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 Article publié le 26 octobre 2014.

oOo

— A quoi sert ce chapeau ?
— A le mettre sur la tête !
— A quoi sert la tête ?
— A être reconnu !

Les anciennes dictatures européennes demeurent des anciennes dictatures européennes. La dictature, ça laisse des traces. Et il faut faire avec.

Ainsi, toute manifestation moderniste est une provocation pour une partie de la population capable d’en venir à la violence (le « bain de sang » évoqué récemment) pour faire valoir son conservatisme et les espoirs de retour à la dictature (ou monarchie pour certains) qui s’en alimentent en attendant donc mieux.

Et c’est le cas en France.

L’agression de Paul McCarthy est un effet de cette cause.

On pourrait en citer bien d’autres, pour ne rien dire des propos qui rejoignent, sans autres dommages, cette même cause. À droite comme à gauche, d’ailleurs.

Et toute manifestation de sentiments liés aux effets de la dictature, tous de nature tragique, est assez heureusement protégée par un contexte juridique mis en place, lui aussi, en attendant mieux.

Du coup, on attend.

Et on voit le mal, autrement dit les signes d’une dictature encore vivace, partout où le conformisme, le conservatisme et autres comportements retardataires s’installent dans les décisions et les actes qui modèlent notre vie quotidienne.

Je me suis amusé à lire récemment les écrits d’un certain Vincent Vauclin, sous le signe trompeur d’une « gauche du travail » et d’une « droite des valeurs ».

Et, tout comme Lautréamont, en réécrivant à l’envers ce manifeste fasciste, je me suis aperçu que j’exprimais ma propre pensée, sans nuances !

La distance intellectuelle et morale qui me sépare de ce penseur de droite est, clairement, un état de guerre !

Et nous vivons lui et moi dans la même société. Lui avec sa nostalgie de la dictature et ses rêves de putsch militaire. Et moi nourri par les acquis sociaux, philosophiques et artistiques d’une victoire incomplète.

Car ce penseur prétend, par exemple, qu’il est tout à fait légitime d’exposer une église sur la place publique et que l’œuvre de McCarthy, qui n’en est d’ailleurs pas une selon lui, est indigne de figurer à la même place.

Or, je tolère que l’église demeure à sa place, d’autant qu’elle est un lieu de culte, ce qui ne me regarde pas. Je ne verrais aucun inconvénient à écouter un muezzin le dimanche matin à Mazères. J’imagine d’ailleurs assez bien ce matin-là rempli de voix et d’instruments dans une cacophonie digne de l’incertitude qui prend l’homme à la gorge chaque fois qu’il y pense. Je suis sûr, me connaissant, que j’y prendrais un malin plaisir.

Et c’est à ce plaisir que nous devrions tous nous adonner, plus quelques autres moins nouveaux, du moins tant qu’on n’y a pas touché.

« Est moral ce qui me procure du plaisir et immoral ce qui ne m’en procure aucun, » déclare Ernest Hemingway.

Or, notre penseur fasciste pose comme principe premier de sa doctrine ancienne qu’il faut en finir avec l’hédonisme.

Je serais d’accord avec lui si l’on entend par hédonisme : travailler le moins possible pour gagner le plus possible, mais cela ne me regarde pas. Je souhaite d’ailleurs à tout le monde d’en faire le moins pour éventuellement être le plus. Mais pour ça, il faut en avoir.

L’hédonisme consiste plutôt à rechercher la bonne morale dans le plaisir, comme le fait Hemingway.

Ainsi, toute manifestation artistique installée dans la rue me fait plaisir, qu’elle me plaise ou non. Et ce n’est pas là un paradoxe. Si ça me plaît, je m’arrête et je jouis. Et si ça ne me plaît pas, c’est que je l’ai déjà vue. Point.

Heureusement, de temps en temps un Français cultivé dans le terreau de la dictature me rappelle à de meilleurs sentiments.

Il frappe l’artiste, s’enfuit et inspire aux lâches des commentaires le félicitant et l’encourageant à recommencer.

Croyez-vous que cela me révolte ? Que cette utilisation provocatrice des moyens de communications mérite selon moi une censure immédiate et surtout sans jugement judiciaire ?

Point.

Je dirais même au contraire. Car j’en nourris ma pensée. J’ai besoin de les voir à l’œuvre, les salauds et les pédants de notre monde hexagonal.

Reste à savoir si cela suffit à élaborer une critique de la dictature larvaire afin, comme nous disons naïvement, de lutter contre ses effets, sinon de la liquider purement (si l’on peut dire) et sûrement (ce qui n’est pas sûr du tout, car l’Amour a des secrets…)

Je me demande ce que penserait Vincent Vauclin si j’exposais dans sa rue une église gonflable. Songerait-il à se la mettre dans le cul ?

Patrick Cintas

 

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