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Devant la photographie du scribe accroupi du musée du Louvre
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 Article publié le 22 février 2015.

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Je pourrais par exemple imaginer une colline et y monter. Imaginer que je monte une colline. D’abord on ne monte pas une colline on monte sur. On la gravit. Je pourrais imaginer que je gravis une colline et pas à pas l’imaginer. Imaginer le pas à pas est difficile. Il faut l’entrainement. Gravir vraiment une colline et non imaginer qu’on la gravit est pas à pas et c’est facile. Fatigant certes mais facile. Gravir vraiment est à imaginer ce qu’on gravit quand on gravit mais aussi bien on peut ne pas tout simplement. La colline est tout près du ciel qui est assis sur son sacré brouillard tout comme un scribe. Je suis cette colline que je m’aperçois de loin à me toucher. Le ciel est bas sur sa colline qui aussi. Suis le ciel qui gravit assis qui imagine la statue du scribe et l’herbe qu’il gravit. La pierre dont est fait le versant sous sa main sous les pas qu’imagine le Je gravissant en imagination son imagination. Un scribe sa colline son ciel est assis dans l’herbe de ses pas est comme sa statue son statut si on veut. Celui de scribouillard. Scribouillard de sa vie à gravir pas à pas. Je pourrais par exemple imaginer un arbre droit sur la colline et dans l’arbre un oiseau qui chanterait « j’y suis » avec son bec naïf. On chante avec son bec et ses plumes et son vol et tout ça par la gorge à gravir sa colline assis dans son feuillage. Et dire par exemple le scribe aux yeux verts gravit une statue. Celui du je assis comme un scribe au musée. Verts les yeux de ses feuilles l’arbre pas à pas ici imaginé. Une colline au loin. Prenons ce parti pris d’y monter pour poursuivre sur cette lancée. Monter sur la colline qui imaginée est l’affaire du scribe son statut en main son calame. Et depuis cet instant vit un petit instant en fait une colline pour un court instant écrit vit un instant parmi d’autres instants pas plus pas moins vécu pas plus pas moins mortel pas plus pas moins imaginé pour dire et signifier. Fatalement repris dans les pas dans les feuilles l’arbre scribe aussi le ciel et la colline il manque aussi quelqu’un. Sur la colline en jupe et en cheveux quelqu’un de gracieux arborant l’aigle blanc d’un sourire qui laisse tomber de son bec la pierre philosophale : une femme cueillant les mots sur la colline les genoux du scribe ses troupeaux de mots le calame une jambe élégante et caprine avec un pas dansé. On pourrait par exemple imaginer quelqu’un qui dit je gravirais en dansant la colline son calcaire grège une jambe écrivant assis le pas fleuri et odoriférant d’une danseuse assise dans les edelweiss. Cette fleur des hauteurs cherchant à mériter l’effort pour la gravir si on gravit des fleurs ou la statue d’un scribe. Je pourrais aussi bien et c’est ce que je fais assis imaginer que je gravis le blanc ruminé de mon âge. Que j’imaginerais la jambe au pas dansé qui piétine un vieil homme en le faisant danser. En le faisant écrire assis le pas de deux du scribe dans les feuilles de l’arbre planté sur ladite colline pas le mont Thabor. Un vieil arbre aux doigts secs aux pas de la danseuse cueillant pas à pas la femme aux edelweiss cette fleur des hauteurs charnue comme un mollet. La jupe relevée la colline s’étale dans les herbes basses de tant de hauteur. C’est un drôle d’oiseau qui introduit son bec dans les yeux émeraude du scribe accroupi dont on a fait ici une colline assise imaginant le texte qu’il pourrait écrire pris sous la dictée de qui une Princesse de haut rang peut-être ou mieux une Prêtresse d’Isis. L’image de ce scribe assis ou accroupi devant les yeux du scribouillard est sur le mur ou la colline l’arbre et le vieil homme assis dans l’herbe ruminant son âge. Et du feuillage jusqu’aux edelweiss bien en chair des hauteurs fait choir dans l’athanor du clavier des hauteurs la pierre philosophale et l’aigle grège ou blanc de l’imagination.

 

Les autres images dites dans la diversité de leurs modes minuscules

 

John Ashbery (Trad. ; Michel Couturier)

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