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État d'urgence constitutionnel et des poussières
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 Article publié le 17 janvier 2016.

oOo

L’autre jour
— un jour comme celui-ci —
Un juge me dit, m’assure, m’inculque
Que les serviteurs de l’État,
Ses frères en compromission
Républicaine,
Veulent maintenant se passer des juges
Et mettre sur pied
Une nouvelle société française
Fondée sur la compétence
Et l’efficacité policière.
Un État d’urgence.

Je le crois.
Mais pourquoi
Ne démissionne-t-il pas ?
Pourquoi continue-t-il
De servir l’État
Qui le paye ?

— Ah mais c’est parce que,
Me dit-il à la télé,
Parce que je défends
La veuve et son enfant,
Le poète et les morts,
Le chômeur, la terre et le ciel.
Etc.
Je défends
Tout ce qui ne va pas bien.
Mais je vous préviens,
Sans quitter ma place
Chèrement acquise,
Que les serviteurs de l’État
Complotent contre ceux
Qui ont besoin des juges
Pour ne pas devenir les victimes
Des policiers, des matons, des bourreaux
Qui gagnent aussi leurs vies
Mais sans défendre personne
A part leurs pairs,
Les politiques et les bandits.

— Mais enfin monsieur !
Démissionnez !
Allez vous battre aux côtés
De ceux qui se défendent
Hors des sentiers battus
De la justice et de son ministère !
Je vous trouve, monsieur,
Une bien mauvaise langue
Et une conscience en porte-à-faux.

— Vous ne comprenez rien,
Monsieur qui ne savez rien
Des procédures et des usages !
Moi je sais et je vous dis
Que l’État qui me paye
Et me récompense souvent
Est en train de devenir
Insupportable !
In-su-ppor-ta-ble !

— Dans ce cas renoncez
Aux avantages de votre fonction.
Ne prenez plus de vacances à mes frais.
Payez le taxi et le restaurant.
Payez les rames de papier,
Les CD, les stylos et les timbres.
On vous écoutera ensuite,
Monsieur le collaborateur…

Que n’avais-je pas dit !
Remettre sur le tapis
Une aussi vieille histoire.
A-t-on idée à notre époque
Qui réclame des preuves
De tout ce qu’on dit
Et même ne dit pas ?
Des preuves je n’en ai pas.
Vous en avez tellement nourri l’Histoire
Qu’il reste plus rien,
Pas même les os
Et les bouts de chair oubliés.

— Vous êtes tous pareils,
Dit le juge en me quittant
Cette fois définitivement.
Nous autres juges
Valons mieux que ces flics,
Ces politicards, ces bandits.
Mais nous avons des contraintes.
Et elles sont constitutionnelles.
Il faut les respecter.
On n’obtiendra rien
Si on ne les respecte pas.
D’ailleurs ce serait illégal.
Et ça,
Monsieur l’anarchiste de gauche,
Il n’en est pas question.

Je ne l’ai plus revu.
Il a peut-être changé de métier.
Que dis-je ?
Il en a changé certainement.
Nous n’avons plus de juges.
Nous n’avons que des policiers,
Des politiciens et des bandits.
Et nous
Nous ne sommes rien
Sans cette Constitution de malheur.

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