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Poésie
Guerres
de Laurent Robert

Haiku de guerre
Guerre contre soi les autres
Fetide pulsion

« Guerres » est un livre de poésie. Une poésie construite, ciselée. Le haïku y a trouvé naturellement sa place car il ne supporte pas les discours. Laurent Robert parle de guerres, au pluriel, conflits armés et confits plus intimes, voire intérieurs.

« La guerre existe, elle n’est jamais belle… »

Lire, relire « Guerres » et laisser « décanter les mots », dans le mouvement de la mort et de la vie.

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Laurent Robert
Catalogue : Page de l'auteur

Laurent Robert est né en 1969 à Chimay (Belgique).

Docteur en langues et lettres, professeur de littérature, il consacre ses recherches à des poètes oubliés ou méconnus du dix-neuvième et du vingtième siècle.

Poète, il affectionne les contraintes formelles, les sujets concrets, la sensualité du verbe.

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Faisons connaissance avec Laurent Robert :

- Laurent Robert, vous êtes professeur de littérature et poète. Plutôt l’un que l’autre ?
Je ne dirais pas plutôt l’un que l’autre, mais l’un et l’autre avec des intensités différentes selon les moments. Je ne place pas – ou plus – la poésie sur un piédestal. Ce n’est pas un geste sacré, pas le plus noble et rare des genres, c’est une pratique créative honorable, et qui doit avoir droit de cité, encore aujourd’hui, comme c’est le cas plus facilement d’ailleurs dans d’autres pays que la France. En outre, il est intéressant qu’un professeur de littérature écrive. Cela évite, je crois, de dire n’importe quoi sur l’écriture – et de faire faire n’importe quoi aux étudiants.

- Vous dites affectionner les contraintes formelles et la sensualité du verbe. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces partis pris ?
La contrainte est intéressante à un double titre. Elle préserve de l’épanchement, de la logorrhée, de la verbosité. C’est particulièrement vrai avec les toutes petites formes comme le haïku, qui ne compte que dix-sept syllabes (réparties en 5-7-5) si on respecte la mesure des vers – ce que je fais –, ou le tanka qui en compte trente-et-une. Mais c’est vrai également du sonnet, voire de formes moins pratiquées aujourd’hui comme le rondeau, la ballade. Quand on écrit un haïku, il n’y a pas de place pour le discours, parfois pas de place pour les adjectifs ou les verbes. Souvent, on doit choisir, c’est l’un ou l’autre, mais il n’y a d’office pas de place pour les deux. Par ailleurs, la contrainte est un aiguillon pour la créativité. Quand on écrit des formes fixes, le premier défi est de réussir le texte – du moins de l’accomplir formellement. C’est une vision plus artisanale de l’écriture et qui met le poète au pied du mur : comme dans un célèbre rondeau pour « Isabeau » de Vincent Voiture (17e siècle), le poète n’a d’autre possibilité que de s’y mettre pour avoir la satisfaction et le privilège à la fin de se dire « Ma foi, c’est fait ». C’est encore pour cette raison que je fixe un nombre aux séries de poèmes que j’écris (2X50, 3X50 etc.). La sensualité ? Dans les années 1990, j’étais assez fasciné par une poésie, alors à la mode, qui se voulait pure, plutôt abstraite et métaphysique, des auteurs comme François Jacqmin, Yves Namur, Christian Hubin, Jacques Dupin, Roberto Juarroz... Tout le monde citait Poésie verticale de Juarroz, dont plus personne ne parle actuellement ! En même temps, je me suis vite rendu compte que ce n’était pas du tout mon tempérament. L’être métaphysique, du moins abordé explicitement, ne m’intéresse pas ; je préfère la chair, la matérialité, la concrétude des choses, les vibrations du monde, et c’est ce que doit également faire éprouver le poème.

- La construction littéraire choisie est sans doute le fruit d’une stratégie… Quelle est-elle ?
Les haïku modernes que je pratique sont vraiment peu stratégiques. Il y a très peu d’éditeurs de poésie, en France et dans le monde francophone, susceptibles de publier des poètes qui ne rentrent pas dans la case qu’ils ont prédéfinies. Il faut être textualiste, néolyrique, spiritualiste, métaphysique (encore !), poète du quotidien, poète engagé, etc., tout ce que l’on veut pour autant que ce soit clairement reconnaissable par l’éditeur. Il y a même, en France,une certaine orthodoxie du haïku qui voudrait que le haïku soit composé de trois vers brefs (peu importe la longueur), mais à tonalité nécessairement bucolique, zen (ou correspondant à ce que l’on croit être le zen), comme une sorte de pastiche perpétuel de Bash ?. Ma stratégie d’écriture est surtout liée à ce que je pense des contraintes. Au fil de la composition de Guerres, cependant, je me suis aperçu que les haïku étaient adéquats au thème de la guerre, à la fois pour leur caractère fragmentaire (la guerre, quelle qu’elle soit, est un chaos, personne n’a une vue d’ensemble, personne ne comprend vraiment) et pour un aspect d’hommage et de pudeur : ce serait outrecuidant de me mettre à la place de Wilfred Owen ou de Georg Trakl, moi qui n’ai rien vécu de l’horreur qu’ils ont connue, mais le haïku permet l’allusion, la citation, le clin d’œil même et il est fatalement plus modeste qu’une grande pièce lyrique, il ne court pas le risque de la grandiloquence...

- Votre dernier livre de poésie, justement, aborde un sujet très concret, la guerre, ou plutôt les guerres. Il nous plonge dans la lutte, le corps à corps, les champs de bataille. Lutte armée et lutte amoureuse. Pourquoi ce sujet ? Quelle licence vous a-t-il apporté à vous, poète ?
Le motif de la guerre s’est imposé de lui-même à partir de la lecture d’Owen, mais je suis incapable de dire pourquoi. Tout d’un coup, cela m’a semblé évident. Par la suite, la guerre est devenue plus intime, voire intérieure, avec en souvenir certains textes d’Apollinaire ou de Trakl. Je n’en ai pas une vision moralisatrice. La guerre existe, n’est jamais belle, mais recouvre des pulsions – de mort comme de vie – qui ne peuvent s’éluder.

- Le livre est effectivement parsemé, çà et là, de citations poétiques, de Wilfred Owen, de Robert Graves, Georg Trakl, Thomas Hardy… tous poètes de la « guerre » ?
Ils ont tous connu la Première Guerre Mondiale. Cependant, Thomas Hardy l’a vécue de loin. Il a soixante-quatorze ans en 1914 ! Grand romancier naturaliste de l’ère victorienne, il ne se consacre plus qu’à la poésie lorsqu’il atteint la cinquantaine et que ses romans sont décidément jugés trop sulfureux. Les autres peuvent être considérés comme des « poètes de la guerre », mais ils le sont chacun différemment. Wilfred Owen meurt au combat le 4 novembre 1918, et la guerre est omniprésente dans son œuvre. Robert Graves survit à la guerre (il meurt en 1985 à quatre-vingt-dix ans !) et il est l’auteur par la suite d’une œuvre très abondante. Georg Trakl, d’origine autrichienne, pharmacien de formation, n’est pas soldat mais infirmier. Il est affecté sur le front de l’Est. Il est tellement marqué par ce qu’il y voit qu’il sombre dans la dépression sinon la folie. Il meurt en novembre 1914 d’une overdose de cocaïne. Accidentelle ou suicidaire ? Nul ne sait. Les rares poèmes qu’il a eu le temps de consacrer à la guerre (« À l’Est », « Plainte », « Grodek ») sont très forts, comme la majeure partie de son œuvre du reste : « la nuit enveloppe/ L’agonie des soldats, la plainte sauvage/De leurs bouches fracassées ». Il était important à mes yeux que le côté germanique soit présent, important aussi de souligner le babélisme de la guerre, à travers quelques citations en anglais et en allemand.

- Votre monde poétique ? Et plus largement votre monde littéraire ?
Mon univers littéraire est éclectique et en évolution constante. C’est donc difficile de répondre. Parmi les auteurs de haïku, mes références sont, notamment et presque trop évidemment, Bash ?, S ?seki, Kerouac, des contemporains aussi... J’aime bien certains poètes américains proches de la Beat Generation, mais d’une ou deux générations postérieures, comme Lawrence Ferlinghetti, Charles Bukowski, Dan Fante, Sam Hamill. En France, actuellement, la poésie de Jérôme Leroy. Ce ne sont que des exemples. Je pourrais dire tout autant que je reste un amateur de classiques et que je suis un lecteur de polars. Ce n’est pas moins vrai. L’enfermement dans un sujet, l’hyper-spécialisation m’ennuient. Par ailleurs, je fais des recherches sur des femmes poètes oubliées de la fin du dix-neuvième siècle (Louisa Siefert, Jean Dominique, Daniel Lesueur etc.).

- L’art plastique, la musique, le cinéma sont-ils aussi partie prenante de votre univers d’auteur ? Des pistes ?
La musique absolument pas, je dois le confesser. Ma culture musicale est médiocre, et la musique ne joue aucun rôle dans mon écriture. Le cinéma m’intéresse grandement, mais pas au point de s’être fait une place dans ma poésie, jusqu’à présent en tout cas. Pour la peinture, c’est différent. Je travaille en ce moment à un ensemble de poèmes à partir de l’œuvre et de la vie du peintre américain Jean-Michel Basquiat.

- Quelques mots pour inviter des lecteurs à se pencher sur votre poésie ?
J’aurais envie de leur dire qu’il ne faut pas avoir peur de la poésie. Il ne faut pas avoir peur de ne pas tout comprendre. Ce n’est pas un problème de ne pas tout comprendre – moi-même je n’aurais pas la prétention d’affirmer comprendre tout ce qu’écrivent Trakl, Apollinaire ou Kerouac... Il faut ouvrir le livre et se laisser porter. Le privilège du haïku est qu’il est un monde ou une vie en soi – mais c’est tellement bref qu’il est possible de le laisser sans dommage et de passer à la suite, ou bien de s’y arrêter longuement, de se laisser toucher. Dès lors, allez-y, ouvrez le livre ; si vous êtes touchés par un seul poème, c’est déjà gagné.

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