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XXVIII - Que voulez-vous, moi, l'amour, ça me rend dingue dès que je peux plus le faire avec quelqu'un
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 Article publié le 5 juillet 2015.

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Ah ! il a une de ces mentalités, le Pédar, je vous dis pas. Il fout rien de la journée, mais ça l’empêche pas de penser à lui. Il fait rien si c’est pas pour lui. Heureusement qu’il est pas marié. Il serait déjà divorcé. La seule chose qu’il fait vraiment bien, c’est de vomir. Et ben c’est pas pour lui. C’est un don. Vous pensez si les autres se passeraient de recevoir ce genre de cadeau alors qu’ils sont en train de rêver comment qu’ils vont améliorer leur intérieur. Enfin, tout ça pour dire que je suis le seul ami de Pédar. Ce qui devrait m’exclure de la liste des suspects de son assassinat. Tu parles ! Premier que je suis. Et avec des circonstances aggravantes. La juge a dit que je suis siphonné, allusion à ma petite manie d’enlever la Javel si on veut que je boive de l’eau. Bref, Pédar y parlait que de lui. Impossible d’avoir une conversation avec lui sans lui. Ça devient vite lassant. Des fois, je l’écoutais plus tellement ça me donnait envie de parler de moi. Mais de moi, nenni ! Comme si que j’existais pas. Et comme j’avais personne à qui parler, soit je parlais seul, seul j’allais voir le curé. Rondelle ? J’y parlais, mais des autres. Elle adorait les autres. Il paraît qu’y en a beaucoup plus que j’imagine, même sans compter les Chinetoques qu’au moins eux on les reconnaît parce qu’ils ressemblent aux Japonais. Non, Rondelle parlait pas de s’universaliser à ce point. Et l’autre, celui qui le faisait rêver le plus, comme c’était pas non plus Rondeau, c’était forcément Pédar. « Parle-moi de Pédar, » qu’elle roucoulait sur l’oreiller où j’avais posé mes burnes. J’y parlais. Et pas pour rien dire. Qu’est-ce qu’elle voulait en faire, de Pédar ? Il palpait le même salaire que Rondeau pour rendre le même service à la société, même que si la différence de carburant avait pas été évidente, j’aurais pu croire que Pédar et Rondeau c’est le même. Seulement voilà : elle s’appelait Rondelle, et point Pédale comme je l’appelais dans mes cauchemars à usage thérapeutique.

Tout ça pour dire que je suis un type parfaitement normal si c’était pas aussi compliqué de vivre avec les autres, même s’il y en a pas beaucoup comme dans les mélodrames que je finis toujours par plus rien comprendre à la chronologie ni à la généalogie. J’aime pas la pluie qui me rend triste. Et les poisons de la vie ne me tuent pas.

Faut pas oublier qu’entre les riches et les pauvres, ya les domestiques. Et que je suis ni riche, ni pauvre, ni larbin. J’ai de commun avec le riche que je fais ce que je veux quand je veux. Avec le pauvre, je partage le pain. Et si j’étais domestique, je serais la dernière roue de la charrette. Pédar y disait que je serais même doué pour ça, comme d’autres ont un sixième sens. Je me consolais en pensant que j’étais peut-être la roue de secours, mais Pédar rétorquait que j’étais pas fait pour comprendre le principe de la charrette et que c’était pour ça que je m’étais fixé comme but d’enlever la Javel de l’eau du robinet. Voilà comment qu’il parlait de moi quand il en parlait.

Sinon il parlait de lui et si on parlait de Rondelle, que les deux on était compétent en la matière, il parlait uniquement de SA Rondelle qui, je l’avais bien compris, ne pouvait pas être celle que je croyais enlever de temps en temps à Rondeau. Et demain, j’avais mon loyer à payer et pas un rond pour m’acquitter de cette obligation sociale. J’avais de la Javel de quoi payer le loyer de l’Humanité, mais pour ce qui concernait mon modeste logis, rien d’équivalent. Le proprio était-il sur le point d’exiger ? J’allais le savoir demain.

« Je t’aiderais bien, me dit Pédar tandis que je le raccompagnais chez lui, mais ce mois-ci, j’emmène Rondelle à la plage. Tu connais le prix des crustacés…

— Si je connais ! Ya rien qu’on connaît mieux que ce qu’on peut pas se payer !

— Et tu lui payes quoi, à Rondelle ?

— Je paye en nature ! Elle dit que j’ai la plus grosse bite que jamais elle a vue.

— Et elle en a vu, tu peux me croire, » dit Pédar.

Et le voilà reparti à parler de lui. Pendant qu’il parlait, je réfléchissais à ce qu’il avait proposé, Roger. Un travail en échange du loyer. N’importe quel travail pourvu que j’ai pas à mendier ou à me faire enculer par un fonctionnaire. Évidemment, si c’était un travail, y aurait quelque chose à faire, ce qui me crevait déjà. D’ailleurs j’avais la mine tellement harassée que Pédar a cru qu’il m’ennuyait et il s’est arrêté de parler de lui.

« Si tu veux, qu’il dit, on peut parler d’autre chose…

— Comme quoi…

— J’en sais rien, moi ! C’est toi qui vois ! »

Et faute de sujet à soumettre à son besoin de conversation, on est revenu sur le terrain de ses préoccupations.

« Même qu’un jour je lui ai fait goûter l’oursin, dit-il à un moment donné que je sais plus lequel tellement je payais cher pour pas l’avoir pour moi tout seul.

— C’est cher, l’oursin ? dis-je pour me renseigner, des fois queue…

— Ça dépend de l’oursin… »

Il me parla de cet oursin. Il lui ressemblait tellement que je me suis mis à le tutoyer. Qu’est-ce qu’il piquait ! J’avais l’impression de sucer le clitoris de Rondelle. Que voulez-vous, moi, l’amour, ça me rend dingue dès que je peux plus le faire avec quelqu’un. On avait même éteint la lumière. Et on s’est mis à voir dehors. On pouvait même voir la vitrine de chez Popol. La binette de Rondelle écartait les rideaux, signe que Rondeau était pas loin. Ah ! ça tombait pas bien. J’avais une de ces envies ! Et il fallait que ça me passe. J’ai sorti ma grosse queue et je l’ai fourré. Me demandez pas où. J’ai assez d’emmerdes comme ça. Et puis, j’aime pas parler de moi. Surtout avec les autres. Avec Pédar, au moins, c’est impossible.

 

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