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 Article publié le 30 avril 2017.

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Je suis né dans la petite bourgeoisie. Je ne l’ai pas fait exprès. Je n’étais d’ailleurs pas informé, à l’époque, de la relation charnelle qui occupait l’esprit de mes parents biologiques. Je n’ai manqué de rien, pas même d’amour. Maman était une employée privilégiée de l’État, mais je ne connaissais que son côté maternel. Elle était issue d’un milieu plutôt aisé associant la responsabilité politique au profit commercial. Comme disait quelquefois mon père en plaisantant sous l’effet de son vin préféré, c’était un bon parti. Il n’avait pas à se plaindre lui-même. On enseignait dans sa branche familiale. Et au plus haut niveau. Et on avait des connaissances techniques bien utiles au fonctionnement de la société. Il était lui-même ingénieur, bien que peu satisfait de sa… réussite.

J’étais précédé d’une sœur et suivi d’un frère. Nous nous aimions aussi étroitement que nos âges étaient proches. Pourtant, Alice a échoué dans les bras d’un paresseux assez riche cependant pour lui assurer une bonne petite place à la radio. Quant à mon frère, il est mort il y a une semaine dans un attentat terroriste.

Pourquoi en dire plus ? Pour parler de moi. Certes, je ne suis pas à plaindre. Je travaille peu, je gagne bien et je m’amuse beaucoup sans cesser, la plupart du temps, de me cultiver aux sources les plus universelles qui soient, comme la musique qui est d’ailleurs ma seule passion. Il est vrai que je suis un musicien raté. Pas raté instrumentalement. Je joue. Enfin… je rejoue. Je n’ai pas encore trouvé mon style. Il y a tellement de style que je m’y perds. Mais j’ai pas mal d’amis, dans le genre Nouvelle vague, moralistes impitoyables et métaphysiciens à la page. Et je copie. On me voit changer régulièrement de coiffure.

Mon frère a été fusillé à dix mètres par une Kalachnikov ou une Zastava, le rapport de police n’est pas clair sur ce point. On nous a rendu un corps sans tête. Je n’ai pas voulu voir ça. Ça ne m’amuse plus. La culture telle que nous la pratiquons est un moyen de nous évader, de changer de monde en attendant que celui-ci devienne vivable sans conditions. Nous faisons aussi la guerre, mais pour ne pas y penser en dehors du jeu. Les uns sont devant leurs écrans, d’autres, dont je suis, s’activent sur le corps d’une guitare comme s’il s’agissait enfin d’une vraie femme. Nous n’en connaissons pas, si je réfléchis bien. Ces demi-bourgeoises nous ressemblent plutôt. J’ai souvent l’impression d’entrer dans un homme quand je suis avec Nelly. Elle se fait appeler Nelly. Appelez-moi Ted.

Je ne sais pas ce qu’ils ont dans la tête à la place du cerveau ces assassins qui nous décanillent comme si étions responsables de leurs malheurs. Chacun sa chance. Notre république est un beau pays si on en a. Ils n’en ont peut-être pas. Ils se mélangent à nous pour mieux nous connaître et frapper au bon endroit. La tête de mon petit frère a été emportée. Je vous dis qu’il n’en restait plus rien. Ce corps qu’on a enfermé dans le caveau familial a perdu son intégrité dans un combat qui n’en était pas un pour mon frère. Ni pour moi. Pourquoi irais-je me battre contre des gens que je ne comprends pas ?

La dépression nerveuse me guettait. J’ai consulté. Inutilement. J’avais besoin de vacances. J’emporterais ma guitare et mes cahiers. Nelly ne viendrait pas avec moi. J’en trouverais une autre. Ou je ne trouverais rien et j’en finirais avec ce monde comme le terrorisme a achevé mon frère. Je ne sais même pas ce qu’en pense ma sœur. On ne lui a pas tout dit.

J’ai fait ma valise. J’emprunterais sans permission la petite auto de Maman. Et comme je n’ai pas envie de me compliquer l’existence, j’utiliserais notre appartement familial au bord de la mer. Je n’ai eu aucune difficulté à obtenir un congé. De toute façon, je n’ai encore rien produit. On ne me retient pas. On me souhaite de me remettre. On m’offre même deux billets pour le prochain concert des French Bashers. Un pour Nelly et un pour moi.

Honnêtement, je ne pouvais pas priver Nelly de cette soirée sans doute mémorable, à peu près comme toutes les soirées qu’on passe à profiter des circonstances pour ne pas trop vieillir. Mais si je lui file les deux billets, elle n’ira pas seule. J’ai donc décidé d’en glisser un dans sa boîte aux lettres et de réfléchir à ce que je pouvais bien faire de l’autre. C’eût été dommage de le détruire. Or, tous mes amis en ont, de ces billets, soit qu’ils les aient achetés, soient que, par l’entremise du boulot, ils en ont perçus gratos. J’aime pas les poubelles. C’est ce que je chantais quand j’étais ado. Je voulais faire rimer poubelles avec elles. J’ai bien changé depuis. Enfin… je crois.

Je suis donc allé chez Nelly à une heure où j’étais certain de ne pas la rencontrer. J’ai attendu le facteur. Il a accepté de mettre mon enveloppe dans la boîte de Nelly. Je n’ai pas la clé pour entrer et quand je sonne, c’est Nelly qui m’ouvre. Or, comme je disais, elle n’était pas là et c’était ce que je souhaitais parce que je partais sans elle et sans la prévenir. Je ne prévenais personne, sachant que l’endroit où j’allais serait le premier où on me chercherait. On m’y trouverait peut-être mort…

Une heure plus tard, j’étais sur le périphérique. De là-haut, je voyais les quartiers semeurs de discorde. L’assassin de mon petit frère y avait passé toute sa vie avant de la perdre en actionnant le détonateur de sa ceinture, laquelle emporta d’autres têtes, des membres, des viscères puants et des os rouges et jaunes. Je savais de quoi je parlais. Mais je ne jouais plus. J’étais dans la réalité. Et j’allais m’y enfoncer jusqu’à suffocation. J’ai bifurqué à la prochaine sortie. Et me voilà traversant ces rues de poubelles et de façades grises. Je n’étais pas encore parti. Cette idée m’angoissait. Je ne partirais peut-être pas. Qu’est-ce que je venais chercher ici ?

Je n’y étais pas chez moi. Heureusement, la petite auto de Maman est du genre modeste. Tout le monde peut s’en acheter. Et j’étais fringué comme un routard, pas comme un petit bourgeois de Paris. À part mon regard angélique, rien ne trahissait ma nature.

Vous n’allez pas me croire, mais la nuit est tombée alors que j’étais encore en train d’explorer ce quartier pourri. On m’avait repéré. Je suis passé dans chaque rue des dizaines de fois. Sans jamais m’arrêter, sauf aux feux pour lesquels j’éprouve un respect presque filial. Je ne voulais pas d’ennui avec les autorités, mais j’en cherchais avec les autochtones. De plus, il fallait que je fasse le plein d’essence. Je me suis donc mis à la recherche d’une station-service. Et j’ai quitté ce quartier, seul dans la nuit et pas vraiment éloigné du logis familial. Que me réservait-elle, cette nuit ?

En fait, après avoir fait le plein, j’ai roulé vers le Sud. Je n’ai aucun souvenir de cette nuit. Au matin, je garai la voiture au pied de l’immeuble chic dont quelques balcons étaient éclairés. J’ai vérifié que je ne me trompais pas d’emplacement. Ici, les gens sont très pointilleux sur les droits de chacun. Mais la petite auto de Maman était connue de tous. Elle était tellement ordinaire ! Tout le monde peut s’en acheter.

J’avais la bonne clé. La porte du hall s’est ouverte avec de grands claquements métalliques. J’étais seul. J’ai passé le sas de sécurité sans problème. Tout ce que j’avais dans la poche, c’était mon billet pour le concert des French Bashers. Je n’en avais rien fait. J’avais pourtant tourné longtemps dans cette banlieue pourrie. Et je ne m’étais pas arrêté pour offrir ce billet à un pauvre. Aujourd’hui, les pauvres ont l’air aussi riche que le nôtre. Je m’y perds.

L’appartement ne sentait pas le moisi. J’ai vérifié l’électricité, l’eau, le gaz, l’internet, la télé, le vide-ordure. Tout était OK. Il y avait même de quoi manger pour au moins une semaine. Et de quoi boire. J’ai poussé le chauffage à fond et je me suis mis à poil une fois que j’ai commencé à suer dans ma doudoune. Une petite branlette à la Chinasky et je me suis endormi sans demander mon reste. Je vous laisse imaginer les rêves que j’ai traversés dans ces conditions. Je ne crains rien.

Je me suis réveillé à la tombée de la nuit. Dehors, le vent s’acharnait sur les plantes de la terrasse. Je ne suis pas sorti pour voir la mer. L’air semblait chargé de pluie. J’avais envie de profiter de mon corps, pas de le soumettre à l’épreuve de la nature. Surtout au septième étage. Mais je voyais la plage éclairée par les réverbères de la promenade. Une plage lisse, sans parasols ni corps étendus. Avec sans doute un tas de coquillages à la limite de l’écume. Il n’était pas question d’attraper froid.

Mes amis, j’ai vécu comme ça une semaine. À poil, en pleine chaleur électrique, l’estomac plein et l’esprit troublé par les alcools de la réserve paternelle. Et personne ne m’a dérangé. À croire qu’on ne s’inquiétait pas pour moi. J’ai vérifié l’état du téléphone. Il fonctionnait parfaitement. J’ai d’ailleurs dicté ma liste au supermarché du coin. Et j’ai été livré à l’heure. C’était reparti pour au moins trois semaines. J’avais mis le paquet. Et une robe de chambre pour recevoir le commis. On a travaillé dur dans l’ascenseur, lui et moi. Et j’ai serré quelques mains qui me connaissaient au moins de vue. Personne ne m’a demandé des nouvelles de la famille. On était pourtant passé à la télé aux heures de grande écoute, pendant plus d’une semaine. J’ai refermé ma porte. J’étais de nouveau seul.

Je n’avais pas encore touché à ma guitare. Le concert des French Bashers était passé depuis des jours. J’avais conservé le billet. J’avais toujours l’intention de l’offrir à un pauvre. Mais maintenant, je ne proposerais pas d’y assister. La date était écrite dessus. Et puis on était à huit cents kilomètres de Paris. Je dirais au pauvre : « Mec ! Tu as ici la preuve que tu as assisté au concert des French Bashers. Tu t’en vanteras auprès de tes semblables. Ça fera de toi un être d’exception. Toi et les French Bashers. À Paris ! »

Je me ferais casser la gueule ou bien le type insisterait pour que je lui explique mieux mes intentions avant de me la casser de toute façon. J’étais dans l’attente crispée de cette douleur. Et Maman qui n’appelait pas ! Elle savait pourtant où se trouvait sa voiture, au moins par l’assurance. Des semaines sans Nelly. Ses petits seins pointus. Son ventre toujours tendu. La courbe de ses reins quand elle jouit. Je ne voyais pas d’autre femme. Cinq branlettes par jour. Et je m’empiffrais. Je buvais comme un trou. Je n’arrivais pas à épuiser mon attente. De quoi souffrais-je ? De la mort de Bobby ? Qu’avait-on fait de toute cette chair mélangée ? Un peu dans chaque cercueil ? Tant pis pour l’intégrité des corps. Est-ce que le concert des French Bashers avait été annulé pour cause de couvre-feu ? J’avais punaisé le billet sur le mur à droite de la baie vitrée. J’ai oublié de dire que le vent avait cessé dès le deuxième jour et que je profitais pleinement du soleil sur la terrasse. En bas, la rue était tranquille. On approchait de l’hiver. La plage était déserte. On ne se promenait plus pieds nus dans les vaguelettes blanches. Je giclais du septième étage, fou et silencieux, sous le regard des cheminées à peine fumantes.

Maman est arrivée un lundi. Elle avait voyagé toute la nuit dans un train. Son visage chiffonné en disait long sur l’état dans lequel mon désespoir l’avait plongée. Ça faisait beaucoup de désespoir pour cette charmante et douce femme qui venait de perdre atrocement le dernier de ses rejetons. Papa était en clinique. On lui vérifiait le cœur. Ce n’était peut-être rien, mais avec le cœur, on ne sait jamais. Avec le cerveau non plus. En fait, on ne sait pas grand-chose.

Comme l’appartement était sens dessus dessous, elle n’a pas attendu de se reposer pour le remettre dans l’état où je l’avais trouvé deux semaines plus tôt. C’était le temps qu’il lui avait fallu pour s’inquiéter de moi. Mais Papa avait donné des signes de crise et elle avait choisi de commencer par lui. Ce qui l’avait occupée pendant quinze jours, au moins. Ma sœur était à l’étranger.

Nous n’avons pas parlé de l’essentiel le premier jour. Je me suis endormi sans branlette. Nous avons chacun notre chambre. Papa a acquis cet appartement après la naissance du petit frère. Avant, on avait une maison en bordure de la ville. J’y ai enfermé les meilleurs souvenirs d’enfant. Mais elle ne nous appartient plus. Il y a tellement longtemps que je ne suis pas passé devant. Demain peut-être, après la branlette du matin, si Maman ne surgit pas dans la chambre pour en ouvrir la fenêtre et laisser l’air de la mer me réveiller sans autre plaisir.

Comme j’avais oublié de décrocher le billet pour le concert, elle l’a fait elle-même. Elle l’a froissé puis jeté à la poubelle. Ceci, sous mes yeux. J’aurais pu me précipiter sur elle, l’empêcher d’effacer ainsi un signe prégnant de ma déroute. Mais je n’en ai pas trouvé l’énergie. Elle a ajouté à son geste :

« Le concert a été annulé. Nelly est venue à la maison. Tu as tort de… »

Je ne sus pas de quoi j’avais tort. M’étant levé sans assouvir mon désir (de Nelly ?), je bandais sous la table. C’était d’ailleurs la raison qui expliquait mon entêtement à ne pas quitter la table alors que Maman refusait de me resservir du café. J’en avais assez bu. Autre nouvelle : elle me ramenait à la maison, pas plus tard que ce soir. Enfin… on arriverait demain matin. Pour la voiture, elle utiliserait les services d’un transporteur. Pas question de la reconduire jusqu’à Paris. J’avais été fou de voyager dans cette petite auto que tout le monde peut s’acheter. Je le reconnus volontiers. Et j’étais cloué sous la table, émergeant de ma chaise.

À midi, nous descendîmes pour nous restaurer « convenablement ». Le restaurant était désert, mais les tables mises et les fausses chandelles allumées. Le maître des lieux, une vieille connaissance, salua Maman comme s’il couchait avec elle. Elle minauda un instant, puis se souvint qu’elle était en deuil. Elle en parla. Le maître des lieux ignorait. Il ne nous avait pas vus à la télé. Il ne savait pas qu’une rafale de fusil d’assaut peut arracher une tête et la mettre en bouillie. Il s’effondra sur une chaise voisine, s’épongeant le front avec la manche de son veston. Il était temps de se mettre à table.

C’est au désert que je me suis mis à penser au billet des French Bashers. Je me promis de le récupérer dans la poubelle avant que son contenu finisse dans le vide-ordure. Heureusement que le règlement imposait aux habitants de l’immeuble de stocker d’abord les ordures dans un sac de plastique et de ne jeter dans le vide-ordures que les sacs de plastique. Sinon…

Après un copieux déjeuner, comme le soleil était au rendez-vous, nous nous promenâmes sur le sable sec. Pas question d’aller sur celui que les vaguelettes léchaient de leur blanche écume. Je cueillis quelques coquillages pour la collection de Papa. Il n’était pas encore mort.

Nous rencontrâmes une autre vieille connaissance. Celle-là avait couché avec Maman. Tout le monde se souvenait de la tentative de suicide de Papa. Enfin… il avait tenté de tenter. On en était resté là. Et Maman coucha avec un autre, plus discret. Ainsi, nous eûmes sur la plage une conversation oiseuse. Je bandais toujours. Le bras de Maman, que je tenais fermement, n’y était pas pour rien. Papa savait cela.

Oui, je sais ! Je vais vite. Mais je suis déjà mort. J’ai perdu toute notion de temps. Non pas le temps qui passe, mais celui qui va. Nous rentrâmes, Maman et moi, dans notre appartement d’été. C’était presque l’hiver. Nous n’étions plus que quatre. Et Papa menaçait de réduire ce score. Ce n’était peut-être rien. Avec le cœur… avec le cerveau… Je sais.

Ce soir-là, je me branlais dans mon lit sans me soucier de ce que l’orgasme inspire à mes poumons. J’ignore si Maman en eut vent. J’ai perdu connaissance et ne l’ai retrouvée qu’à la faveur d’un rêve qui m’abandonna au milieu d’une étrange paralysie. Moi aussi je voulais mourir. Mais je ne le savais pas encore. Je me fichais éperdument des cris de haine tricolore. Je savais trop bien à quoi je devais ce malheur. Mon petit frère, lui, n’en avait sans doute pas eu le temps. Pourtant, les gens mouraient autour de lui. Le sang giclait. Les tripes, la peau. Le hurlement comme seule communion charnelle. Puis le canon l’a menacé. Il ne haïssait personne à ce moment. Il ne jouait plus. Et il n’avait pas le temps d’apprendre à ne plus jouer.

Aussitôt rentré de la plage, bien avant que je me couche tôt pour enfin me branler joyeusement, j’ai récupéré le billet dans la poubelle. Je l’ai défroissé sur la table. Quelle tristesse ! Je n’en avais rien fait. Aucun pauvre n’en avait profité, d’une façon ou d’une autre. Et je n’en avais pas moi-même l’utilité. Cependant, je refusais de m’en séparer. Cet objet m’avait accompagné, il avait côtoyé mon angoisse, traversé avec moi le désir de mettre fin à ma défaite. Qu’en ferais-je une fois mort ? Quelle stupide question ! Et je ne posais pas celle de savoir ce que j’en ferais en attendant de mourir.

Ce ne fut que le lendemain que Maman et moi prîmes le train pour rentrer à Paris. J’ai oublié de vous dire que la veille, à l’heure de monter dans un taxi pour aller à la gare comme Maman avait prévu, j’ai eu une crise d’angoisse. Pas dans le taxi. Il n’était pas encore arrivé. Maman me laissa m’étouffer juste le temps de le renvoyer quand il arriva. Je n’en pouvais plus. Elle m’incitait pourtant à aimer la guerre. Elle en avait étudié les mots en applaudissant les singeries des politiciens et autres domestiques de l’État en crise. N’en pouvant plus, et n’ayant nullement l’intention de réfuter ses thèses curatives, j’ai feint le sommeil et elle a éteint la lumière avant de refermer la porte à demi. Il ne m’a pas fallu une minute pour éjaculer. Cette fois, ce n’était plus l’angoisse qui m’empêchait de respirer. Et je n’en suis pas mort.

Nous sommes donc rentrés à Paris. Papa était déjà mort. Comme ma sœur était à l’étranger, elle n’assista pas à la cérémonie. Maman et moi étions seuls dans notre appartement parisien qui sentait la poudre. Dans la rue, un véhicule de la police jouait avec les murs. Les flics, appuyés contre la carrosserie, semblaient admirer l’effet de leur gyrophare dans le ciel étoilé, mais c’était sur les murs que ça se jouait, du moins vu de ma fenêtre aux volets entrouverts. Nelly était dans mon lit.

Elle y était tous les soirs maintenant. Nous étions trois. Je ne travaillais plus, grâce au rapport du médecin, un ami de la famille. « Tu veux mourir toi aussi ? » me reprochait-elle. Je ne répondais pas. Ce n’était pas la haine. Ni la Marseillaise. Cette fouineuse a trouvé le billet dans une de mes poches. Elle les vidait parce que mon pantalon avait besoin d’être lavé. Je sentais le « bouc ». Moi aussi j’avais besoin d’être lavé. Je me suis trompé d’existence.

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