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 Article publié le 20 décembre 2014.

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D’un détail faire jaillir la figure vivante

La recueillir, lui offrir le gîte et le couvert

Devenir l’abri qui n’enferme pas

 

Poème-monde aux dimensions déraisonnables

Haché menu, réduit, coupé, découpé,

Entrelardé de digressions caduques

Le poème en devenir, le devenir poème

D’une branche de gui

 

D’un détail aimé dans la profondeur du souvenir

Dessiner un avenir

Episodes et péripéties, chemins de glace ou de feu,

Embûches, tracas, deuils et force errante

Nul repos pour la figure enchâssée dans sa quête

 

*

La figure voyage

Jamais ne s’étend, ne s’étale

Eté vaginal

Automne phallique

Hiver de chair

Et printemps seulement éclos pour se perdre dans les sables brûlants de l’été

Fraîcheur des cavernes

Furtive apparition sur les parois peintes

Les figures affleurent

La roche profonde offre ses saillies, ses creux et ses bosses

Habilement exploités

Rupestre présence, esquisse d’un monde

Rebuffade du cerf blessé

Un troupeau de bovidés s’ébroue sur la roche

Une figure déboule entre hasard et nécessité

S’impose dans l’ombre

Attend la lumière torchère

Qui la mettra en mouvement

*

D’un détail

La joliesse d’un sourire timide

La hardiesse d’un regard

La saveur d’un baiser mouillé

Bien plus tard

*

Ni vœu pieux ni religiosité obséquieuse

Les dieux dans l’ailleurs de leur mise

Ne s’adonnent pas à l’idolâtrie

Les plumes de paon de la vantardise joviale

Cette capacité à entraîner les autres

A nager à contre-courant

A être femme dans la tourmente

Dans le calme de la maisonnée attablée

Maisonnée de sûre assise

Petite fourche d’or ou d’argent

Fin sourire à la pensée de ta venue

Et mille autres détails imprévus

Insignifiants jamais

*

Amour des lignes franches

Libres d’accourir où bon leur semblent

Amitié des traces expertes

Des masses évanescentes

Comme rochers balayés par le vent

Flottent dans les yeux

 

Ecriture à même la peau qu’un baiser écrit-efface

Fusain ou encre de Chine

Caresse qui se love dans la paume de la main

Le pain blond de tes seins

La conque humide de ton sexe

L’arc de tes reins

*

Cette langue de terre qui se languit

Ces crevasses millénaires

Ces combes et ces glacis

*

La jetée s’avance dans la mer

Jetée là par d’habiles ouvriers

Elle est un peu toi les jours de grandes marées

Les eaux écument, chatouillent tes chevilles

Lèchent tes flancs

Le sel attaque tes lèvres

Mord doucement la pointe durcie de tes seins

Les embruns gonflent ta poitrine

L’eau se joue de tes formes

Lustre tes jambes nerveuses

Tes cuisses tendues

Tu deviens élémentaire

Complice de la brise marine

 

Tu aimes ce jeu : tenir ferme jetée là

Dans le mouvement, le pur mouvement des déferlantes

 

Le corps de l’homme est ce môle qui s’enchâsse en toi

Donne libre cours à ta liberté native

Figure qu’appelle une image

Image qui se tient devant moi

Vivante-vibrante

Décline être et non-être

Scintille sujette à d’infinis revirements

Que l’œil lassé ne peut suivre

Que la main seule accompagne tout du long

 

L’entière figure inachevée dort dans le creux de tes mains

Elles puisent la nacre ourlée de l’huître perlière

La déposent sur le miroir sans tain de tes désirs

Baisers anisés

Précipitent l’image turbide

Dans le verre-miroir

 

*

Impossible décantation

Chant bien plutôt qui achève sa course dans le trouble élan

De ta voix inchoative

Ferveur parfois, fièvre

La vaisselle d’or de ton chant

Festin des bois

Pas de refonte, pas d’anneau nuptial

Pas de damnation

Trésor, fragile trésor qui veille sur le temps

*

Echine des jours fastes

Amulette incandescente

Feu intérieur

Dans le bleu de tes yeux

 

La fine étoffe de lin de ta robe

Etoffe voyageuse qui se souvient du champ de lin

Qui l’a vue naissante

Devenir l’étoffe ardente des jours

Dans le peu à peu de ta mise éphémère

*

Vase des berges humides

Iris jaune des rivières de mon pays

La barque au cœur léger en remonte le cours

Pur élan, coups de reins

Rames fécondes

Enseignent aux mains la patience

 

Il sera temps, plus tard,

Dans le devenir poème du monde

D’allier la nage

Au sourire des eaux courantes

 

Nage et neige

Prises dans la réciprocité de leur perte

 

Jean-Michel Guyot

13 décembre 2014

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