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Autant arracher la tapisserie pour s'amuser avec les punaises
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 Article publié le 15 février 2015.

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« Je fais de la poésie
chaque fois que je sens
que c’en est… »

Nous bavassions une fois de plus.
J’arrive à deux heures pile.
Et j’entends ça.
Alors je me mets en rogne.
Et on me traite d’aristocrate.

Mais la critique ne dure pas
et on se remet au boulot.
N’empêche que réduire la poésie
à un petit instant de bravoure
sur le terrain de la tranche de vie,
moi,
ça me tente pas.
Autant arracher la tapisserie
pour s’amuser avec les punaises.

J’avais envie de leur dire
que la poésie
c’est ailleurs qu’on la trouve.
Pour la trouver,
il faut partir.
Et pas à deux pas d’ici.
En plus,
Il faut ouvrir le chemin.

Des heures que je passe
à y penser
chaque jour
que je gâche
à faire le contraire.
Destin de simple citoyenne.
Ils sont où les compliqués ?
Je drague,
mais j’en trouve pas.
Ou alors je me trompe de sexe…

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Commentaires :

  Approuver d’autant par Stéphane Pucheu

Sans doute la poésie est-elle davantage honorée par les femmes que par les hommes, et il vaut mieux qu’il en soit ainsi, au regard des noms qui sont mentionnés planétairement.

Si des hommes de mots tels que Charles Bukowski, Jim Morrison, Guillaume Apollinaire ou Samuel Beckett étaient largement lus, il en serait autrement. L’image de la poésie en serait transfigurée.

Les poétesses grecques se sont abondamment essayé au genre, avec réussite, souvent. Elles ont coulé et magnifié leur féminité avec souffle, rigueur, avec bonheur.

Mademoiselle Luce est une poétesse contemporaine dont l’abondance des écrits, depuis quelques années, démontre une égale appétence pour la forme et le fond, le quotidien en général et le quotidien en particulier.

Dans ce poème, l’on absorbe progressivement la maîtrise de sa plume.

Un mot sur sa construction : cinq strophes allant croissant, des phrases courtes, une composition libre.

Les thèmes sont pluriels, que l’on peut évoquer à travers les mots « poésie », « voyage », « condition humaine », « complexité », « contradiction », « masculin », « simplicité » et, au-delà, « bonheur ».

Globalement, ce n’est pas une dimension ou un résultat esthétique qui ressort du texte, mais une promenade existentielle joliment ordonnée. L’assonance est douce, elle se fait à peine voir ou entendre, tandis que les thèmes se succèdent, au gré de la déambulation de la narratrice qui parle volontiers à la première personne. Le vocable est un mélange de registre à la fois néologique et familier, structuré dans un rythme précis, constant, dans une dynamique qui s’apparente, en quelque sorte, à une cascade. Ou à une chevelure dénouée et dont l’abondance finit par retomber dans une statique retrouvée. Un amont, un flux, un aval. Des accents bukowskiens en arrière-fond, sans aucun doute, mais une identité nouvelle, placidement assumée : un style lucien.

« …et on me traite d’aristocrate » : ici, Luce évoque une question majeure en littérature, celle de l’excellence. Si ses mots sont simples, l’élaboration est recherchée, visant sans doute à donner le meilleur d’elle-même. Une attitude peu appréciée en France où l’élitisme est très mal perçu. La texture populaire, et surtout petite-bourgeoise, sont de mise…

La quatrième strophe en est la démonstration : évocation du chemin poétique à parcourir, soit la spéculation ou rêverie nécessaire avant de prendre la plume. Le voyage intérieur, celui qui est le résultat, parfois, d’un long, très long frottement avec l’extérieur.

Quant aux derniers vers, c’est une Pénélope en liberté qui s’avance, persuadée que l’interaction heureuse ou, plus largement, l’accident du bonheur, ne peut se matérialiser sans son intervention.

Ainsi, Luce avance avec distance et percussion. Dans un voyage où le goût de l’essentiel affleure à chaque mot, chaque vers.


  Cher exégète (Stéphane Pucheu) par LUCE

Je n’ai pas l’honneur de vous connaître et je n’en ai pas l’envie non plus au regard de votre traitement plus obsessionnel que littéraire que vous pratiquez sur le corps de la femme dans ce que vous appelez des nouvelles et que j’intitule, moi : des banalités.

Vous pensez, et c’est votre affaire, que la poésie est "honorée" plus par la femme que par l’homme… Pourquoi pas ? Et vous prenez à témoin le monde entier, sans doute celui que vous croyez à vos pieds… Comment donc !

Des auteurs tels que "Charles Bukowski, Jim Morrison, Guillaume Apollinaire ou Samuel Beckett" ne vous semblent pas "largement lus" car s’ils l’étaient, dites-vous, et si j’ai bien compris ce que vous peinez à écrire : "L’image de la poésie en serait transfigurée" par la femme.

Vous allez même jusqu’à attribuer un accessit à celles, grecques, qui "se sont abondamment essayé au genre, avec réussite, souvent," mais plus rarement elles ont manqué, toujours selon vous, de souffle, de rigueur, de bonheur enfin.

Une pareille approche de la poésie me laisse coite ! Je ne sais pas dans quelle mesure votre déficit dans l’exercice de l’expression est responsable de l’image déplorable que vous me laissez sur la langue : de vous-même en tant qu’écrivain (vous semblez tenir comme un forcené à cette appellation d’origine incontrôlée) et de la poésie qui vient pourtant d’aussi loin que l’Histoire.

Votre introduction à l’exégèse de mon petit poème est plus qu’un tantinet l’œuvre d’un esprit qui a oublié qu’il vit dans une coquille mais sans la poule qui a pondu l’œuf…

Ce qui suit cette curieuse tentative d’initiation du lecteur à la poésie relève du "commentaire de texte" cher aux examinateurs de l’adolescence en voie d’extinction au profit de l’adulte ou de ce qui se présente comme tel.

De là à vous prendre pour un critique averti, il faut y mettre du sien, qualité que je ne possède pas aussi sûrement que vous envisagez "l’excellence".

J’ai pensé d’abord vous remercier, mais on me dit que vous tenez à ce qu’on sache que vous aimez parler de moi. Il ne m’appartient pas de vous couper la langue, pas plus qu’autre chose d’ailleurs. Aussi, n’interviendrais-je plus pour critiquer vos commentaires d’écolier qui n’a pas étudié la leçon et qui n’a aucune chance de finir par comprendre, à force de clous enfoncés dans la tête, ce qu’est la poésie et ce qu’elle exige de son lecteur, à travers les siècles comme dans la seconde qui suit.


 

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