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L'autre rive
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 Article publié le 2 novembre 2014.

oOo

Humides, les berges,

Presque friables, n’étaient les hautes herbes qui tiennent la rive

Jusqu’à la crue prochaine

*

Cet été 76, la chaleur était telle

Que j’ai donné des joncs à manger aux vaches dans le pré

La pêche était bonne, l’eau de l’Ognon pas fraîche

Mais les vaches l’appréciaient tout de même,

Servie dans le seau à poissons

*

J’ai couru longtemps de cours d’eau en cours d’eau

Sans jamais fréquenter les fleuves majestueux

Cours d’eau

Petits ou grands, je les ai aimés

L’autre rive

L’autre rive me souriait souvent

Je me souviens

Je garde les eaux en mémoire

Leur miroir ne peut pas en dire autant

La mémoire de l’eau, mais c’est toi et moi

Qui marchons à pas comptés sur l’autre rive

Toujours autre

*

Entre tous les ponts, j’aime celui qui me mène à toi

Au petit matin, en novembre, la brume est si épaisse

A peine si je le distingue

J’entends la rivière respirer

L’haleine fraîche du petit pont de pierre sent le serpolet

Je tâte, en marchant, la pierre grise

Frissons

Ta maison est si proche du petit pont de pierre

Qui nous relie

*

Dans les temps reculés, ici, et ailleurs dans tout le pays

Les ponts de pierre étaient peu nombreux

Les ponts de bois n’étaient pas rares

L’été, quand la rivière est à son étiage le plus bas,

On discerne facilement des vestiges de pilotis

Comme ici au pied de la ferme de la Roche

Où Louis XIV passa une nuit à l’époque de la conquête de la Franche-Comté

On espère encore qu’il y dormit fort mal

*

Entre chien et loup,

Longuement, tu marches le long des berges aux herbes hautes

La rivière fait des plis comme un habit de soie

Robe bleue nuit couverte d’étoiles nacrées

Qui dansent au fil de l’eau

Tes pupilles boivent la presque-nuit

La fraîcheur du vent caresse tes joues

*

Durant l’été

Ses méandres paressent dans les terres fertiles,

Arrachent aux terres un peu de terre

Quandles courants s’animent

Ni des hommes ni des dieux,

Dans la nudité traversée, émane le sans-nom

Sans qui, sans quoi, on ne saurait dire,

Rien de ferme icine tiendrait

*

Tu vas par les prés au bord de la rivière gelée,

Armée d’une serpe, tu tailles çà et là un jeune arbre,

Lui donnes forme à ta guise,

Le coiffes de lierre ou de lianes laineuses

Nous sommes en février

Un peu de neige dort dans les combes nombreuses

Les aulnes murmurent

Lambeaux de brume alentour

Que ta présence sans doute attire

*

Le petit moulin taillé dans des joncs

N’entravent pas le cours de l’eau

Ne produit aucune énergie,

La salue plutôt

Sensation de fraîcheur

En plein été

*

La main de l’eau fouille les algues vertes

Longues virgules ondulent,

Se pâment sous le ventre argenté des poissons

Chevelures de naïade

Elles m’inspiraient un peu de crainte

Dans l’enfance

Leurs chatouillis le long de mes jambes troublaient l’enfant-pêcheur

Que j’étais

*

Les eaux stagnent, grouillent d’animalcules

A moins que n’y dorment les poisons,

Ces huiles de vidange jetées là par le paysan négligent

Le purin de ses porcs,

Le mercure et le pyralène, et autres cochonneries

L’activité sans gêne d’hommes industrieux

Dépose çà et là, sans plus de souci que le lendemain,

Les poisons qui tueront après-demain

*

Dans une morte,

Ce bras de rivière que la rivière n’intéresse plus,

La rivière au cours capricieux,

Une barque gît dans les sables boueux,

Au trois quart envasée

Le gîte et le couvert pour toutes sortes de bestioles

La chaîne de fer a dû céder

Partie au fil de l’eau,

La barque embarquée par les eaux furieuses

A fini là sa course nonchalante

Mais que m’importeune barque sans bras pour ramer,

La ramener sur la berge, l’arrimer fermement 

Dans l’attente de jours meilleurs ?

*

Le bord de l’eau a des airs de printemps

L’automne rudoyant ne ment pas cependant

Comment se fait-il que frémissent dans le vent

Ces fleurs d’un rose tendre qui s’aventurent à parsemer

Le noir prunellier défeuillé ?

La nature prend un coup de jeune

Quelques jours suffiront, bise à l’appui,

Pour assagir la plaine endeuillée

Les ailes des corbeaux n’en seront que plus noires

Les idées que plus givrées

Il sera temps de griffer l’aube charnelle

D’y faire venir ce qui ne brille si bien qu’au fond de tes yeux

*

Un fruit mort, puis d’autres, pendent lamentablement

Dans le poirier sauvage

Pendeloques pourries confiées aux vents, aux pluies lourdes de novembre,

Au gel des petits matins glacés

Des mains cueilleuses reviendront prendre les fruits acides

Distilleront l’ivresse fine qui dort dans les sucres

Tard venus

*

Vent des glaces qu’un seigneur allemand de haut lignage

Laissa tard venir en son absence

Vin des glaces venus jusqu’à Bordeaux

Terne saut de glace en glace du fruit sur-mûri

Donne au vin la couleur jaune

Pourriture noble !

*

Altière rive rivée à ses berges

Les terres s’en vont,

Le fleuve change son cours,

Les rives demeurent

La fierté qui s’en dégage refuse de mourir

Berges mouvantes-mourantes,

Tous les jours se baignent dans le maigre fleuve

Aux effluves de goudron

*

Un bain d’eau douce, un bras de mer

Une mère et son enfant

La Vierge a du sel dans les yeux, le sein juteux

Le miel des joues se joue du sort promis

Flux de lait, ébène des touches

Le piano au vent s’envole

Termine sa course dans un arbre nu

Les corbeaux rêveurs pianotent du bec

Sur les touches restées intactes

Quelques cordes vibrent encore

Accordent au vent sa part acrimonieuse

Le velours des marteaux ne calme pas les corbeaux

*

Folie et sagesse s’en mêlent

Emmêlées

Eloignent les vierges infortunées

Se concentrent sur les terres salines

Le delta fertile charrie des pierres, des bustes

Antiques grandeurs jetées dans le fleuve

Par nos chrétiens d’alors

Au pire, l’haleine des électricités passées

Ravive les tensions accumulées

Le fleuve inlassable en a vu d’autres

Il ne plie jamais, ploie cependant sous la charge

Des lourdes pinasses qui en remontent le cours

Sans plus d’effort

*

Fermer le ban revient aux vents d’Ouest

Une bise mauvaise se brise sur les brisants

Les écueils nombreux

Les vasques miroirs des temps de pariade

Les criques somnolentes ouvrent les cuisses

La baigneuse en bikini se caresse discrètement dans l’eau tiède

Tout cela, si proche des mers,

Bout de terre, fouillis de roches écumantes

A quand un sursaut ?

Que la mer s’enfonce dans les terres profondément

Panique à bord du vaisseau Terre

Il fait eau de toute part

*

La part tranquille-invisible revient aux sources élastiques

Ivres de mousses, entravées de bois morts

Là se joue une partie noble

Qui voit s’affronter des forces rivales

Les hommes prennent leur part du festin

Il tourne à leur entier avantage

Griffes du Destin, émoussées, font pattes de velours

Dans la mollesse des journées attiédies

Vite, qu’une éponge de vent lave cet écran de fumée

Qui monte des cieux

*

Là où tout s’enchaîne-se déchaîne,

S’emmêle-se démêle à n’en plus pouvoir

Cloaque des grandeurs passées

Qui poussent l’avantage dans des esprits encore jeunes,

Déjà si retors

Indices troubles

Vagues marines

L’écume vient léchouiller les flancs de la belle

Assise jambes écartées dans le sable mouillé

La langue de l’eau titille le sexe offert

Instille son grain de folie à la belle pâmée

La mer n’a d’yeux que pour elle qui le sait

Jouit de s’offrir ainsi aux eaux lascives

Un tanker passe au large

Dégaze comme le grossier pète à table

Il ne manquera bientôt plus que les plumes

Pour faire un habit tout neuf au capitaine

La belle n’en a cure, tout à sa jouissance marine

Des larmes de sueur perlent sur son front

Bientôt la lente descente aux enfers

Bientôt les délices innommés

Râles des vagues en rut

*

L’épaisse chevelure blonde rivalise de langueur

Avec les derniers feux du soleil couchant

Soleil, soleil à son déclin

Fait à la rousseur de sa peau des tâches nouvelles

Qui fleurent bon l’été

Fragrance enivrante de l’huile de coco

Mains souples et huile de bronzage en pagaille

Les petits poulets rôtissent gaillardement au soleil estival

Les corps à l’estive broutent l’azur

Ne redescendent que le soir venu

La mer a des échelles

Plonge dans le ciel rieur

Eclats de lune

Marée douce rabote l’azur mouillé

 

Jean-Michel Guyot

27 octobre 2014

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