qui ne viendra pas. La fuite alors est immobile, la vie bouillonnante.

Car enfin, amère amante, amande douce, et violoncelle ou mandoline de mon enfance, vous savez bien ce qu’il en est dans le poème qui excède. Je suis des vôtres, vous savez bien. Le ressentiment n’a jamais eu prise sur moi, encore moins la haine ou le mépris, je prends trop au sérieux la moindre vibration d’existence.

Ainsi la parole libérée n’est pas délibérée. Elle jaillit. Elle a le temps pour elle. Elle engendre des fils et des filles qui essaiment dans la vie des autres.

Le poète pollinise, Imke, tu le sais.

N’en prends pas ombrage, vole de fleur en fleur, comme tu sais si bien le faire depuis la nuit des temps. Le miel de tes chants rassérène les mécontents. Ainsi des poèmes en fleur qui fleurissent dans tes parages.

Je dis l’alliance et le ferme et le lointain.

Tes seins, ce matin, embaumaient dans la paume de ma main.

Un arbre pousse son avantage dans l’espace secret, en fleurs bientôt. Ses racines plongent profondément en toi, ne cessent de creuser l’espace intérieur qui te sépare encore de toi.

C’est dans cette séparation d’avec toi-même qu’agit le poème en fleur qui dit l’espace infini.

Je suis la flèche et l’arc tendu au moment de lancer le trait qui t’atteint. Le poème de ton corps en voyage, voilà l’élan premier et dernier qui réconcilie.

Le temps des larmes brûle dans la fontaine indocile. Un temps autre ouvre sur lui-même.

Fenêtres, ces yeux de la maison qui ne regardent jamais en dedans.

Elle, nue, amène la puissance de son nom avec elle.

Prends-moi dans tes bras, amie des iles.

Emmène-moi dans la forêt que tu aimes, et courons nus jusqu’à la plus proche clairière, si tu veux bien.

Y bâtir une demeure de lumière amoureuse des hautes herbes, tu aimerais ?

La maison dans les bois est la plus émouvante. Dans l’âtre endormi veillent les flammes jumelles.

Jean-Michel Guyot
7 février 2016

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