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8- CELUI QUI CREUSAIT
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 Article publié le 21 septembre 2015.

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C’est au crépuscule. Il creusait un trou dans mon jardin. Je le regardais à travers la grille de mon jardin. Il creusait un trou. Je me creusais moi-même avec lui lentement. Mais je le voyais avec sa pelle en main, une bien jolie pelle, une pelle bien dure faite pour creuser. Bien lisse et qui brillait du reflet indiscret d’une lampe voyeuse. Il faisait très chaud, mon short me tenait chaud, mes mollets percevaient un peu le petit vent, la délicate brise, et descendre la bête à bon dieu de la sueur sur ma cuisse échauffée. Donc je sentais creuser la pelle, je creusais, tous les deux nous creusions. La partie en métal était étincelante, le ciel était rouge d’une joie de langue pelletant la langue, la pelle, sa pelle. Je le voyais tenant la pelle et murmurant « j’ai laissé cette lampe allumée tout là-haut pour éclairer mes mains qui étreignent le manche lissé par mes mains ». Ces mains que je voyais si collées à ce manche dans le crépuscule. « Pour que tu les vois bien ces mains lissant le manche amoureux de la pelle ». La partie en métal montrait sa nudité lubrique et pénétrait la terre dénudée avec délice et force et remontait faisant jaillir des larves blanches qui sautaient, se répandaient avec fureur. Il transpirait un peu. Je le voyais sourire avec un quelque chose d’un rien ironique. Et le mot crépuscule devenait pour moi la reine de Sabbat levant une peau noire ouverte sous le crin au fur et à mesure que la nuit tombait, transpirait, s’affirmait et que le trou creusé d’un ahan régulier, je me l’imaginais de plus en plus profond. Crépuscule : et soudain la nuit sentait la brousse en rut et l’opercule. Il creusait sans arrêt. Mes doigts tenaient la grille où venaient se clouer des étoiles de fer. Il devra bien y mettre dedans quelque chose, que ça ait un sens ou bien tout simplement l’abandonnera-t-il, béant, la lampe éteinte. C’est la nuit maintenant et la lampe et le trou la pelle et ses reflets. Il s’est comme arrêté de creuser, arrêté, s’est épongé le front comme on nettoie le ciel en laissant une tache sale et magnifique. Il jeta doucement la pelle dans le trou comme s’il la couchait, et se tourna vers moi les sourcils en broussailles et les dents qui brillaient d’un étrange sourire. J’éteignis la lampe qui chauffait mes mains et allai me coucher. Il éteignit la lampe et alla se coucher. Le crépuscule avait rejoint la nuit obscure.

 

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