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Gorgonzola
de Laurent Robert

Une biographie d’Émile Zola en tankas. Une biographie comme une ballade…

1840 Le 2 avril à onze heures Braillement premier D’un Émile parigot Au 10 bis rue Saint-Joseph

Les corps parentaux La pucelle et l’ingénieur La double infortune En Provence l’unisson Le bref instant où jouir

Laissez-vous emmener…

- Une ouverture avec Georges Fourest… Une piste pour la lecture ?

La citation de Georges Fourest « La nuit, je lit au lit Zola » provient de ses « Triolets en l’honneur de quelques romanciers vivants ou trépassés » dans Le Géranium ovipare (1935). Le triolet est un court poème de huit vers, en octosyllabes, assez difficile à écrire (avec un même vers repris trois fois). Il a été redécouvert et popularisé au XIXe siècle par Théodore de Banville, qui l’a utilisé pour des poèmes-blagues, de courtes satires de gens du spectacle de son époque. Georges Fourest fait un peu la même chose, mais avec des écrivains « vivants ou trépassés », des célébrités littéraires de son temps (de la fin XIXe jusqu’aux années 1930), des prix Goncourt. C’est plaisant, plein de verve et de virtuosité, un peu futile en apparence, jusqu’au moment où l’on s’aperçoit que Fourest parle de deux choses : la prééminence du roman qui, de Zola à aujourd’hui, tend à devenir toute la littérature, et l’oubli de cette littérature même, le fait que quatre-vingt-dix ou quatre-vingt-quinze pour cent de la littérature soient parfaitement jetables et tombent dans l’oubli. D’une certaine manière, Fourest écrit ses triolets pour dire l’oubli de la littérature, se moquer un peu de ceux qui en sont victimes, mais aussi pour le contrecarrer. Par un clin d’œil de l’histoire, c’est l’exercice de la poésie qui permet de coucher encore une fois sur le papier certains noms de romanciers – qui se souvient de Marc Elder, des frères Tharaud, de Francis Miomandre ? Il y a sans doute de cela dans ma démarche. En outre, pour Zola, c’était amusant de prendre un vers d’un poème qui peut-être aussi bien ironique que révérencieux. Quand Fourest écrit « Dieu quel talent, cet oiseau-là ! », c’est peut-être sincère, lisible au premier degré, mais la désinvolture moqueuse n’est pas loin non plus (cet oiseau-là/ c’est toi Zola). Or, justement, j’admire beaucoup Zola, mais avec des nuances ; je ne suis pas un inconditionnel de chacun de ses romans, et le personnage est loin d’être univoque !

- Pourquoi avoir choisi Zola ?

C’est, avec Baudelaire, le seul auteur qui m’accompagne depuis l’adolescence et que je relis avec un plaisir d’une égale intensité, même si ce n’est plus nécessairement la même chose que j’aime chez eux ni les mêmes textes. Pour le reste, l’idée d’écrire une sorte d’essai biographique sous forme de poèmes et sur un auteur – au demeurant pas un poète – aussi canonisé, panthéonisé, indiscutablement consacré par l’institution scolaire et universitaire, cette idée peut paraître complètement insensée, voire stupide ; c’est sans doute la raison pour laquelle je me suis dit « Pourquoi pas ? » Ce sera peut-être absurde, ou une folie littéraire, mais c’est trop tentant d’essayer.

- Qu’est-ce qu’une biographie tanka ?

Le tanka est un poème à forme fixe d’origine japonaise, de 5 vers comportant chacun un nombre déterminé d’unités phoniques. En français, cela donne un poème de 5 vers de 5, 7, 5, 7 et 7 syllabes, soit 31 syllabes en tout, pas une de plus. Le poème n’est pas rimé. J’ai choisi de recourir au tanka pour plusieurs raisons. C’est bien sûr un défi d’écrire une biographie sous cette forme, mais le tanka est assez souple malgré tout. Il ne permet pas un vrai développement, mais quand même une ébauche, une esquisse, une évocation. Il oblige à aller à l’essentiel, à exclure le bavardage. Toutefois, le plus important à l’origine était la réflexion sur le genre biographique. J’ai toujours été insatisfait par les biographies que j’ai lues, singulièrement les biographies d’écrivains. Certaines, surtout dans la tradition anglo-saxonne, abondent en détails parfois d’une précision extrême – quelle personnalité l’auteur a rencontrée, quel jour à quelle heure, ce qu’il a mangé, bu ce jour-là etc., par quelle micro stratégie il a pu être publié, obtenir tel prix ou telle faveur. D’autres sont plus interprétatives, mais souvent sans le dire, ce qui ne vaut guère mieux. Finalement, cela n’éclaire pas vraiment sur la création. Je ne prétends pas faire mieux mais, avec le tanka, je fais le pari de l’arbitraire de la création, je fais le pari de la poésie, de la littérature, et je ne m’en cache pas – même si, bien sûr, je n’invente rien en ce qui concerne Zola, mais c’est une vision poétique, c’est établi d’emblée. C’est un poème sur Zola que le lecteur va lire – et un poème qui n’est pas unilatéralement élogieux, comme le titre et l’épigraphe peuvent déjà un peu le suggérer, du moins qui n’hésite pas à secouer son sujet, à lui demander des comptes.

- Au cours de cette balade dans la vie de Zola, le lecteur rencontre, outre la vie l’écrivain et ses œuvres, l’Histoire et des auteurs et artistes de l’époque. Est-ce une invite à découvrir cette période ?

Oui, forcément. C’est une époque passionnante, car elle est à la fois proche et lointaine. Des éléments essentiels pour le XXe et le XXIe siècle sont apparus ou se sont développés dans le dernier tiers du XIXe, aussi bien d’un point technologique qu’architectural ou artistique. Pêle-mêle : la photographie, le télégraphe, le téléphone, la bicyclette, la structure de Paris, son architecture, la mise en cause de la représentation en art etc.

- Y a-t-il un rapprochement possible entre hier et aujourd’hui ?

L’Histoire ne repasse pas les plats – pas strictement en tout cas. Et il y a des choses chez Zola qui sont manifestement obsolètes, en particulier toute la dimension scientiste. Ses réflexions sur les psychopathologies correspondent à l’état des connaissances de l’époque, mais elles sont complètement dépassées, tout comme sa vision assez simpliste de l’hérédité. En revanche, certains romans comme La Fortune des Rougon, Son Excellence Eugène Rougon, La Curée, L’Argent , Pot-Bouille ou Au Bonheur des Dames notamment, résonnent de manière extrêmement juste et pertinente pour notre monde contemporain. La spéculation immobilière et financière, les manœuvres politiciennes, l’arrivisme, le cynisme et le clientélisme, la hiérarchie dans les entreprises, le grand commerce qui abat les petites boutiques, la stratification sociale dans les beaux immeubles parisiens : c’est encore notre réalité, comme c’était celle de Zola hier, et l’écrivain la décrit de façon imparable ; c’est pour nous, aujourd’hui – tout y est !

- A la lecture de Gorgonzola , une impression de vécu flotte. Comment avez-vous écrit ce recueil ?

Les poèmes ont été écrits presque dans l’ordre du recueil, en suivant globalement la chronologie de la vie et des œuvres de Zola. Cependant, il y a des pauses, des développements, beaucoup d’ellipses fatalement, des interventions de l’auteur/lecteur. Au fil du temps et plus encore en écrivant ce livre, j’ai développé une espèce de rapport presque intime avec Zola. C’est aussi le sens de la citation de Fourest : Zola est un auteur que l’on emmène dans son lit et qui y reste un long moment ! La seule pertinence qu’il y avait à écrire sur lui était de me l’approprier, d’en parler avec toute ma subjectivité de lecteur – et d’homme aussi. J’ai fait des choix qui reflètent mes goûts ou mes préoccupations. Par exemple, il y a plusieurs poèmes sur Nana , mais aucun sur La Terre, qui est seulement citée - sans doute parce que, quand je l’ai lu la première fois à l’adolescence, je vivais moi-même dans une ferme, et Zola ne me semblait pas du tout crédible. Par ailleurs, j’avais envie de montrer la complexité du personnage et j’apprécie le fait qu’il ne corresponde pas du tout à certains clichés romantiques sur l’écrivain : Zola est un bourgeois rondouillard, très travailleur, très organisé, qui veut mener la vie la plus tranquille possible pour ne pas perturber le rythme de sa création littéraire et ne pas dévier de l’objectif qu’il s’est fixé. Il est courageux, lucide, original, mais pas tout le temps, pas en toute circonstance. Alors, oui, bien sûr, Gorgonzola ne parle pas que de Zola...

Laurent Robert
Catalogue : Page de l'auteur

Laurent Robert est né en 1969 à Chimay en Belgique.

Docteur en langues et lettres, professeur de littérature, il consacre ses recherches à des poètes oubliés ou méconnus du dix-neuvième et du vingtième siècle.

Poète, il affectionne les contraintes formelles, les sujets concrets, la sensualité du verbe.

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